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30/03/2017

Présidentielle : ce que dit réellement l'Eglise (1)

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Le "vote catholique" est un mythe, et c'est heureux :


 

Surprise ce matin à France Inter : des curés de paroisses parisiennes soulignent, l'un, que l'Eglise ne donne "aucune consigne de vote" ; l'autre, que M. Fillon se dit chrétien mais que ça n'oblige pas à voter pour lui. En positif, le recteur de ND des Victoires propose un critère réellement chrétien : "Comment notre société peut-elle tolérer que des gens soient privés du nécessaire ?". Le curé de St-Paul-St-Louis rappelle que l'Eglise ne lance pas d'anathèmes, mais que sa paroisse "accueille une famille de réfugiés syriens demandeurs d'asile". Etc. On peut rapprocher ces propos du très récent discours de Mgr Pontier (président des évêques français) : texte intégral ici à la date du 28/03.

Voilà ce que dit l'Eglise, dont nous sommes les pierres vivantes. Tout catholique devrait être en phase avec elle. Est-ce le cas ?

Pas vraiment, si l'on observe l'état d'une partie de l'opinion à 24 jours de la présidentielle. Non seulement certains rejettent les indications de St-Paul-St-Louis et de ND des Victoires (paroisses sans doute "peu au fait des lois de l'économie"), mais ils prônent des objectifs clairement critiqués par les encycliques... D'où un bizarre "vote catholique" qui refuserait les préconisations de l'Eglise...

On a du mal à concevoir qu'un micro-milieu puisse - au nom de son "identité catholique" - tourner le dos aux encycliques et préférer la doxa d'HEC ou les bricolages de la jeune Marion. Et pourtant c'est le cas : j'ai vu récemment, dans un débat, une personnalité conservatrice hausser les épaules en entendant le mot "Magistère". Dans ma jeunesse post-68, ce mot faisait hausser les épaules aux personnalités progressistes. La dérobade a changé de bord.

D'où l'intérêt de la tribune publiée le 27/03 dans Le Monde par trois jeunes catholiques (Anne Guillard, Pierre-Louis Choquet, Jean-Victor Elie) qui "refusent de laisser à la droite le monopole des valeurs chrétiennes". Je les cite, en mettant en gras les passages significatifs :

<<  D’après un sondage Ifop réalisé pour Famille chrétienne au début du mois de janvier 2017, 30 % des électeurs catholiques se disent prêts à voter pour François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle, 29 % pour Marine Le Pen et 16 % pour Emmanuel Macron. Nous, une poignée de jeunes catholiques, refusons de laisser à la droite le monopole des "valeurs chrétiennes". Nous pensons qu’il est urgent de défendre la légitimité d’un vote radical, qui réponde aux exigences auxquelles nous appellent l’humanisme évangélique et les interpellations fréquentes du pape François : combattre le délitement des liens sociaux accéléré par la montée des inégalités économiques, se saisir résolument de la question écologique et repenser en profondeur notre manière de participer à la vie démocratique et citoyenne.

Nous contestons la position des catholiques qui refusent a priori de considérer les candidatures de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon au motif que ceux-ci porteraient l’héritage d’une gauche foncièrement antireligieuse : l’enjeu de l’élection présidentielle est trop important pour donner autorité aux préjugés et se soustraire à l’examen attentif des programmes ainsi que des projets de société qu’ils dessinent.

Ce temps de campagne électorale devrait d’abord être l’occasion d’imaginer les contours d’un monde sorti de la spirale de l’accélération : ce n’est qu’en nous déliant davantage du capitalisme que nous pourrons nous risquer toujours plus à la rencontre et à l’hospitalité.

En publiant sa lettre encyclique Laudato si’ il y a deux ans à peine, le pape François appelait tous les hommes et femmes de bonne volonté, et en particulier les chrétiens, à se rassembler pour œuvrer collectivement à la construction d’une société plus inclusive, capable de réinventer son inscription dans des écosystèmes fragiles. Il a réitéré cet appel en février dernier, dans une lettre adressée aux représentants des mouvements sociaux de Californie, dans laquelle il a énergiquement rappelé :"Ne tombons pas dans le déni. Le temps nous est compté. Agissons." [...]  >>


Les cathos de droite s'écrieront qu'on ne peut pas voter pour M. Mélenchon qui veut constitutionnaliser (?) le droit à l'IVG. Mais M. Fillon et Mme Le Pen, quant à eux, garantissent qu'ils ne toucheront pas à l'IVG : c'est quasiment la même chose que M. Mélenchon. Si la question de l'IVG devait être considérée comme le critère catholique absolu dans un débat électoral, alors les catholiques ne pourraient voter pour personne : aucun des candidats ne propose de revenir sur l'IVG telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui. Tous certifient qu'ils veilleront sur son application.

Dans la ligne de Laudato Si' et du livre des évêques sur le Sens du politique, les jeunes signataires de la tribune du Monde rappellent qu'il y a d'autres critères catholiques que la question (certes cruciale) du droit à la vie.  Ils les énumèrent : ce sont les lignes que j'ai mises en gras ; on les trouve mot pour mot dans les textes du pape et des évêques unis au pape. 

Vox clamans in deserto ?  Nous sommes tout de même beaucoup de catholiques français à crier que le catholicisme n'est pas une secte de droite. Il n'est pas non plus un milieu social, et Jésus n'est pas le président honoraire d'un club d'investissement.

 

Commentaires

LE P. SOUBIAS

> Bien et mal suite… Puisque vous citez, cher PP, l'excellent père Hervé Soubias, curé-recteur de Notre-Dame des Victoires (qui comme chacun sait est l'un des plus fameux sanctuaires marials du monde, où chaque fidèle est invité, par la Sainte Vierge, à s'unir à son Cœur immaculé, Refuge des pécheurs), je vous invite à retrouver le bien qu'il fait dans ses homélies. Elles peuvent être écoutées grâce au compte Facebook de la basilique : https://www.facebook.com/basiliquenotredamedesvictoires .
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Écrit par : Denis / | 30/03/2017

LE BIEN ET LE MAL

Qui que soit le prochain président de la République, nous aurons en tant que chrétiens et catholiques à offrir, chaque fois que nécessaire, un bien en contrepartie du mal provoqué par de mauvaises mesures.
J’ai dit « bien » et « mal »… Le bien est le bien, un mal est un mal. Je voudrais être sûr que la philosophie des jeunes signataires de la tribune du ‘Monde’ n’est pas celle, tout à fait relativiste et donc désolante, que l’on trouve chez nombre de chrétiens « pratiquants »… et qui consiste à considérer que dans tout mal il y a du bien et dans tout bien il y a du mal !
Soyons toujours capables de sérier les questions et de dire : en vérité, chez tel ou tel(le) candidat(e), telle mesure serait un mal, telle mesure serait un bien.
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Écrit par : Denis / | 30/03/2017

NOMBREUX "POINTS NON-NÉGOCIABLES"

> Voir ici l'excellent texte de Mgr Rey qui nous rappelle que les fameux "points non-négociables" ne sont pas au nombre de 3 mais bien plus nombreux (et englobent tout le bien commun : http://osp.frejustoulon.fr/discerner-voter-aux-elections-presidentielles-legislatives/
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Écrit par : Charles Vaugirard / | 30/03/2017

MÉLENCHON À L'ESSEC

> A propos de JL Mélenchon, sa participation aux Mardis de l'ESSEC :
https://www.youtube.com/watch?v=pWmy5_ch0VA
Remarquable, qu'on soit d'accord ou pas.
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Écrit par : PMalo / | 30/03/2017

LOUVAIN

> "Si la question de l'IVG devait être considérée comme le critère catholique absolu dans un débat électoral, alors les catholiques ne pourraient voter pour personne : aucun des candidats ne propose de revenir sur l'IVG telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui. Tous certifient qu'ils veilleront sur son application."
Je voulais vous informer du fait qu'à l'Université "catholique" de Louvain, un professeur invité (Stéphane Mercier) s'est fait licencier parce qu'il voulait faire réfléchir ses étudiants sur l'avortement, d'une façon critique, dans le cadre d'un cours de philosophie. On ne peut pas en discuter : il a été viré !
Et les évêques de Belgique respectent la décision de l'Université de Leuven sans aucun soutien à M. Mercier, politiquement correct. Aucun courage de leur part.
Ecologie, justice sociale oui, fondamental mais aussi défense des plus petits et liberté d'expression aussi. Charlie ça ne marche que dans un sens ??

LW


[ PP à LW - Invitons les autorités catholiques belges à méditer la directive du pape François : "TOUT EST LIÉ". ]

réponse au commentaire

Écrit par : L.W. / | 01/04/2017

"LE POLITIQUE POUR LEQUEL ON VOTE N'A AUCUNE IMPORTANCE"

> Ce qu'il y a de bien avec l'économie financiarisée, c'est que le politique pour lequel on vote n'a aucune importance. C'est de toute façon la banque qui décide.
Voici un article stupéfiant qui concerne nombre d'entre nous, petits employés nous efforçant d'épargner pour nos enfants (ah non, pardon, "épargnants français frappés d'inertie et financièrement incultes"). Les fonds de gestion s'impatientant de voir que les épargnes d'entreprise ne prennent aucun risque d'investissement en dépit de leurs incitations constantes à se lancer dans l'inconnu boursier (sans doute parce que nous sommes idiots : nous avons l'habitude de demander une juste rémunération pour un juste travail, au lieu de plonger dans les délices de la spéculation hasardeuse comme des adolescents fiévreux), les fonds en question ont décidé qu'ils joueraient notre argent au casino financier que nous le voulions ou pas !
Cette nouvelle stupéfiante passe comme une lettre à la Poste. Si vous comptiez (je fais partie du lot) sur votre épargne salariale pour ne pas finir dans la misère ou offrir une cafetière à vos enfants le jour où ils quitteront le domicile familial, vous pouvez oublier. Cet argent que vous avez gagné à la sueur de votre front ne vous appartient pas : il appartient à la banque. Et le fait que le fonds change unilatéralement les règles que vous avez acceptées initialement ne modifie rien au fait que votre argent est bloqué pendant des années : vous ne pouvez même pas le récupérer pour limiter la casse.
Scandale inévitable à venir. Mais il sera trop tard. Les petites gens auront perdu leurs sous.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/03/31/epargne-salariale-amundi-change-les-regles-du-jeu_5104078_3234.html
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Écrit par : Lucas / | 02/04/2017

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