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16/02/2017

Soeur Lucia contre Eglise d'Espagne : match nul

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Ni la religieuse provocatrice [photo], ni les porte-parole de l'Eglise espagnole, n'ont l'air d'avoir entendu parler de la théologie du corps et de la sexualité (saint Jean-Paul II). D'où faux débat - et tapage absurde des médias : 


 

 

Ignorance doctrinale ou mauvaise foi chez une religieuse barcelonaise, star des talk-shows. Riposte inadéquate des porte-parole de l'archevêché (et même de l'épiscopat). Joie des médias. Le 16 février, Libération titre :  "Une nonne fait scandale dans l'Eglise espagnole" - et rien dans l'article n'indique le vrai problème.

Résumons. Familière des empoignades télévisées sur la chaîne Cuatro  et supporter habituelle de luttes pour la justice sociale,  la dominicaine Lucia Caram (51 ans) est de nouveau sur le plateau le 24 janvier. Et là, elle quitte le social pour tomber dans la provocation. Après des considérations gratuites sur Marie, Joseph et la sexualité, elle lance :  "Le sexe est une belle façon d'exprimer les sentiments de l'amour... Pour l'Eglise, c'est un sujet sale et caché, moi je crois que c'est une bénédiction... Nous avons trop voulu convertir le message évangélique en quelque chose de purement spirituel, et tenté d'inculquer l'idée absurde que le corps est la prison de l'âme."

Si elle avait dit : "Des chrétiens (parfois prêtres) sont tentés de croire que le corps est la prison de l'âme - ce qui est une hérésie depuis deux mille ans", elle aurait eu raison.

Mais elle affirme que c'est ce qu'inculque l'Eglise. De deux choses l'une : ou elle ignore l'enseignement de l'Eglise, et c'est une faute ; ou elle ne l'ignore pas, et alors...

Que dit en effet l'Eglise sur le corps ?  Saint Jean-Paul II l'a indiqué avec précision : "Le corps, et seulement lui, est capable de rendre visible ce qui est invisible : le spirituel et le divin. Il a été créé pour transférer dans la réalité visible du monde le mystère caché de toute éternité en Dieu et en être le signe visible." (audience du 20/02/1980). Prétendre que l'Eglise voit dans le corps la prison de l'âme, c'est parler en aveugle. Ceux qui aujourd'hui considèrent le corps comme une prison ne sont pas les catholiques, mais les virtualistes transhumanistes, héritiers des gnostiques de l'Antiquité ; la pensée catholique les combat comme elle combattait les gnostiques. [1]

Que dit l'Eglise sur la sexualité ? Dans sa théologie du corps déployée en quatre volumes, saint Jean-Paul II souligne par exemple que l'homme et la femme (il s'agit évidemment d'époux) "se révèlent l'un à l'autre avec cette profondeur spécifique de leur propre 'je' humain qui se révèle précisément aussi au moyen de leur sexe" [2]. Le pape liquide ainsi l'hérésie gnostique rémanente. Résumant l'apport wojtylien dans la théologie du corps et du sexe, Georges Weigel écrivait : "ces 130 discours catéchétiques constituent une sorte de bombe à retardement théologique."  [3]

Soeur Lucia Caram "ignore" que Jean-Paul II a mis les choses au point. Une fraction ultra-conservatrice du clergé d'Espagne "l'ignore" aussi. Double "ignorance" donc, dans deux courants opposés ? Peut-être : mais ça n'excuse rien. La dominicaine aurait pu dire qu'entre le XVIIe et le XXe siècles une partie du clergé voyait une contradiction entre sexualité et "spiritualité", et que cette erreur de catholiques a produit des générations d'athées... Elle a préféré faire comme si le Magistère de l'Eglise était lui-même dans l'erreur. C'est plus facile. Et c'est plus bankable sur les plateaux : il y a vingt ans, Pascale Clarke lançait "c'est pas diabolique de faire l'amour" à soeur Emmanuelle  - et celle-ci oubliait de répondre que diaboliser le corps n'est pas une idée chrétienne...  Être médiatique ne suffit pas : encore faut-il que ça serve à quelque chose.

Reste le point le plus déconcertant : les réactions de deux porte-parole de l'Eglise en Espagne.

Celui de l'archevêché de Barcelone tombe dans le panneau de soeur Lucia : il se fixe sur sa phrase provocatrice à propos de rapports conjugaux entre Marie et Joseph, et crie au "grave scandale, affront intolérable contre un point fondamental de la doctrine catholique". Les médias croient que "l'affront intolérable" réside dans le fait d'avoir dit : "le sexe est une belle façon d'exprimer les sentiments de l'amour" (alors que saint Jean-Paul II l'a dit aussi). Gâchis...

Puis le P. José Maria Gil Tamayo, porte-parole de l'épiscopat espagnol, renchérit dans la contre-performance (il a pourtant été journaliste) en déclarant que "les propos" de soeur Lucia  "salissent la pureté du message évangélique". C'est à la provocation sur Marie qu'il fait allusion ; mais les médias croient qu'il parle de la phrase à la gloire de la sexualité. Parler de "salir" et de "pureté" en pareil domaine est interprété comme une phobie du sexe. Le P. Gil Tamayo est tombé dans le panneau. Les twittos intégristes se déchaînent dans la foulée, avec la subtilité et la compétence doctrinale qu'on leur connaît... Soeur Lucia s'amuse : "Je suis très préoccupée par cette atmosphère de vengeance, de haine et de calomnie qui existe dans les milieux traditionnels", assure-t-elle. Comme si elle ne l'avait pas cherché.

 

__________

[1]  Voir le Contre les hérésies de saint Irénée, dans le Pléiade des Premiers écrits chrétiens.

[2]  Jean-Paul II - La théologie du corps (introduction, traduction, index, tables et notes d'Yves Semen, 784 pages) - Cerf 2014.

[3]  Georges Weigel : Jean-Paul II témoin de l'espérance (Lattès 1999).  La catéchèse wojtylienne sur le corps et la sexualité suscita la fureur intégriste : l'abbé de Nantes traitait Jean-Paul II d'obsédé ; plus récemment (juin 2007), Sedes sapientiae niait la valeur magistérielle de cette catéchèse. Ce milieu s'attache aujourd'hui à mettre en doute l'enseignement du pape François.

 

Commentaires

Y BASTA

> Confions Sœur Lucia Caram et toute l'Eglise d'Espagne avec la jeunesse espagnole, à sainte Thérèse d'Avila :
« Nada te turbe, nada te espante. Quien a Dios tiene, nada le falta,
Nada te turbe, nada te espante. Solo Dios basta. »
https://www.youtube.com/watch?v=HMiyHknj3Rg
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Écrit par : Denis / | 16/02/2017

JP II

> Je m'étais fait complètement avoir !
Mais - dans le pire des cas - qu'une nonne médiatisée apprécie la chose... au fond je m'en fichais complètement...
J'ai eu envie d'étudier cette " théologie du corps ", mais vu l'abondance des cours de JP II et ma disponibilité très limitée... j'en suis resté à l'intention !
Heureusement que vous êtes là Patrice.
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Écrit par : Roque / | 16/02/2017

SATAN

> Baudelaire a écrit (pardon de le citer seulement de mémoire, ce qui est risqué!) que "Satan fonde de grands espoirs sur les imbéciles". En voilà une nouvelle preuve. Saint Jean-Paul II, priez pour nous !
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Écrit par : Jean-Marie Salamito / | 16/02/2017

@ Roque

> Lisez 'La sexualité selon Jean-Paul II' d'Yves Semen, c'est un résumé de 'Homme et femme, il les créa', l'ouvrage qui reprend toutes les catéchèses de Jean-Paul II et qui explique cette théologie du corps développée par Saint Jean-Paul II.
Un peu de catéchisme de l’Eglise catholique ne fera pas de mal (mon Dieu, ça doit bien être le méchant Benoît XVI qui a écrit cela).
« 2334 " En créant l’être humain homme et femme, Dieu donne la dignité personnelle d’une manière égale à l’homme et à la femme " (FC 22 ; cf. GS 49, § 2). " L’homme est une personne et cela dans la même mesure pour l’homme et pour la femme, car tous les deux sont créés à l’image et à la ressemblance d’un Dieu personnel " (MD 6). 2335 Chacun des deux sexes est, avec une égale dignité, quoique de façon différente, image de la puissance et de la tendresse de Dieu. L’union de l’homme et la femme dans le mariage est une manière d’imiter dans la chair la générosité et la fécondité du Créateur : " L’homme quitte son père et sa mère afin de s’attacher à sa femme ; tous deux ne forment qu’une seule chair " (Gn 2, 24). De cette union procèdent toutes les générations humaines (cf. Gn 4, 1-2 ; 25-26 ; 5, 1). »
« 2362 " Les actes qui réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes. Vécue d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance " (GS 49, § 2). La sexualité est source de joie et de plaisir : Le Créateur lui-même (...) a établi que dans cette fonction [de génération] les époux éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de l’esprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant. Ils acceptent ce que le Créateur leur a destiné. Néanmoins, les époux doivent savoir se maintenir dans les limites d’une juste modération (Pie XII, discours 29 octobre 1951). »
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Écrit par : ND / | 16/02/2017

ERREUR

> le lien de RND sur l'article précédent est une erreur.
le bon est celui-là: https://radionotredame.net/emissions/legranddebat/17-02-2017/
Vous avez mis celui du 24 février.
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Écrit par : elgringos777 / | 17/02/2017

THOMISME

> Une question se pose aussi sur la formation dominicaine de Soeur Lucia ainsi que de ce clergé qui ignorent encore la mise au point de Thomas d'Aquin il y a des centaines d'années de cela.
Voir 'exxtrait de la 'Somme des gentils', livre III, question 126 (par exemple)
http://www.livres-mystiques.com/partieTEXTES/Stthomas/Gentils/gentils.htm#_Toc79336916
ou le commentaire suivant sur la position de St-Thomas sur le plaisir et la sexualité et la joie:
http://ethicpedia.org/IMG/pdf/Thomas_d_Aquin_le_plaisir_et_la_sexualite_par_Martin_Blais_miette_8.pdf
(J'avais aussi lu dans quelques livres thomistes la question suivante, écrite en latin, qui de mémoire s'énonçait à peu vrai ainsi : est-ce raisonnable de jouir à en perdre la raison ? Réponse : oui, c'est tout à fait raisonnable, quand c'est ordonné dans le cadre du mariage !)
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Écrit par : Théophile / | 17/02/2017

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