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12/01/2017

Erwan Le Morhedec : un livre courageux et libérateur

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Ceux qu'on appelle "catholiques identitaires" ne servent pas l'identité catholique. Ils dérivent vers une autre notion de "l'Identité", culte confus dictant des actes anti-évangéliques. Que penser de ce phénomène ? Réponses dans le livre de Le Morhedec :


 

 

En 169 pages, l'avocat et blogueur catholique Erwan Le Morhedec met en lumière un problème qu'on tardait à évaluer : la dérive de catholiques français, coachés - consciemment ou non - par l'extrême droite. Cette dérive est une confusion mentale : elle abîme la foi et détourne de l'Eglise réelle (donc du Christ) en prétendant défendre "l'identité catholique". Mais la véritable identité catholique n'a rien à voir avec la dérive "identitaire" : l'identitarisme est à l'identité ce que le scientisme est à la science : une idéologie. Une pathologie... Un courant à la droite de l'extrême droite, qui pousse ses tentacules en milieu catho depuis 2013.

Le sujet est difficile à aborder sans se faire accuser - par de pieuses gens - de  "diviser les catholiques". "Regardez plutôt le ciel", nous dit-on... Pourquoi "regarder le ciel" [1]  ? le Christ nous envoie convertir la terre ; et convertir ne veut pas dire foudroyer l'impie, comme le voudraient les identitaires - ou Jacques et Jean dans l'évangile, auxquels Jésus rétorque : "Vous ne savez pas quel esprit vous inspire de telles pensées". En effet : si nous réagissons comme l'Adversaire le souhaite, "quel esprit" nous inspire ? Prions pour que nos ténèbres ne nous parlent pas.

En France et à cette heure, les ténèbres parlent fort. C'est à leur sujet que nous alerte le livre de Le Morhedec.

 

► Le chapitre I comprend trois sections : "Identitaires au quotidien" / "Les vieilles racines de la tentation identitaire" / "À tentation, tentateurs : tournant et entrisme identitaires"...

On découvre le problème à travers un exemple de confusion mentale : l'absurde extase de nos cathos de droite devant Trump promettant de murer la frontière mexicaine.  Le Morhedec constate que tout mur leur semble bon à prendre, que ce soit "contre les musulmans ou contre les Mexicains"Peu leur importe que l'Amérique latine soit chrétienne à 95%... La confusion mentale crée des ténèbres.

Dans ces ténèbres surgissent des monstres, constate ensuite Le Morhedec. Il évoque l'effrayante réaction des identitaires "catholiques" en septembre 2015, sur leurs sites et sur Facebook ou Twitter. Pour tourner en dérision le drame de l'enfant kurde noyé, ils "ont abandonné toute précaution [...] et acté leur divorce avec le pape François"... D'où la révolte de l'avocat : "Constater que des catholiques aient pu mêler leurs voix au torrent d'immondices qui s'est déversé en ligne [...] m'a rempli d'une honte profonde... Voir des amis partager les billets fébriles de ces sites qui s'affichent catholiques - telle l'antichambre identitaire du Salon Beige - mais qui se sont employés à salir et discréditer le propre père de deux petits enfants noyés sur nos plages, à dénigrer ses motivations, à le décrire comme un passeur ; les voir encore publier depuis leurs profils en ligne - ornés du visage du Christ ou de l'icône de la Sainte Famille - les élucubrations funestes des plus virulents sites d'extrême droite affirmant, par principe, que le corps du petit Aylan avait été déplacé, m'a violemment confronté à la dérive d'un milieu catholique."

Les manipulations du label "catho" par des politiciens se multiplient, au détriment de l'image de la foi. Ainsi les néo-crèches de Noël dans des mairies pour défier les non-chrétiens (rappelons-nous la monstrueuse "crèche en cochonnailles" d'un maire FN)... Ainsi le slogan ubuesque "la France est chrétienne" (nos 80% d'incroyants ne sont pas Français ?)... Ainsi le faux procès fait à "Vatican II" (par des athées pieux qui ignorent que la France était déjà "pays de mission" en 1947)... Ainsi le "mouvement de formation catholique" Academia christiana, parrainé par des soutanes mais vice-présidé par un cofondateur du groupe (très peu chrétien) Génération Identitaire...

Ce matin sur RND à l'émission de Louis Daufresne, Erwan Le Morhedec était face à Laurent Dandrieu, auteur d'un livre contre le pape François (taclant aussi Benoît XVI, Jean-Paul II et Pie XII). Le Morhedec lui a cité la formule d'un leader identitaire, ostensiblement ultracatho depuis peu, qui dit vouloir "une France blanche et chrétienne". Qu'en pensez-vous, Dandrieu ?  Pas de réponse... La question était cependant pertinente : elle ciblait ceux qui transforment la foi chrétienne universelle en culte de notre "différence" nationale. Voire ethnique...

Car c'est de cela qu'il s'agit. Pour l'identitarisme - dont Dandrieu feint d'ignorer l'existence -, "l'identité catholique" est désormais annexée à "l'identité ethnique et culturelle" [2]. Naguère les identitaires vomissaient le christianisme "allogène" ? Ils ont changé de stratégie. Désormais élu FN (tendance Marion-Côte d'Azur), le chef identitaire cité plus haut prône un catholicisme "viril" et "solaire" qui ne serait plus le contraire, mais "l'aboutissement", de la "religiosité européenne" : en clair : le néo-paganisme. Commentaire enthousiaste de Nouvelles de France : "l'opposition entre païens et catholiques au sein du mouvement identitaire" n'est "plus d'actualité" !

C'est exact, et ça date bel et bien de 2013. "[Les identitaires], qui travaillaient déjà à un rapprochement idéologique avant les Manifs Pour Tous, y ont vu l'occasion rêvée d'intégrer les milieux catholiques, s'infiltrer en leur sein, s'y rendre fréquentables, et rompre la fameuse digue qui tenait les catholiques à distance des partis d'extrême droite", constate Le Morhedec. Il cite un responsable du site identitaire TV Libertés : "[Les MPT étaient] une lame de fond qu'il était possible de récupérer et d'encadrer. En d'autres termes, d'un point de vue marketing, notre objectif était que la 'génération Manif Pour Tous' se retrouve chez nous", explique ce personnage.  L'objectif semble atteint.

Paradoxe ? Voilà quarante ans, le catho de droite anathématisait le néo-païen ; en 2016 il l'épouse, et sous le régime de la communauté... Ne nous étonnons pas de voir les idéologues de "l'ethno-différentialisme" faire des conférences aux jeunes gens d'Academia christiana.

 

►  Au chapitre II, le livre de Le Morhedec explique en quoi l'identitarisme n'est pas cathocompatible. Trois sous-sections :  "Fracturation identitaire" / "Calcification identitaire" / "Subversion du christianisme"...

Approfondissant l'analyse, le livre étudie les causes de la dérive chez les catholiques. Il diagnostique une contagion du communautarisme, qui est un "repli sur soi" incompatible avec le contenu de la foi chrétienne. Surtout lorsqu'il se colore de mimétisme et de concurrence victimaire, comme l'a démontré René Girard !  "La légitimité des chrétiens n'est pas à rechercher dans le mal qu'on leur fait : elle doit provenir du bien qu'ils font à leurs prochains, à l'humanité et à la communauté nationale", souligne Le Morhedec. Il ajoute : "Notre place de chrétiens est dans la défense du bien commun, qui ne se confond pas avec celui de 'la communauté'."

Pathologie de l'identité, l'identitarisme "précipite la nécrose de l'organe qu'il touche". Ce n'est pas un remède : c'est un symptôme. De quoi ? Du tribalisme subjectif, qui enferme les esprits. "Combien se soucient plus de savoir si une idée est de droite ou de gauche, que de chercher à savoir si elle est juste et bonne ?"   En ce sens  le pire des subjectivismes est celui des identitaires : si je me réduis à mon identité (au sens où ils l'entendent), aucun échange n'est plus possible ; comment accepter que l'on débatte "de ce qui me constitue" ? Je ressentirais toute mise en cause comme "une agression..."   L'identitarisme rabat l'identité sur le label, le religieux sur le culturel, le national sur l'ethnique. L'historien dira que cette folie a eu des précédents ; en réponse, l'identitaire l'accusera de tomber dans le "point Godwin". Toute discussion - même fondée - devient impossible (voyez Twitter).

Et le catholicisme s'évapore. Le Morhedec : "Quelle valeur a la foi si elle n'est que le produit d'un héritage ? Si elle n'est que le legs de ma culture, de ma terre, mon sang, voire la couleur de ma peau ? Cet identitarisme anéantit la foi, la dévalue radicalement, en lui ôtant ce qui la rend juste et belle : la liberté."

L'identitarisme aveugle une fraction de la bourgeoisie catho. C'est une résurgence de la tentation qui révoltait déjà Bernanos : la fascination pour les "zélotes" et leur "martiale assurance", écrit Le Morhedec. Et "c'est à croire que certains [catholiques] ne sont pas bien convaincus de la nécessité et de la radicalité du témoignage de l'amour et de la paix, et gardent quelque garantie, quelque assurance, pour le cas où tout cela - Dieu, Jésus, l'amour du prochain - ne serait que balivernes..."  [ NDPP - Je me souviens d'avoir entendu en 1987, sur la route de Chartres, une célébrité du milieu réac (tendance Présent) déclarer : "Le Père, oui, mais je n'ai jamais compris à quoi sert le Fils." Comme dit Le Morhedec : "Nos identitaires pur sucre n'ont-ils pas plus en commun avec un certain islam qu'ils affirment combattre, qu'avec le christianisme ?" ].

Quant à l'exaltation identitaire de la "virilité", et à ses résultats chez des cathos français, je conseille aux animateurs de sessions sur ce sujet de lire (notamment) les pages 113 et 114 du livre.

"Ce christianisme identitaire, féru de passé glorieux, de cimetières et de vieilles pierres, dévitalise et stérilise le christianisme pour en faire une référence culturelle comme une autre", souligne encore Le Morhedec. Avis partagé par l'évêque d'Ajaccio : "préserver les signes extérieurs de chrétienté sans se préoccuper du coeur de la foi", c'est faire "une coquille vide qui, un jour, s'écroulera".  Avec l'identitarisme, le "coeur de la foi" n'est pas seulement négligé : il cesse de battre. "Fuyez le culte des idoles !", disait Benoît XVI en 2008, aux catholiques parisiens massés sur l'esplanade des Invalides...

 

►  Le chapitre III nous dit comment sortir de l'impasse. Titre : "La seule identité qui vaille". Sous-sections : "Indispensable identité" / "Catholiques dans la cité" / "Pour toi, va annoncer le royaume de Dieu"...

Non sans sournoiserie, ce matin, Dandrieu faisait mine de s'indigner : "'Identité' n'est pas un gros mot..."  Mais personne ne s'en prend à "l'identité" en soi (une des dimensions de la condition humaine) ! Ce qui mérite critique n'est pas l'identité, mais l'idéologie "identitaire" ; la mauvaise action, c'est de maquiller la perversion identitaire en "défense de l'identité". Cette perversion ne défend pas l'identité : elle la mutile, la dessèche et l'étouffe.

Le dernier chapitre du livre de Le Morhedec est donc consacré à l'identité vivante. "Il est surprenant que l'on puisse contester  qu'un pays ou une nation puisse avoir une identité", dit-il. Je serai en désaccord avec lui là-dessus : ce qu'il constate n'est pas surprenant, dans une société libérale qui ne veut rien connaître d'autre que l'individu et le marché (comme disait Mme Thatcher dont se réclame M. Fillon)...

Le pape François, contrairement à ce qu'affirme Laurent Dandrieu, est un amoureux des identités populaires, culturelles et nationales - comme il l'a fait savoir par exemple aux eurodéputés en novembre 2014. Une identité vivante est capable de dialogue : elle n'est pas rivée à une singularité incommunicable.  Surtout s'il s'agit de l'identité chrétienne ! Celle-ci est une promesse d'avenir (alors que l'identitarisme est le culte d'un faux passé). La perte de pouvoir de l'Eglise n'est pas un drame, c'est une chance, dit Benoît XVI cité par Le Morhedec : "Libérée du fardeau et des privilèges matériels et politiques, l'Eglise peut se consacrer mieux et de manière vraiment chrétienne au monde entier... L'Eglise s'ouvre au monde non pour obtenir l'adhésion des hommes à une institution avec ses propres prétentions de pouvoir, mais pour les faire rentrer en eux-mêmes et ainsi les conduire à Celui dont toute personne peut dire avec saint Augustin : il est plus intime à moi-même que moi-même..." (25/09/2011, Fribourg).

La "seule identité chrétienne qui vaille" est celle du service, dit Le Morhedec. L'invocation des "racines chrétiennes de la France" doit être "chrétienne elle-même", donc sans arrière-pensée d'exclusion : on ne peut faire perdurer une religion d'amour en entrant dans une logique d'affrontement, souligne le livre ; notre avenir catholique est de sortir de nous-mêmes au-devant des autres, sans quoi notre identité chrétienne disparaîtrait. Nous serons fidèles à notre mission de culture et d'évangélisation quand nous laisserons nos enfants libres de choisir l'enseignement ou les médias (non plus exclusivement les écoles de commerce) ; quand nous cesserons de rêver au Bon Président bcbg qui viendrait faire les choses à notre place ; et quand nous serons "capables d'accompagner nos contemporains et 'soigner les blessures' ", plutôt que de nous répandre en slogans contre leurs comportements.

L'avenir catholique, c'est "de rendre de nouveau l'Evangile audible". Si nous voulons que l'Evangile soit de nouveau perçu par nos contemporains, il faut que cessent de les scandaliser ceux qui "invoquent 'la France chrétienne' et s'adonnent au rejet de l'autre, à son insulte, au mépris de son humanité".  Ceux-là "viennent déguisés en brebis alors qu'au-dedans ce sont des loups voraces" (Matthieu 7:15), écrit Le Morhedec dans sa conclusion : "comment ne pas démasquer chez eux le tentateur, qui travestit des extrémistes en champions de la chrétienté ?" Car le christianisme "n'a pas vocation à ménager nos conforts et conforter nos atavismes"...

 

Ce livre rude et clair vibre de foi. C'est un modèle de réalisme chrétien. Il sort à point nommé, au seuil d'un trimestre de fumées électorales où la parole chrétienne devra se faire entendre pour ce qu'elle est vraiment : ni le prêche de Mammon, ni les cris partisans, mais la Parole que décrit l'épître aux Hébreux : "vivante, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants, elle va jusqu'au point de partage de l'âme et de l'esprit, des jointures et des moelles..." L'enquête d'Erwan Le Morhedec est un seuil décisif : personne parmi nous ne pourra plus dire qu'il ne savait pas.

 

 

  Erwan Le Morhedec :  Identitaire - Le mauvais génie du christianisme  (Cerf, 169 p., 14 €)

 

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[1]  Actes des apôtres, 1:11.

[2]  www.bloc-identitaire.com : "Mieux connaître les identitaires, foire aux questions". Recommandons ce lien à Dandrieu, puisqu'il "ne sait pas ce qu'identitaire veut dire" (débat de RND ce matin)... 

 

 

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Erwan Le Morhedec

 

 

Commentaires

"SOUTENIR ERWAN"

> Courageux et lumineux. il faut soutenir Erwan car il va en prendre plein la g....e et l'assurer de nos prières.
Au fait, Patrice, connais-tu une certaine Gabrielle Cluzel? A priori, encore une jeune et sexy catho-identitaire, mais je n'en sais pas vraiment plus.
A mon avis, il va falloir que les évêques entrent vraiment dans la lutte et mettent les choses au point clairement. On ne pourra pas faire l'économie de cela. Qu'en penses-tu?
Pa contre, j'ai un peu connu les identitaires niçois durant mes études. C'est du lourd. Les voir se déguiser en catho me stupéfie. Ils étaient beaucoup du genre à copiner avec les SS qui se déguisaient en prêtre d'Odin ou de Wotan avant de massacrer les juifs en Ukraine.

VF


[ PP à VF - Gabrielle Cluzel est l'auteur(e) de la plus crétine définition jamais formulée
sur la Manif pour tous (et pourtant...) :
"La révolte de la France bien élevée".
Verbatim, au meeting de lancement du défunt Printemps français. ]

réponse au commentaire

Écrit par : VF / | 12/01/2017

F.C.

> Ces citations sont engageantes, ainsi que l'entretien paru dans "Famille chrétienne"(*) aujourd'hui. En d'autres mots, on pourrait aussi reprocher aux postures identitaires d'être toujours dans la défense et rarement dans l'illustration de ce qui fait une identité chrétienne.

(*)http://www.famillechretienne.fr/politique-societe/politique/identitaires-erwan-le-morhedec-s-explique-210970

Écrit par : Sven Laval / | 12/01/2017

MESSAGE AUX IDENTITAIRES...

> Je me permet de remettre ici le commentaire que j'ai fait à un article de Bd Voltaire (!!!) commentant lui-même le livre de E Le Morhedec
www.bvoltaire.fr/gabriellecluzel/ces-sales-cathos-identitaires-qui-laissent-le-christ-au-bord-du-chemin,305349
Un peu facile d'accuser E Le Morhedec de diviser (ça fait un moment que les cathos sont divisés et tous ne sont pas adeptes de la Manif pour Tous) et d'en rejeter d'office les critiques contre le "catholicisme identitaire".
Sommes nous catholiques parce que Français ou sommes nous profondément croyants ? Si nous sommes cathos juste parce que c'est la religion locale c'est tout de même superficiel.
De même si nous affirmons notre identité catho juste par réaction face à l'immigration musulmane.
L'identité nationale et la religion sont tout de même deux choses différentes, le catholicisme est une religion universelle comme son nom l'indique, et non pas une religion franco-française, la France n'est pas le nouveau peuple élu comme semblent le croire certains. Le catholicisme a une place importante chez nous, pas seulement depuis le "baptême de la France" (on baptise des personnes, pas des nations) mais depuis Constantin et Théodose. (Imaginons que Constantin puis Clovis se fussent convertis au zoroastrisme par exemple, les lecteurs de NDF défendraient l' "identité zoroastrienne de la France".)
Mais l'identité n'est pas figée, la France aurait pu devenir protestante par exemple, et le déclin actuel du catholicisme en France ne date pas de l'arrivée des immigrés musulmans, mais a commencé au XVIIIe avant d'accélérer au XXème siècle.
La France chrétienne a existé, mais aujourd'hui la situation est différente. Outre nos compatriotes "issus de l'immigration", de nombreux Français sont très éloignés du catholicisme de leurs ancêtres, doivent-ils êtres déchus de leur nationalité ?! "La France chrétienne et fière de l'être" c'est bien gentil comme slogan, mais la réalité c'est plutôt la France agnostique ou la France athée.
Le risque surtout du "catholicisme identitaire" c'est l'instrumentalisation politique de la religion. Après les crèches géantes dans les mairies, à quand la prière avant la réunion du conseil municipal ou régional ? Avec cette épidémie de crèches, je m'étonne que tant de catholiques se réjouissent de voir leur religion réduite au rang de folklore. De même que les Africains effectuent leurs danses traditionnelles pour amuser les touristes, verra-t-on un jour des processions folkloriques de la fête-Dieu ou de l'Assomption effectuées par des athées-cathos-identitaires ?
D'aucuns vont dire que je divague, pourtant fin 2015 le Bloc identitaire lyonnais, mouvement politique pas franchement catholique, voulait organiser une procession de 8 décembre (celle organisée par l'archevêché ne leur suffisant pas).
Gabrielle Cluzel se moque de l'accusation d' "imprégnation maurrassienne" : bien sûr que le commun des mortels ne lit pas Maurras,et ignore d'ailleurs de qui il s'agit, mais la pensée maurassienne imprègne encore un certain catholicisme du style Salon Beige.
Question subsidiaire : pourquoi le pape Pie X a-t-il condamné Maurras et l'Action française ? 90 ans après certains n'ont toujours pas compris.
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Écrit par : Professeur Tournesol / | 12/01/2017

PÉDAGOGIE

> « Ceux-là "viennent déguisés en brebis alors qu'au-dedans ce sont des loups voraces" (Matthieu 7:15), écrit Le Morhedec dans sa conclusion ». Pas vraiment. Les identitaires que vous décrivez n'essaient pas de se faire passer pour des agneaux. Au contraire, ils montrent ostensiblement les crocs.
Cela dit, si des éléments naguère hostiles au christianisme veulent porter bien haut l'étendard de la chrétienté il faut faire preuve de pédagogie et canaliser leur activisme, non ?

Ghislain


[ PP à GB :
- Exactement. Et si l'on veut mettre fin au marketing païen via certains groupes cathos, il faudra proposer quelque chose ! Propositions en ce sens de la conférence épiscopale ? On attend.
- Sur les agneaux et les loups : il y a déguisement quand les loups jouent aux cathos, ce dont le livre d'ELM donne des exemples. J'en ai cité un ce matin à Radio Notre-Dame. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Ghislain / | 12/01/2017

ISLAMIQUES SANS LE SAVOIR

> J'ai toujours pensé que l'intégrisme (au sens large du terme... disons le christianisme devenu une idéologie) était un puissant vecteur d'islamisation de la société française.
Le distinguo entre la "religion" et la "foi", l'insistance sur le pur et l'impur, la division de l'humanité entre les "croyants" et les "mécréants", la peur de la femme (bin, oui ! ) : encore un petit effort, le salafisme (et pas "satanisme", comme veut me faire marquer ce f...correcteur automatique) n'est plus très loin !
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Écrit par : Feld / | 12/01/2017

LE PIRE

> Et les prêtres (rares, j'espère ! ) qui entrent sciemment dans ce jeu jouent clairement leur salut éternel...
Marthe Robin a, un jour, parlé de l'enfer des prêtres et des religieux (et -euses). "Le pire de tous".
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Écrit par : Feld / | 12/01/2017

PERTE DE FOI

Cette dérive semble résulter d'un véritable effondrement de la foi dans les (ou seulement certains ? ) milieux catholiques...
J'ai relu récemment un passage d'un petit livre écrit par Patrick Chalmel au début des années 1980 : 'Lettre ouverte à un enfant à naître'.
Dans ce passage, l'auteur s'interrogeait sur la solidarité spirituelle entre les générations. Dans certaines familles, la foi s'affadissait de génération en génération : grands-parents pratiquants, parents simplement croyants, enfants ne faisant même plus baptiser leurs rares rejetons... Alors que dans d'autres, la foi s'approfondissait, pour donner in fine de véritables apôtres.
Pourquoi ?
Selon lui, cette évolution était due au fait que, dans le premier type de famille, Dieu était bien présent, certes. Mais AUSSI et non pas D'ABORD. Les personnes étaient loin de vivre l'appartenance au Christ qu'elles affichaient au dehors... Avec des résurgences inattendues : l'auteur citait le cas du "brave grand-père", pourtant "encore pratiquant", refusant de faire administrer le sacrement des malades à sa fille atteinte d'un cancer, "par peur du qu'en dira-t-on"...
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Écrit par : Feld / | 12/01/2017

UN PARLER VRAI

> Oui, un ouvrage qui vient à point nommé de la part d'un laïc particulièrement courageux.
Et, comme tu le dis VF, devant ce cancer spirituel qui développe ses métastases et dévoie beaucoup de jeunes cathos, on attend dans l'espérance et la prière un "parler vrai", un courage similaire chez nos évêques, à la hauteur de celui dont ont fait preuve plusieurs de leurs prédécesseurs à l'époque de la condamnation de l'Action française (même si le contexte de l'époque était relativement différent du nôtre).
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Écrit par : jwarren / | 13/01/2017

au Pr Tournesol

> Ces identitaires qui s'esclaffent quand on parle d'influence maurrassoïde chez eux, revendiquent Maurras quand ils se croient entre eux.
Dans ce milieu la mise à l'Index de l'AF par Pie XI en 1926 reste "une honte et une injustice".
Comme vous dites ils n'ont toujours pas compris pourquoi l'Eglise a dû dissiper la confusion entretenue chez les catholiques par les présupposés maurrassiens.
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Écrit par : Article 445 / | 13/01/2017

Mgr SALIÈGE

> Ah, cher JWarren, un Mgr Saliège nous ferait du bien... Mais je crois que nos evêques commencent à se réveiller.
Au fait, bonne et sainte année à toutes et tous, dans l'amour du Christ. Qu'Il nous garde dans la paix, la joie et l'espérance.

VF

[ PP à VF - Bonne et sainte année à toi. ]

réponse au commentaire

Écrit par : VF / | 13/01/2017

HOMÉLIE CONTRE LE RISQUE IDENTITAIRE

> Même les prêtres en parlent.
En décembre, j'ai eu la chance d'entendre un prêtre dénoncer en chaire le risque identitaire.
C'était lors d'une messe selon la forme extraordinaire dans une grande ville de province.
Visiblement, des jeunes catholiques fréquentant sa chapelle lui avaient parlé de leur admiration pour les auteurs néo-paiens et ethno-différencialistes (terme pompeux qu'utilise ces écrivains pour masquer leur racisme).
Comment des catholiques peuvent-ils adhérer à des thèses si opposées à la foi ?
Je pense que cela provient du manque de formation doctrinale et spirituelle.
Les camps ski/spi sont plus souvent des séjours mondains où se retrouvent la France bien élevée que des lieux d'enracinement spirituel.
L'infiltration de cette idéologie chez les jeunes catholiques trouve, aussi, son origine dans la peur de l'islam.
J'ai la chance de travailler dans l’accueil de mes frères migrants.
J'y ai souvent entendu des discours sur l'accueil mais aucun sur l'annonce du Christ à ces peuples.
Mais n'est-ce pas, hélas, le discours du pape François ?

PAC


[ PP à PAC - Non, ce n'est pas le discours du pape François : son attitude (celle de l'Eglise) en la matière est purement et simplement celle de Matthieu 25, la compassion active concrète, premier et fondamental témoignage évangélique. C'est sur cette base que l'annonce du Christ devient possible ! elle ne saurait être un préalable. ]

réponse au commentaire

Écrit par : PAC | 13/01/2017

@ PAC

> Quelques réflexions en vrac.
Où sont les moines et les religieux pour soigner les migrants comme les SDF ? Leur simple présence serait un témoignage fort.
Quand je vois des moines au chaud derrière leurs cloîtres, alors qu'à quelques pas des hommes du bout du monde tremblent au creux de leur fossé, ou derrière les barrières et casemates de leur camps fermés, que des jeunes de chez nous s'abîment au creux de nos ponts et bâtiments désaffectés, je me demande s'ils discernent bien la volonté du Christ: est-elle dans l'application à la lettre de leurs règles sacrées, ou dans la redécouverte de leur esprit originel? Je sais je suis la plus mal placée. Sans doute je me trompe. Mais je ne peux pas ne pas poser la question.
J'ai le souvenir douloureux d'une heure qui n'en finit pas de négociation avec un saint moine pour quémander l'hospitalité pour deux SDF inséparables, l'un ayant l'âge d'être le père de l'autre, tous deux épuisés. On repartit avec une bouteille de soupe et des sandwichs. Quelque temps après le plus âgé (40/50 ans?) mourait, le foie détruit ; son "fils" de la rue, le coeur en ruine, retombait dans la drogue. Les professionnels et bénévoles: à ma connaissance on n'a pas réussi. Aujourd'hui je n'ai plus de nouvelles de lui. 23 ans, et après la valse des foyers, à la rue depuis le jour de ses 18.
Où est l'Eglise des consacrés pour ces gens-là? Leur ministère est-il d'abord de brosser dans le sens de la youle les catholiques identitaires? N'est-il pas plutôt de sortir de leurs citadelles inutiles pour conduire ces jeunes fafs en soif d'idéal au-dehors et leur montrer comment laver les pieds des lépreux d'aujourd'hui? Pourtant ça c'est "pêchu" !
Autre moment.
Echange musclé avec un gaillard de terminale genre armoire à glace qui débite un discours anti-migrants, "z'ont pas intérêt à croiser mon chemin". Je lui réponds du tac au tac: "chiche de m'accompagner à Calais?" (c'était avant le démantèlement). - "Ah non, je tiens à ma vie".
A la même époque une de mes anciennes élèves, jolie étudiante à la silhouette gracile, menait une étude sociologique sur les bénévoles auprès des migrants. Alors qu'on ne pouvait s'y rendre sans papier spécifique, (en passant par les associations mandatées, délivré au compte-goutte par la préfecture), quelques jours avant le démantèlement, avec une autre étudiante elle s'aventurait clandestinement dans le bidonville où quelques milliers de migrants attendaient impuissants, fébriles, l'abattage final. Sans aucun incident. Sans la ramener ensuite.
Où est passée la vertu de courage?
Je rencontre régulièrement des personnes athées qui soignent, conduisent, à l'hôpital, à la gare, aux administrations, hébergent dans leurs maisons des migrants, ce inlassablement depuis des années, sans rien en compensation si ce n'est les contrôles de papiers et tracasseries pour intimider, et la crainte permanente d'une arrestation. Tandis que les bons cathos se disputent l'accueil des séminaristes de passage dans leur paroisse. Et tremblent à l'idée de la christianophobie galopante de notre pays, oui, fantasme que ressassent en boucle certains sites.
Où est passée la plus grande des vertus chrétienne, la charité ? Comment a-t-on pu la travestir en solidarité de beau quartier ou de bonne paroisse?
Ceux-là mêmes qui défendent l'enfant et la mère par des marches dignes et slogans bien élevés, où sont-ils pour protéger les quelques poignées de femmes migrantes seules au milieu de milliers d'hommes, jeunes pour la majorité, empêchés de fonder une famille pour raisons géopolitiques, parqués dans des zones de non-droits, dans la promiscuité implacable de la misère? On ne voit guère que 'Gynécologues Sans Frontière' pour soigner ce qui peut l'être encore. Où sont les chevaliers blancs pro-life? Il faudrait des moines-soldats pour passer les nuits au milieu des migrants et SDF, y être le recours des veuves et orphelins d'aujourd'hui, y être les protecteurs des pauvres face aux trafiquants d'esclaves modernes: Les vocations viriles ne manquent pas!!
Dernière réflexion. J'ai découvert hier grâce au film 'La Sociale' que les ministres communistes reversaient leurs indemnités au Parti, qui leur reversait un salaire d'ouvrier qualifié. Afin de rester "du peuple". De ne pas se laisser corrompre par l'argent.
Et je m'interroge: un communiste athée tel Ambroise Croizat n'était-il pas, par la vie héroïque, plus chrétien qu'un Fillon d'aujourd'hui qui se revendique catholique?
Il est temps d'opposer au discours des valeurs la pratique des vertus. Non pour nous mirer, mais pour aller plus diligemment au secours de nos frères en souffrance.
Quand certains se montrent en public pour faire bruyamment, violemment, leurs prières et prêches chrétiennes, la seule annonce du Christ qui nous reste, c'est de nous faire 'alter Christus'.
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Écrit par : Anne Josnin / | 13/01/2017

HIVER SOLIDAIRE

> Il existe une initiative à Paris, Hiver Solidaire, ou des paroisses (y compris dans les beaux quartiers) accueillent des SDF ; les paroissiens les accueillent, leur offrent le dîner et passent la nuit avec eux.
N'est-ce pas là la vertu de charité en pratique?
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Écrit par : Rémi / | 14/01/2017

BOF

> Pas de Miséricorde pour les ennemis de la Miséricorde ?

J.



[ PP à "J" (champion de la brièveté dans l'anonymat) :

Bof. En quoi serait-il "contraire à la miséricorde" de dire ce qui est ? Croyez-vous que la miséricorde consisterait à laisser la bêtise et la malveillance s'acharner (pour raisons politiques partisanes) contre le successeur de saint Pierre ? Et à laisser se répandre un relativisme de droite tout aussi néfaste que le relativisme de gauche ? ]

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Écrit par : J / | 16/01/2017

INTÉGRISME

> Sur le site de La Croix, je lis : "D’abord critique cinéma, puis chargé de la rubrique culture au magazine Valeurs actuelles, Laurent Dandrieu, 53 ans, est désormais le rédacteur en chef chargé des pages culture de l’hebdomadaire. Il est l’auteur, entre autres, de Woody Allen, portrait d’un antimoderne (CNRS, 2010) et de La Compagnie des anges : petite vie de Fra Angelico (Cerf, 2014)".
Juste pour dire qu'il a sans doute, au vu de son parcours, une approche culturaliste de droite : "il-faut-préserver-notre-culture" ? Bref, se permettre de juger des papes quand on tient la rédaction culturelle d'un petit magazine français... La bave du crapaud, etc. ?

Alex


[ PP à Alex - La vérité est que j'ai toujours connu LD "intégriste" au sens profond et rigoureux du terme. Son animosité envers le pape actuel fait suite à une longue série d'animosités envers ses prédécesseurs. ]

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Écrit par : Alex / | 16/01/2017

@ A. Josnin

> Je ne saisis pas bien l'intérêt de cette âcre diatribe contre "l'Eglise des consacrés" assénée aux lecteurs de ce blog que nous sommes.
Si difficulté précise il y a, à l'encontre de personnes précises, il faut la traiter directement avec les intéressés et non pas pratiquer un amalgame global lancé sur la place publique. Cette sortie contre "les moines et les religieux" est totalement injuste et déplacée.
On pourrait en outre ajouter que la vocation des contemplatifs n'est pas tout à fait la même que celle d'ordres qui se consacrent à des aides beaucoup plus concrètes de leurs contemporains.
Et de ces derniers j'en connais (j'ai un peu plus de vingt années de responsabilités dans le domaine social) qui se dépensent sans se ménager. Mais ils ne le font pas sous les spots des médias (et ils ne brossent, semble-t-il, personne "dans le sens de la youle") !
Que quelques chrétiens soient moins bons chrétiens que quelques athées n'autorise en rien à jeter le discrédit sur l'ensemble de la communauté chrétienne en cédant à un discours morose une fois encore profondément injuste (et... pas très chrétien).
Pour en finir, je voudrais rappeler la responsabilité de notre République, une et indivisible, qui ne remplit pas toujours correctement sa mission d'assistance et de protection de nos compatriotes les plus fragiles. Elle a des moyens financiers et des structures. Encore faudrait-il une volonté politique sans esquives et ne pas procéder à des arbitrages malsains qui donnent la préférence à des dépenses très contestables (par exemple, soutenir les "bons" rebelles syriens, ça coûte cher à notre nation...) !
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Écrit par : Réginald de Coucy / | 19/01/2017

IDENTITÉ N'EST PAS IDENTITAIRE

> Deux articles pour apporter de l'eau à votre moulin, tout en invitant à ne pas jeter le bébé identité avec l'eau du marigot identitaire. L'ouverture catholique à l'universel et l'appel à aller généreusement vers les périphéries nous obligent. Dans l'ordre politique, la tension assumée entre éthique de conviction et éthique de responsabilité n'en reste pas moins un chemin de crête sur lequel l'incantation ou l'accusation sont de peu d'utilité.
http://www.renepoujol.fr/catholiques-et-immigration-sortir-de-la-bonne-conscience/
https://ephesblog.wordpress.com/2017/01/12/catholicite-identite-et-difference/
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Écrit par : Philippe / | 19/01/2017

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