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21/09/2016

Les Gaulois de Sarkozy : une grosse fumisterie 1900

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Trois jours de tapage médiatique "pour" ou "contre" les "Gaulois" ? Sarkozy a (une fois de plus) fait le buzz. Or l'idée "gauloise" comme "mythe fondateur" est une fumisterie de la IIIe République :


 

 

Contrairement à ce qu'affirment des facebookers "patriotes", les Gaulois ne sont pas le "mythe fondateur" de la nation française.

La France existait sans ce mythe gaulois (et depuis des siècles) quand cette fable apparut en 1900 : dans l'école laïque obligatoire. Ce fut le mensonge d'Ernest Lavisse, pontife de l'Instruction publique : "Il y a deux mille ans la France s'appelait la Gaule".

Non !  Il y a deux mille ans "la France" n'existait pas. Le long labeur de sa gestation (par l'Etat) allait commencer bien plus tard et durer des siècles... Prétendre que la France existait avant l'Etat qui la fit naître, c'est remplacer la réalité historique (la France oeuvre du politique dans la longue durée) par ce fantasme : un "peuple premier", source prétendue de ce qui allait suivre au cours des millénaires.

Ce fantasme appliqué à la France n'est pas une idée française. Prétendre qu'une nation moderne était contenue d'avance dans le sang d'un peuple antique, c'est une démarche intellectuelle née dans les universités allemandes du XIXe siècle. Elle consiste à imaginer un Urvolk ("peuple originel"), doté d'un Volksgeist ("instinct du Volk") auquel la nation moderne doit revenir pour être selbst treu, "fidèle à soi-même". Cette théorie völkisch fut la réponse d'idéologues universitaires aux conditions historiques spécifiques de la future Allemagne. Pourquoi cherchaient-ils un mythe fondateur ? Pour justifier un Reich à créer de toutes pièces...  On voit à quel point cette entreprise était étrangère aux données françaises : le concept de Volk ne coïncide pas avec le sens français du mot peuple ; le mot  völkisch est intraduisible - voire intransposable - en français.

On s'étonne donc de voir la IIIe République de 1890-1900 se fabriquer elle aussi un "mythe fondateur". Elle emprunte aux intellectuels allemands cette démarche, inutile à la nation française mais utile à la Troisième : s'inventer un "peuple des origines".  A cela, deux causes : 

1. la défaite française de 1870. Les intellectuels prussiens se sont empressés de l'attribuer à la supériorité de leur mythe collectif sur la "légèreté welche". Cette idée a vexé des intellectuels français. Lavisse en fait partie. Jeune universitaire meurtri par la chute du Second Empire, il part étudier le système universitaire prussien (1872-1874) et revient influencé. Devenu mentor de l'Instruction publique, il écrira des manuels pour doter la jeunesse d'une idéologie française répondant à l'idéologie allemande. C'est l'histoire transformée en "roman national" : selon cette relecture laïque, la France n'est plus l'oeuvre politique d'une dynastie mais une épopée spontanée, une prédestination née des Gaulois ;  la saga culmine avec la République et l'empire colonial.

2. l'incohérence d'une ambition jacobine et universaliste à la fois. Lancée dans la conquête coloniale pour des raisons économiques, la Troisième les ennoblit d'idéologie républicaine universaliste - mais avec le contrepoids d'un jacobinisme "civilisateur" fortement teinté de mépris racial : imposer à des écoliers sénégalais ces "Gaulois" qui n'étaient pas leurs "ancêtres", c'était leur dire que la supériorité du colonisateur reposait sur une différence naturelle infranchissable, d'autant plus infériorisante qu'il était obligatoire d'y adhérer en tant qu'écoliers.

 

Voilà d'où vient cette histoire de "Gaulois" et de "roman national" !  Il n' y a pas de quoi pavoiser. Faire comme si les sept mètres de fonte du Vercingétorix d'Alise-Sainte-Reine (statue aussi creuse que le mythe) répondaient aux problèmes de 2016, relève de l'ineptie ; ou - dans le cas sarkozyen - du tapage électoral.

Mais il y a plus grave sur le plan des idées :  invoquer l'Urvolk "gaulois" en zappant vingt siècles d'histoire réelle, c'est invoquer l'ethnique [*] contre l'historique, et c'est du rousseauisme grossier. La grossièreté absolue serait de n'invoquer les "Gaulois" que pour refuser d'intégrer le non-Blanc : auquel cas il ne s'agirait même plus de nationalisme xénophobe, mais purement et simplement de "white supremacism" à l'américaine ; stade final du dépérissement du politique.

Personne ne s'étonne que M. Sarkozy prenne le risque et fonce tête baissée dans une provocation dont sans doute il ne pense pas un mot ;  c'est une simple posture pour la primaire. Il mise d'abord sur les plus "durs" à droite. S'il est investi le 27 novembre, il changera d'idées le 28.

On peut s'inquiéter plutôt de voir de bonnes gens, sur Facebook, applaudir cette histoire de "Gaulois" et croire que le patriotisme français repose sur un bricolage 1900 du mandarin Lavisse ! On commence comme ça, et on finit par trouver excusable que le patriotisme se dégrade en ethnicisme... [**] 

 

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[*]    bien à tort, d'ailleurs. Les "Gaulois" n'étaient pas une ethnie mais des confédérations de tribus et de cités, issues de la fusion des populations antérieures avec des envahisseurs celtes... qui, eux-mêmes, étaient des confédérations d'entités dont on ignore absolument les profils ethniques. Avant leur arrivée dans l'espace que César appellera arbitrairement "Gaule" (comme on appellera arbitrairement des espaces "Centrafrique" ou "Haute-Volta"), il était déjà peuplé et depuis très longtemps : populations du nord-ouest (les "Belges" que César distinguera des Celtes et des Germains), Basques, Alpins, Ligures, Phocéens,  etc.

[**]   Aux "réacs" qui l'encensent sans l'avoir lu, conseillons de lire le vieux Maurras : ils verront son dédain pour Lavisse et l'Urvolk imaginaire. On doit reprocher à Maurras beaucoup de choses (et graves), mais il était "culturaliste" et non "ethniciste".

 

 

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Commentaires

L'ATTRAIT DU BUZZ

> S'il s'agissait pour M. Sarkozy de dire que les immigrés (et leurs descendants) doivent apprendre, comprendre, et (osons le dire) aimer l'histoire de France, pourquoi pas ?
Mais, d'une part, cela exige un effort de la part des Français (connaissons-nous toujours notre propre histoire ?) et de l'Education nationale : celui de la leur faire goûter.
Et, d'autre part, il s'est passé pas mal de choses en France depuis "les Gaulois"... à commencer par la naissance de la France.
Mais, effectivement, l'attrait du "buzz" a dû être plus fort que tout pour M. Sarkozy. D'où chez lui une succession de formules aussi creuses que des slogans publicitaires.
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Écrit par : Sven Laval / | 21/09/2016

CHÈVRE

> Désolé, mais je vais être vulgaire.
Si en 2012 une chèvre se présente contre Sarkozy, la chèvre sera élue disait on en 2011.
En 2012 la chèvre s'est présentée et a été élue. En 2012, les français ont préféré une chèvre à Sarkozy !!!!
Sarkozy devrait en tirer les conséquences qui s'imposent !
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Écrit par : Nicolas / | 21/09/2016

NARKOZY

> Au moins aussi tordu que lui, je pense qu'il essaie de réitérer l'accidentel "Mangez des pommes !" de Chirac, une blague récurrente des Guignols de l'Infos pendant les élections de 1995 et qui lui aurait valu un capital de sympathie suffisant pour qu'il soit dit que cela avait contribué à son élection.
J'ai cru comprendre qu'en 2007, Sarkozy avait déjà utilisé le thème des Gaulois dans un discours.
Qu'il veuille (lui ou une agence de com) se faire affubler d'un Sarkozix, comme d'autres ont été affectueusement Tonton, Chichi ou Flamby (au début seulement) pour capter l'aura d'Astérix ne serait pas étonnant.
Mais il faut faire semblant que ce soit accidentel sinon ça ne marche pas.
Pour l'heure, il n'a jamais gagné que Narkozy, dans une chanson de Matmatah entre autre.
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Écrit par : Yann / | 21/09/2016

BLOG

> Je viens de trouver aussi Sarkozitoire sur internet, et sur ce blog qui m'a bien fait marrer :
http://abragazouillis.canalblog.com/archives/2012/03/23/23834040.html
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Écrit par : Yann / | 21/09/2016

LANGUES

> Dans cette histoire absurde, ceux qui sont aussi touchés par ricochet-bien que la médiasphère parisienne et ses succursales régionales les ignorent- sont ceux qui ,comme moi, défendent les cultures, identités, et, là où elles existent, langues régionales.
A force de dire "on ne doit parler que français en France" ,on finit par rendre suspect ceux qui osent encore y parler autre chose, fût-ce la plus vieille langue du lieu (ce n'est pas une crainte paranoiaque,un patron de restaurant ayant récemment plus qu'à demi-mot reproché cela à un ami et moi même lors d'un déjeuner dans ses murs !).
Bref,nous en avons plus qu'assez !
PS "Garumna Gallos ab Aquitanis dividit"(César,de bello gallico ).
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Écrit par : Girondin / | 21/09/2016

PAS D'ACCORD

> C'est un vieux débat qu'il n'est pas aussi simple de trancher comme ça. Quand j'étais en fac d'histoire, le meilleur spécialiste de la Gaule de l'époque défendait "nos ancêtres les Gaulois" et réfutait de manière très convaincante tous les arguments avancés ici (je les ai entendus réfutés par des médiévistes aussi).
Il n'y a malheureusement plus guère de débat aujourd'hui et ces arguments sont imposés comme vérité révélée par la médiacratie. Je m'étonne de les retrouver ici car ils sont devenus partie intégrante de l'idéologie néolibérale comme piliers de la lutte contre l'idée de nation et pour le communautarisme.

Guadet


[ PP à Guadet :
- Pas le moins du monde néolibéral (à moins que vous ne considériez Chaunu, par exemple, comme un néolibéral ???).
- Simple ? Non : simplement historique. Dire que la Gaule était déjà la France (Lavisse) est insoutenable ; pure idéologie républicaine 1880.
- Quant au fait qu'il y ait du "gaulois" parmi le stock génétique des populations françaises, c'est une évidence tellement évidente qu'elle ne mérite pas d'être commentée ; et elle n'a rigoureusement rien de politique. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Guadet / | 22/09/2016

GRANDE NATION

> Les Prussiens et leurs héritiers francophobes (il en reste) ont toujours envié – et cherché à rabaisser en la moquant – la « Grande Nation » française, concept né dans le sillage des guerres napoléoniennes. D'où la réplique de la IIIe République, qui s'est attachée à trouver un mythe fondateur, bien évidemment préchrétien, dans ce « peuple » gaulois.
Nos amis allemands ont beau dire : la France aura été une « grande nation », au moins de Clovis à De Gaulle… avant le passage dans la grande lessiveuse technocratique et européenne.
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Écrit par : Denis / | 22/09/2016

> Sarkozix 1er, le souverain qu'il faut à la France, avec perruque à grappes bien sûr, par Toutatis!
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Écrit par : Pierronne la Bretonne / | 22/09/2016

> Supersarko le Pulvérisateur! Il carbure à la potion magique. Par Toutatis, Thor n'aura qu'à bien se tenir!!!
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Écrit par : Pierronne la Bretonne / | 22/09/2016

PAS D'ACCORD

> s'il n'y a pas de peuple gaulois, que sont devenus les 10 à 20 millions d'habitants de la Gaule ? Ils n'ont pas eu de descendance ?
Dénoncer un travers (ethniciste) pour tomber dans un autre (culturaliste) n'est pas vraiment signe de modération...

Cyrille


[ PP à C. - Veuillez relire ce que j'ai écrit. Personne ne nie qu'il y ait eu des habitants en Gaule. L'absurdité, c'est de dire qu'ils étaient déjà la nation française... Maintenant si vous voulez traiter par le mépris le travail créatif des "quarante rois qui en mille ans firent la France", c'est votre affaire, bonjour à Emile Combes. ]

réponse au commentaire

Écrit par : à Cyrille / | 22/09/2016

> J'm'est gourré, c'est pas Matmatah, c'est Bandit Manchot.
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Écrit par : Yann / | 24/09/2016

MIMÉTISME

> La genèse de cette idée illustre bien la théorie du désir mimétique de René Girard. Il avait décrit dans 'Achever Clausewitz' (2007) comment les Allemands avaient eux-mêmes plus tôt développé leur militarisme en réaction à leur propre vision de la France comme étant la nation militaire par excellence, suite aux guerres napoléoniennes.
Les idéologies ou habitudes des nations vainqueurs ou dominantes sont ainsi désirées et parfois adoptées par les vaincues, mêmes lorsqu'elles sont mauvaises ou non transposables chez elles.
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Écrit par : François Sarrazin / | 25/09/2016

ANTÉRIORITÉS

> D’après diverses publications vieilles ou récentes :
Il y a bien eu des vagues de conquérants doté d’une supériorité d’armement par la maîtrise du fer qui se nommaient quelque choses comme Galatas dont les Grecs firent Celtes et dont nous avons tous des traces d’ADN bien diluées, mais si c’est un marqueur identitaire, il est européen sinon plus! Pays de Galles, Wallonie, Galice et Galicie, Galatie d’Asie Mineure (ou on parlait une sorte de breton selon St Jérôme), tombes celtiques d’Asie Centrale ou d’Allemagne du Sud, un peu partout ils ont laissé leurs traces et souvent leurs noms ou ceux de leurs tribus (Vénètes de Venise, Senones de Siennes).
Ce qui permet à M. Sarközy de Nagy-Bosca de revendiquer des ancêtres gaulois.
Mais par ailleurs, la toponymie française, du moins celle des lieux naturels : rivière sources, montagnes, est antérieure à l’arrivée des parlers gaëliques, ce qui en dit long sur le peuplement.
______

Écrit par : Pierre Huet / | 25/09/2016

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