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20/06/2016

Hollande à la primaire : c'est la mort de la Cinquième

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...et ça ne doit pas occulter ce qui se passe d'inédit par ailleurs :


 

Volte-face de Cambadélis : la semaine dernière, il s'apprêtait à modifier les statuts du PS pour en exclure la primaire ; depuis 48 heures il organise la primaire et François Hollande y sera candidat.

C'est l'ultime étape de l'enterrement de la Ve République. De Gaulle aurait voulu un chef d'Etat "au dessus des partis et des groupes d'intérêts", ancré pour sept ans (renouvelables) dans le suffrage populaire, donc capable de "voir à long terme"... Mais Chirac a inventé le quinquennat qui voue le pays à la foire électorale permanente, enferme l'élu dans le court terme, et le rive à l'investiture des partis. Aujourd'hui le déshonneur du mandat Hollande franchit un dernier degré dans l'avilissement de l'institution : mal vu des Français au point de ne pouvoir se représenter en 2017 par ses propres forces, le président redevient ce qu'il est - un petit politicien - et accepte de retomber au même niveau que la foule des autres petits politiciens, ses rivaux.

Combien seront-ils à la "primaire de gauche" ? Ce sera la bousculade. Tous les velléitaires seront là : Montebourg, Hamon, Rugy, Bennahmias, Girardin... Même Lienemann, qui ferait pourtant mieux de soutenir Mélenchon. Et l'on suppose que Hulot se tâte.

Bousculade aussi à droite : Fillon, Juppé, Copé, Le Maire, Mariton, Poisson, Morano, Lefebvre, Kosciusko-Morizet, Hammou, Didier, Myard, Guaino... Et d'autres arrivent, parmi lesquels Sarkozy.

Cohue ! Tous ceux qui "cuisent leur petite soupe, sur leur petit feu, dans leur petit coin", comme disait le Général,  se sentent obligés de briguer l'Elysée. La candidature à la présidence de la République fait désormais partie du plan de carrière de n'importe quel politicard. C'est la logique du quinquennat, le soubresaut d'un système épuisé.

Il y a une autre logique à l'oeuvre, parallèle mais  inédite ; elle ne tend pas à prolonger le système, elle fleurit sur ses ruines. C'est le populisme. Dans la présidentielle française cela donne une floraison de candidats "surgis de nulle part" et dont beaucoup n'obtiendront pas les parrainages nécessaires, mais dont le langage sonne bizarrement juste. Ils sont une vingtaine pour l'instant, tel ce François Vigne que nul ne connaît et qui se présente comme un "entrepreneur de 46 ans père de quatre enfants", convaincu "que le monde change et que la France doit se réinventer sous la conduite d'une nouvelle génération de responsables". Ça ne nous dit rien sur sa vision géopolitique (s'il en a une) : mais qu'ils soient vingt comme lui (et pas tous givrés) révèle quelque chose. Ce quelque chose a sans doute à voir avec la conquête de la mairie de Rome par une jeune femme membre du plus iconoclaste et du plus populiste des partis : le "Cinq Etoiles" de Beppe Grillo, leader capable de faire scander à cinquante mille personnes à l'intention des journalistes qui filment le meeting : " 'fanculo ! 'fanculo !".

Ce quelque chose que les salons nomment "populisme", c'est le rejet massif de la classe politique par les populations. Je ne dis pas "le peuple" au sens des populistes d'extrême droite (qui en excluent les nouveaux Français) : je dis bien "les populations", c'est-à-dire les citoyens du territoire, indignés par une classe politique qui n'a plus conscience du bien commun.

C'est à ces indignés de base que le pape François lançait son appel de Santa-Cruz, il y a presque un an : prenez votre destin en main, exercez une "saine pression" sur les détenteurs des pouvoirs ! puisque les politiques ont abandonné le politique, exercez-le vous-mêmes... (Ça peut prendre des formes étranges : et alors ?).

Laissons la Cinquième se dissoudre. L'avenir est ailleurs.

 

 

Commentaires

VIGNE

> François Vigne, c'est tout comme Hollande, père de 4 enfants et pour qui le changement c'est maintenant.
Ah si quand même, il est entrepreneur, et donc moins vide que Hollande, qui n'a travaillé que quelques mois je crois (dans un cabinet d'avocats).
Donc finalement les choses s'améliorent plutôt.
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Écrit par : RH / | 20/06/2016

PARTISAN

> Voilà qui est bien synthétisé mais comment comprendre qu'un chef d'Etat soit partisan. Ainsi, il ne travaille pas pour tous? Comment alors peut-il être normal. Car les gens normaux ont une approche d'intérêt commun.

ADV


[ PP à ADV - Oui, et c'est pour soustraire le pouvoir à la main-mise des partis que De Gaulle avait imaginé l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel. La chose a dégénéré presque tout de suite après sa disparition... Rappelons qu'il disait : "Je n'aime pas les communistes, parce qu'ils sont communistes. Je n'aime pas les socialistes, parce qu'ils ne sont pas socialistes. Quant aux miens, ils aiment trop le fric. " ]

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Écrit par : Alain De Vos / | 20/06/2016

LE COMMUNIQUÉ DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE

> Le véritable conseil des Sages est maintenant là :

"La France va vivre une année électorale importante avec l’élection présidentielle et les élections législatives. À la veille de ce qui doit être un authentique débat démocratique, nous souhaitons appeler nos concitoyens à tenir compte de certains enjeux qui nous paraissent engager notre avenir de façon déterminante. Nous le faisons à la lumière de nos convictions enracinées dans la tradition chrétienne et des textes publiés par le pape François au cours des années écoulées."

http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/422466-2017-annee-electorale-quelques-elements-de-reflexion/
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Écrit par : isabelle / | 20/06/2016

PAS SEULEMENT POLITIQUE

> L'action en politique c'est bien, mais ATTENTION au militantisme !
Mon beau-frère ex-journaliste me faisait la liste des partis politiques (ou syndicats) montés il y a un siècle, tant par les "catho" que par des protestants ou même des mouvements juifs : il sont tous tombés dans l'athéisme voir la franc-maçonnerie, et n'existent plus aujourd'hui.
Combien de chéfaillons politiques de droite comme de gauche ont été formés (et ont oeuvrés) dans la Jeunesse ouvrière catholique ou la Jeunesse agricole catholique ? combien défendent encore une vision chrétienne de l'économie (ou juste des idées humaines) ? Zéro.
Pourquoi : A vouloir sauver le monde uniquement par de l'action politique, en laissant tomber le spirituel (la relation à Dieu), alors l'humain dérive inexorablement vers ... l’inhumain.
Donc action politique oui, mais ancrée dans la prière, et la lecture des textes du magistère : là il y a un véritable programme pour révolutionner le monde.
Et comme disait JC : "Priez pour ne pas entrer en tentation ..."

Bergil


[ PP à B. - Le pape avait-il dit le contraire ? ]

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Écrit par : bergil / | 20/06/2016

???

> Arrêtez de pleurer le général de Gaulle ! Les hommes providentiels ne sont pas toujours le signe d'une grande maturité des peuples qui y ont recours.

BH


[ PP à BH
- Quelle curieuse façon de lire cette note et de m'en parler ! et quelle hâte pour crier à "l'homme providentiel" (ce qui n'était pas l'angle)...
- Faire une caricature déformante et plus ou moins méprisante de ce qu'on vient de lire : mauvaise habitude franco-française. ]

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Écrit par : B.H. / | 20/06/2016

JAMAIS ?

> Jamais l'oligarchie ne permettra qu'Hollande, détesté par à peu près tout le monde, soit de nouveau candidat : il perdrait probablement face à Marine le Pen.
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Écrit par : Thomas Mousset / | 20/06/2016

@Bergil:

> l'engagement politique isole, en particuliers de ses communautés d'origine, familiale, amicale et religieuse. Or en même temps qu'on perd ses frères de sang, de coeur et d'âme, on se retrouve plongé dans un monde on ne peut plus artificiel, de violence et d'adrénaline, de pouvoir et de servitudes, de tentations et d'abnégation, ...,avec ses dérives sectaires aussi, dont le citoyen "normal" ne peut avoir idée. Et là vous attendent, bienveillants, des "frères" prêts à vous comprendre, conseiller et soutenir sans vous juger. Voilà ce qui manque à l'honnête citoyen, et en particuliers pour nous au citoyen chrétien qui veut s'engager en politique aujourd'hui: une vie fraternelle authentique qui lui permette de tenir le coup et garder les pieds dans la boue du réel.
Nous avons aussi collectivement notre part de responsabilité dans la coupure entre les élus et le peuple: nous les avons laissé seuls avec nos problèmes, ne les sollicitant que pour en obtenir quelque avantage personnel, les privant de notre amitié pour ne pas nous "corrompre" nous-même. Or c'est ce dont les gens de pouvoir ont le plus besoin: d'amitié réelle (Aristote le disait déjà!).
Je ne crois pas en des associations chrétiennes calquées sur la franc-maçonnerie, comme j'ai vu chez certaines confréries catholiques"discrètes", aux destinées hasardeuses. Nous n'avons pas à nous laisser fasciner par elle.
Au contraire, la franc-maçonnerie, par ce qu'elle emprunte au christianisme autant que par ce qu'elle en cherche à détruire, nous ramène aux fondamentaux de notre foi, et nous rappelle à cette exigence première d'amour fraternel: " C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on reconnaitra que vous êtes mes disciples".
Il faut donc tout d'abord recréer les conditions d'une vie fraternelle telle que la pratiquaient les premiers chrétiens, qui mettaient tout en commun, dans un égal renoncement aux avantages de ce monde. Cela on ne peut l'exiger que de nous chrétiens. Mais traduit en mode laïc, cela pourrait donner:
-Dé-professionnaliser l'engagement politique et donc en finir avec les élus à vie, aux privilèges insupportables d'une part, politiser le peuple en mettant en place une réelle démocratie participative, engageant concrètement chaque citoyen d'autre part, citoyen dont la voix est aussi importante que celle d'un mandaté en politique. Cela permettrait de rétablir cette fluidité vitale, entre le peuple et ses représentants. Ces derniers ne seraient donc que des citoyens momentanément détachés de leur profession pour servir, sortes de "diacres à durée déterminée" de la Cité. Dans ce contexte peut continuer à s'épanouir cette amitié qui seule assure la cohésion réelle au sein du peuple, par-delà les différences d'opinions et les inégalités sociales persistantes.
Et si les diacres, pour mener à bien leur mission particulière dans l'Eglise reçoivent l'ordination, je persiste à penser que pour ceux qui sont missionnés pour une durée déterminée au service de la communauté politique, l'Eglise a des trésors qu'elle a mis sous le boisseau, en particuliers le sacramental de l'adoubement.
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Écrit par : Anne Josnin / | 20/06/2016

MIRAGES

> Salut en Christ, Bergil,
Révolutionner le monde! Plus profonde que la Révolution, l'Evolution qui renouvelle la face de la Terre. L'Esprit oeuvre sans relâche et nous lance en avant! Je pense que c'est ici le programme auquel vous faites allusion. La tentation qu'il nous faut écarter par la prière, notre relation d'amour à Jésus, est celle de la soumission aux idoles qui risquent de nous figer dans un esclavage qui peut commencer par notre "Weltanschauung", donc aussi l'image que nous nous faisons de Dieu, passer par notre conception de l'économie politique et en fin de compte, il se termine toujours par le regard que nous portons sur l'autre. Ai-je la volonté de soumettre ce dernier ou de le libérer? Vais-je condamner ou tendre la main pour relever? Vois-je une multitude d'individus bons à servir mes intérêts, ma carrière, mes fantasmes ou des Personnes destinées à communier? Vais-je me servir des autres pour en définitive me perdre ou vais-je servir les autres pour accéder à la Grâce d'une communion d'amour qui réellement m'accomplira? La Révolution, la Restauration, la Cinquième? Attention aux mirages!
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Écrit par : Pierronne la Bretonne / | 21/06/2016

POPULISMES

> Le mot populisme est un vocable médiatique créé pour désigner celui qui est contre le système existant. Il y a donc un populisme dit de gauche et un populisme dit de droite, sachant bien sûr, en langage polititco-médiatiaque, que le populisme de droite est bien plus dangereux que celui de gauche.
D'ailleurs maintenant quand on dit populisme cela ne veut dire que d'extrême droite.
Bref les étiquettes n'ont pas fini de fleurir pour dire finalement en langage polititco-médiatiaque que le seul régime valable est celui qui est en place.
Mais au fait pourquoi y a-t-il des "populistes" et pourquoi ont-ils systématiquement tort ?
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Écrit par : Vincent / | 21/06/2016

PAS CHIRAC

> Ce n'est certes pas l'objet de votre article, mais ...
Dans mes souvenirs, ce n'est pas Chirac qui a inventé le passage au quinquenat mais plutôt son premier ministre de l'époque.
Comme je pense que vous avez plus de moyens que moi pour vérifier (éventuellement dans vos propres souvenirs), je me permets de vous poser la question: «En êtes-vous sûr ?»
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Écrit par : olivier / | 21/06/2016

LA GAUCHE

> Je me joins au commentaire d'Olivier. Chirac a cédé à une pression de gauche. A l'époque la gauche voulait enterrer la cinquième. C'était avéré. Chirac en fin animal politique a préféré jouer la transformation progressive de la République en régime présidentiel. Alors qu'elle était parlementaire présidentialiste jusqu'alors.
On se souviendra de Jospin disant des 95 : mieux vaut 10 ans avec Jospin que 14 avec Chirac.
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Écrit par : Benoit / | 22/06/2016

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