23/07/2009

''Pour un Christ vert''

 C'est le nouveau livre du philosophe catholique Jean Bastaire (éd. Salvator), pour une révolution chrétienne mondiale :


 

Voilà un écho philosophique et français à Caritas in veritate : un non au passéisme, à la récupération utilitaire des « valeurs spirituelles » (?) par les gérants de la post-démocratie française, au vieux ménage défunt « entre la foi d'hier et la cité d'hier »... Le nouveau livre de Jean Bastaire pose en termes révolutionnaires le problème de l'avenir du christianisme, toujours potentiellement jeune et neuf. Face au christianisme : l'argent.

Naguère l'argent n'arrivait pas « à contrecarrer et à neutraliser totalement les autres puissances. Il devait composer avec elles […] Des concessions et rétrocessions intervenaient où l'argent passait des compromis avec les armes, le droit, l'éducation, les croyances, la culture. » Mais aujourd'hui l'argent « accède au rang de référent suprême, de maître absolu ». L'argent « est devenu le maître et nous manipule dans un extraordinaire tohu-bohu », qui conduit finalement « à une réduction au chaos ». « Commerce de masse, commerce totalitaire » : « briser par tous les moyens la résistance du consommateur... » « Alors que le nécessaire continue de faire défaut à une proportion importante de la société occidentale et majoritaire de la société mondiale, le superflu entre aussi dans la catégorie de ce dont on ne peut se passer. Tout devient nécessaire. La notion de superflu disparaît... »

Ennemi direct « contre lequel les chrétiens doivent mobiliser toute leur foi et toute leur action » : le consumérisme, où « l'offre suscite, commande, impose la demande ». L'accroissement constant de la consommation, présenté comme la base même de la civilisation, est l'idéologie de masse du matérialisme mercantile. D'où le pillage de la planète, et la sourde angoisse qui gagne l'opinion publique devant les conséquences – humaines et écologiques – de ce pillage.

D'où aussi le conflit, de plus en plus évident, entre ce système et le christianisme.

Pour le christianisme, « tout est donné à l'homme et rien ne lui appartient ». La propriété privée (célébrée classiquement comme « de droit naturel ») a ses limites et ne doit pas accaparer les ressources vitales de l'humanité. Il y a donc « opposition frontale » entre le consumérisme et le christianisme, dont l'une des missions est « d'appliquer la Trinité aux réalités économiques » : en d'autres termes, « placer l'Amour au centre des relations de subsistance que l'homme entretient avec ses semblables et le reste de la Création ». Il ne s'agit pas « d'introduire plus de justice dans la dévoration », mais « de dénoncer la dévoration comme le désordre de base ». L'exigence est celle « d'une conversion », un retournement à 180 degrés de l'attitude intérieure de l'homme, un « demi-tour existentiel » : « au souci du nombril doit succéder l'inquiétude pour la communion universelle ».

D'une part, le système nous veut voraces. D'autre part, notre inquiétude pour l'avenir de nos enfants, notre conscience (qui se réveille) nous commandent de devenir sobres. On ne peut être à la fois sobres et voraces, souligne Bastaire ! Il y a donc conflit entre le système économique mondial et notre conscience. Particulièrement si elle est chrétienne.

« Le rajeunissement du christianisme est comme toujours de revenir à ses fondamentaux en les interprétant selon les conditions de la société actuelle. A partir de sa tradition, il est d'inventer une nouvelle expression de la foi et une nouvelle manière de la vivre... » Aujourd'hui l'exigence décisive est « de faire front contre la suprématie de l'argent », qui a enfermé la planète dans une situation invivable.

Face à cela, l'amour et la vérité commandent une révolution. Elle doit être écologique, dit Bastaire : c'est « la réponse chrétienne à l'agonie de notre temps, à la lutte sans merci que l'humanité livre contre le mal pour sauver en Christ l'homme et l'ensemble des créatures ». Dans le sillage des papes (Jean-Paul II, Benoît XVI), le philosophe en appelle au « Christ vert » pour qui « sauvegarde et salut de la Création vont de pair. Il s'agit à la fois de mener à bien la réforme des coeurs dans la gestion de l'univers et de consommer en Christ la promotion finale de toutes choses pour que le Christ les offre toutes au Père... Telle est l'annonce onéreuse et joyeuse qu'on attend des chrétiens aujourd'hui. La nouvelle évangélisation passe par là... Nous sommes au terme d'un cycle. L'impérialisme de l'argent a fini d'avaler toutes les autres valeurs, comme ce capitalisme financier en quoi se résorbe dans une bulle gigantesque la totalité de l'économie mondiale. Le Christ vert est seul capable de crever cette bulle et de sauver l'homme solidaire de l'univers. »

J'applaudis et je salue Jean Bastaire, maître-pionnier de l'écologie catholique. Lisez son livre !

-

01:30 Publié dans Ecologie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : christianisme

Commentaires

"LE CHRIST VERT"

> Un Christ vert ? Mais alors il viendrait de Mars ! Déjà certains voulaient le peindre en rouge il y a quelques années...
Le christianisme a sans nulle doute une manière qui lui est originale de parler de l'écologie tout comme du social, mais il n'est pas QUE de l'écologie, comme il n'est pas QUE du social.
Le Christ est ; et dans sa nature humaine, il est tel que nous le disent les évangiles, point. Il n'est pas plus socialiste que Jaurès, plus communiste que Lénine, ou plus vert que Cohn-Bendit.
C'est toujours un jeu dangereux d'enrôler le Christ sous une bannière particulière.
Pour le reste, il me semble que ce philosophe défonce plutôt des portes ouvertes (capitalisme financier à la dérive, boulimie productiviste, etc.) Je crois qu'on ne l'a pas attendu pour identifier nos maux actuels.
D'autres part quelles sont ses propositions concrètes, réalistes, pour nous extraire de la logique actuelle ? Retourner dans nos cavernes ? Dénoncer est le jeu facile de nos pseudo-philosophes : ils accusent, ils s'indignent, ils sont outragés, voilà leur gagne-pain.
Le fond du problème, à la base de tous les problèmes dont l'écologie n'est qu'une partie, c'est que notre civilisation a oublié Dieu ; sans Dieu, tout est permis.
Marius

( De PP à M. - Jean Bastaire est au dessus de tout soupçon sur le plan théologique ; ne lui faites pas dire ce qu'il ne dit pas... D'autre part, ne demandez pas à un essai de "théologie de l'histoire" des recettes d'aménagement de la société économique. Enfin, pourquoi interdire à la théologie d'interpeller la société ? Est-celle si parfaite ? N'y faut-il rien changer ? n'avons-nous pas la responsabilité de léguer un monde vivable à nos enfants ? Benoît XVI après Jean-Paul II ne nous adjure-t-il pas d'agir ? ]

Cette réponse s'adresse au commentaire

Écrit par : Marius | 23/07/2009

BASTAIRE ET PEGUY

> Jean Bastaire est bien le digne fils spirituel de Charles Péguy dans sa dénonciation de l'argent-roi.

"Je l’ai dit depuis longtemps. Il y a le monde moderne. Ce monde moderne a fait à l’humanité des conditions telles, si entièrement et si absolument nouvelles, que tout ce que nous savons par l’histoire, tout ce que nous avons appris des humanités précédentes ne peut aucunement nous servir, ne peut pas nous faire avancer dans la connaissance du monde où nous vivons. Il n’y a pas de précédents. Pour la première fois dans l’histoire du monde les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Et pour être juste il faut même dire : Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et du même mouvement et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un même mouvement qui est le même ont été refoulées par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un seul mouvement et d’un même mouvement ont reculé sur la face de la terre. Et comme une immense ligne elles ont reculé sur toute la ligne. Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est maître sans limitation et sans mesure.

Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul en face de l’esprit. (Et même il est seul en face des autres matières.)

Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul devant Dieu.

Il a ramassé en lui tout ce qu’il y avait de vénéneux dans le temporel, et à présent c’est fait. Par on ne sait quelle effrayante aventure, par on ne sait quelle aberration de mécanisme, par un décalage, par un dérèglement, par un monstrueux affolement de la mécanique ce qui ne devait servir qu’à l’échange a complètement envahi la valeur à échanger.

Il ne faut donc pas dire seulement que dans le monde moderne l’échelle des valeurs a été bouleversé. Il faut dire qu’elle a été anéantie, puisque l’appareil de mesure et d’échange et d’évaluation a envahi toute la valeur qu’il devait servir à mesurer, échanger, évaluer.

L’instrument est devenu la matière et l’objet et le monde.

C’est un cataclysme aussi nouveau, c’est un évènement aussi monstrueux, c’est un phénomène aussi frauduleux que si le calendrier se mettait à être l’année elle-même, l’année réelle, ( et c’est bien un peu ce qui arrive dans l’histoire) ; et si l’horloge se mettait à être le temps ; et si le mètre et ses centimètres se mettait à être le monde mesuré ; et si le nombre avec son arithmétique se mettait à être le monde compté.

De là est venue cette immense prostitution du monde moderne. Elle ne vient pas de la luxure. Elle n’en est pas digne. Elle vient de l’argent. Elle vient de cette universelle interchangeabilité.

Et notamment de cette avarice et de cette vénalité que nous avons vu qui étaient deux cas particuliers, (et peut-être et souvent le même), de cette universelle interchangeabilité.

Le monde moderne n’est pas universellement prostitutionnel par luxure. Il en est bien incapable. Il est universellement prostitutionnel parce qu’il est universellement interchangeable.

Il ne s’est pas procuré de la bassesse et de la turpitude avec son argent. Mais parce qu’il avait tout réduit en argent, il s’est trouvé que tout était bassesse et turpitude."

Charles Péguy, "Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne" (1914)

Écrit par : Michel de Guibert | 23/07/2009

SAUVEGARDE ET SALUT DE LA CREATION

1. Question : que recouvre précisément le concept théologique de « salut de la création » ?
a) Si l’on considère la création comme toutes choses créées (dans le Credo : « le ciel et la terre, toute chose visible et invisible ») : toute chose, dans la consommation des temps, sera remise au Père. Est-ce cela le sens eschatologique du Salut de la création ?
b) Si l’on considère la création en tant qu’environnement naturel confié à l’homme pour son bien : cette création n’est-elle pas finie (en ce sens qu’elle passera) ? Si oui, a-t-elle besoin d’être sauvée (au sens du Salut) de quoi que ce soit ? Tandis que l’homme a une destinée éternelle et a besoin d’être sauvé de la mort et du péché…
J’ai du mal à démêler… Je crois que Teilhard de Chardin a travaillé sur ce sujet… mais j’avoue que je n’ai pas trop le courage… Si un fin théologien peut nous éclairer…

2. La prière eucharistique numéro 4 nous livre une admirable catéchèse sur les rapports entre l’homme et la création : « Tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour : tu as fait l’homme à ton image, et tu lui as confié l’univers, afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. »
L’homme a pour mandat divin de régner sur la création, non comme un propriétaire qui en userait selon son bon gré, mais comme gestionnaire qui en userait conformément à sa vocation et à son bien véritable (et non pas son bien immédiat considéré à la mesure se ses appétits désordonnés).
La gestion de la création comporte pour l’homme à la fois une obligation morale (obligation pour l’homme d’agir conformément au plan de Dieu, à sa propre nature et à son bien terrestre et éternel) et une obligation de stricte justice (ne pas altérer ce qui doit contribuer au bien des générations futures).
Cependant, la création (comme environnement naturel identifiable et observable) n’est-elle pas finie (selon le dessein de Dieu), relative (faite pour l’homme) et subordonnée (au bien véritable de l’homme) ?

3. Question : le caractère fini, relatif et subordonné de la création n’implique-t-il pas que l’on puisse accepter un certain « taux d’usure » de la création au fur et à mesure que l’homme en fait usage, à la condition que cet usage soit moral (gestion ordonnée de la création) et juste (soin des générations futures) ?
Et si la réponse est non : toute usure de la création est-elle par conséquent assimilable à une gestion désordonnée ?
Guillaume de prémare

[ De PP à GP :
- La pensée de Bastaire est claire et développée dans ses différents livres.
Il ne s'agit évidemment pas de honnir toute usure de la Création (le psaume le dit : toutes choses créées "s'usent", le Créateur les "change").
Il s'agit de ne pas laisser l'homme saccager et détruire, dans une exploitation babélienne du monde créé.
Je plaide pour que l'on cesse de prêter aux écologistes chrétiens une idolâtrie de la nature qui n'est absolument pas leur attitude, pas plus qu'elle ne fut celle de Jean-Paul II et qu'elle n'est celle de Benoît XVI appelant à changer le modèle de développement avant qu'il n'ait causé aux ressources naturelles des dégâts "irréversibles" (discours de Lorette). Arrêtons de susciter des soupçons injustes ! ]

Cette réponse s'adresse au commentaire

Écrit par : Guillaume de Prémare | 23/07/2009

LUCIDE

> Bravo à Jean Bastaire qui est lucide sur les enjeux contemporains du christianisme et de la nouvelle évangélisation et qui prend au sérieux ce qui doit être pris au sérieux...
Cela (ce que Patrice de Plunkett en rapporte ici) rejoint tout à fait ce que j'écrivais dans ma réflexion sur: "Qui sont les vrais satanistes aujourd'hui?"...

"Quant au troisième lieu (de la tentation), il est certainement le plus dangereux de tous : « l’orgueil de la richesse ». Il nous renvoie, lui aussi, à la troisième tentation du Christ. L’attrait immodéré pour les biens matériels et pour l’argent est mis en relation avec le plus grave des péchés capitaux : l’orgueil, celui justement par lequel Lucifer est devenu Satan. Il est lié au désir du pouvoir. Il peut aussi conduire à l’avarice. Parmi ces trois convoitises, la dernière est la plus nocive. Saint Paul, dans sa première lettre à Timothée, consacre un long passage à l’amour de l’argent : « La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent » (1 Timothée 6, 10). Quant à saint Jacques il condamne sévèrement les riches qui sont injustes et indifférents aux souffrances des autres : « Des travailleurs ont moissonné vos terres, et vous ne les avez pas payés ; leur salaire crie vengeance, et les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du Seigneur de l’univers. Vous avez recherché sur terre le plaisir et le luxe, et vous avez fait bombance pendant qu’on massacrait des gens. Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous résiste » (Jacques 5, 1-6). Au 16ème siècle, Saint Ignace de Loyola s’est probablement inspiré du texte de saint Jean pour dépeindre à ceux qui font une retraite spirituelle la tactique du démon dans la méditation des deux étendards : les démons « doivent d’abord tenter par la convoitise des richesses comme cela arrive le plus souvent, pour que les hommes en viennent plus facilement à l’honneur vain du monde et, ensuite, à un immense orgueil » (n° 142 des Exercices spirituels). Sur ce point de notre réflexion une citation du Catéchisme pour adultes des évêques de France nous éclairera encore davantage : « L'amour et l'adoration de Dieu exigent un dépouillement de soi-même. Peu à peu, si l'on refuse de faire place à Dieu, "les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie" (Luc 8,14) étouffent la Parole. L'homme en proie au "divertissement" oublie Dieu. Cet oubli est tragique: à la longue, coupé de sa source vivante, l'homme se déshumanise. L'homme moderne, comme l'homme primitif, cède facilement à la tentation des idoles... L'argent, la réussite, le plaisir, le pouvoir sont des serviteurs utiles. Mais quand ils deviennent les maîtres, ils se transforment en idoles qui prennent la place du Dieu vivant et vrai, dans nos cœurs et dans nos civilisations (cf. Luc 8,14). » (n°547). Si nous voulons savoir qui sont les vrais satanistes aujourd’hui, regardons ceux qui, parmi nos contemporains, n’ont d’autre but dans leur vie que la recherche de l’argent (le profit), de la réussite, du plaisir et du pouvoir..."

Écrit par : Père Robert Culat | 23/07/2009

@ Guillaume de Prémare

> Je crois qu'il ne faut pas opposer ainsi "salut de la création" et "destinée éternelle de l'homme".
L'homme fait partie de la création, et, comme elle toute entière, est de l'ordre du créé et de la finitude, même s'il est placé au sommet de la création, qui lui est confiée.
Si l'homme a une destinée éternelle, c'est par pure grâce, mais il ne faut pas pour autant méconnaître ou minimiser la puissance cosmique de la Pâque du Christ.

Écrit par : Michel de Guibert | 30/07/2009

@ Michel de Guibert

> Merci pour cette précision : ne pas opposer mais articuler, voici une clé qui se montre, une fois de plus, très utile. Objections levées...

Écrit par : Guillaume de Prémare | 03/08/2009

COULEURS

> S'énerver sur les couleurs est suspect. Ceux qui hurlent contre l'idée d'un Christ "vert" sont ceux qui avaient essayé de fabriquer un Christ "bleu-blanc-rouge", "BBR".

Écrit par : Lamgrall, | 11/08/2009

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.