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24/06/2009

Métissage, tradition, christianisme, islam, raison et foi

...au sein des sociétés "plurielles" d'aujourd'hui :


<< ROME, Mardi 23 juin 2009 (ZENIT.org) - Dans une société pluraliste comme la nôtre, interpréter correctement le thème de la tradition est devenu nécessaire, a estimé hier, lundi, le cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise, en ouvrant les travaux du congrès réunissant, ces 22 et 23 juin, les membres du Comité scientifique international de la Fondation « Oasis » (www.oasiscenter.eu). 

Cette année, la rencontre, qui en est à sa sixième édition, a pour thème la tradition, sa signification pour la foi catholique et islamique, son poids au sein des sociétés pluralistes, qui affrontent en permanence les questions qui naissent de la rencontre inédite des cultures et religions différentes, souligne la Fondation dans son article de présentation.  

L'intervention du cardinal Scola  portait sur « les traditions religieuses au temps du métissage », un métissage de « civilisations » et de « cultures », a-t-il précisé, qui vise à décrire le processus de rencontre entre les hommes et les civilisations, rappelant la nécessité pour les cultures de s'ouvrir à l'altérité comme source d'enrichissement commun, en prenant soin cependant de ne pas arriver à une confusion des identités.  

« Cela dit, a mis en garde le patriarche de Venise, ce ‘métissage' ne saurait constituer un ‘programme politique' à poursuivre à l'intérieur de la société moderne, où la dimension multiculturelle est de plus en plus présente ». 

Dans le document préparatoire, il est dit qu'« on se réfère à la tradition lorsque l'on aborde la nécessité de favoriser l'intégration des minorités dans un contexte différent de leur matrice culturelle, et « quand on affirme la nécessité de faire des lois qui ordonnent la vie de la société civile non pas abstraitement mais à la lumière de l'histoire et de la culture d'un peuple ». 

« La tradition, poursuit le document, se présente par ailleurs comme une expression typiquement communautaire et sociale d'accès à la vérité qui est d'un côté une norme de la tradition, mais de l'autre ne s'offre à nous historiquement qu'à travers elle ». 

En particulier, a souligné le cardinal Scola, « tant d'individus et tant de communautés qui interagissent dans le processus de métissage des civilisations présentent une singulière auto-conscience : celle d'être l'expression d'une tradition qui les précède et les dépasse ». « Donc pas des points isolés, mais les maillons d'une chaîne qui remonte très loin dans le temps, jusqu'à l'événement fondateur auquel, dans le cas des croyances religieuses universalistes, il est attribué une signification valable pour chaque époque et chaque lieu », a-t-il expliqué.  Et si, d'une part, « il existe assez de place pour une alternative entre une existence sans racines et une répétition sclérosée de l'identique », de l'autre « il est toujours nécessaire que la tradition soit correctement comprise ». 

« Dans tous les discours que j'ai pu entendre ces dernières années, par exemple à l'université d' al-Azhar en 2006 ou au Royal Institute for Interfaith Studies en 2008, a poursuivi le cardinal Scola, il me parait évident que la critique faite à la tradition, vue comme une transmission mécanique d'un lot de vérités intangibles, a également atteint l'autre rive de la Méditerranée. Durant ces années, nous avons souvent entendu nos interlocuteurs musulmans répéter qu'il fallait revenir au Coran et à sa rationalité, a-t-il ajouté, laissant tomber les vieilles interprétations qui lui ont jadis été données, les estimant trop marquées par l'histoire, par exemple en ce qui concerne la condition de la femme ou les statuts des minorités » .

«  De cette façon là se confirme la valeur de purification positive que la modernité a exercée sur chaque tradition religieuse », a-t-il relevé. 

Les sujets du métissage sembleraient donc condamnés à une radicale impasse, a souligné le cardinal Scola : « dans la mesure où ils aspirent au maintien d'une référence religieuse concrète qui ne se perdrait pas en craintes abstraites et de portée universelle, ces sujets peuvent se sentir prisonniers de traditions privées de sens, qui pourraient même constituer une entrave par rapport à la pureté des origines ». Toutefois, a poursuivi le patriarche de Venise, en reprenant les paroles du cardinal Ratzinger, « il n'existe pas de foi toute nue ou de religion à l'état pur. En termes concrets, quand la foi dit à l'homme qui il est et comment il doit commencer à être homme, la foi crée la culture. La foi est  elle-même culture ». De là on comprend « cette circularité inévitable entre la foi et la culture, quand la culture est perçue dans sa signification prégnante, comme une expérience humaine consciente ».  

« La foi, en offrant à l'homme une hypothèse interprétative du réel, est source de culture, et la culture (ou les cultures), en s'exerçant, se fait la propre interprète des croyances. Dans le temps historique, une telle dynamique est insurmontable. La tradition, correctement et culturellement interprétée, l'assure ». 

« Ainsi il n'existe pas de moment initial d'une clarté absolue (dans notre cas une « foi pure ») suivi d'un temps de nébulosité croissante, mais plutôt un échange continu entre ces deux pôles », a-t-il ajouté. « La culture est toujours à purifier à la lumière de la foi, mais la foi, sans assombrir l'assentiment dû à la vérité, est toujours à interpréter selon les instances suscitées par la religion (culture) ».

A la lumière de cela, a conclu le cardinal Scola, « on comprend mieux la nécessité d'une interprétation culturelle de l'islam, liée au fait que l'islam, comme toute religion, est source de culture et qu'il propose donc une interprétation du réel ». >>

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11:40 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : christianisme

Commentaires

LA TRADITION ?

> Au delà de l'habituelle approximation des traductions italien-français, on comprend bien ce que le cardinal veut enseigner aux catholiques (mais sans doute est-ce moins nécessaire en Italie qu'en France) : la "tradition" n'est pas un monument figé, ni un programme de parti, c'est un organisme vivant, en perpétuels développements, dont les plus récents peuvent surprendre, et dont les prochains surprendront encore plus. La tradition ne consiste pas à faire toujours les mêmes choses, mais à faire des choses qui tendent toujours au même but !

Écrit par : Jules | 24/06/2009

LA TRADITION EST TRANSMISSION

> La tradition ne se réfère pas directement à la notion de finalité mais à celle de transmission (du latin « tradere » : transmettre). Parmi d’autres possibilités, nous pourrions la définir ainsi : « transmettre quelque chose que l’on a reçu, qui ne nous appartient pas et qui est plus grand que nous ». Dans ce cadre, nous sommes les « maillons d’une chaîne », selon l’expression de Mgr Scola. Là où la notion de finalité peut s’articuler, c’est que, comme toute réalité humaine, la tradition s’exprime naturellement en vue d’une finalité. Mais une génération peut parfaitement choisir de poursuivre une même finalité que sa devancière en utilisant d’autres modes que la tradition, en choisissant même une rupture avec la tradition, donc une rupture de transmission. Dans ce cadre, la question est de savoir si cette génération parviendra ou non à tendre vers cette même finalité par des moyens aux formes totalement nouvelles. Les défenseurs de la tradition pensent que non. Pour eux, la rupture de transmission entraînera inévitablement une déviation, immédiate ou progressive, de la finalité.
Puisque la tradition renvoie à la transmission, elle a une dimension éminemment culturelle. Un certain nombre d’habitudes, ancrées dans le mode relationnel, s’imprègnent. Leur forme peut évoluer avec le temps, mais dans le cadre d’une évolution identifiable. Pour qu’il y ait tradition, il faut, d’une certaine, manière, que l’objet de cette évolution demeure malgré tout reconnaissable par les sens et par les facultés humaines, parmi lesquelles la mémoire joue un rôle primordial. C’est pourquoi, notamment, la tradition renvoie bien souvent à une esthétique, une gestuelle, un vocabulaire etc. Si vous faites table rase de cette esthétique, de cette gestuelle, de ce vocabulaire… qu’arrive-t-il ?
En matière de foi, la notion de « transmission » a été mise à mal au profit de la notion de « proposition ». Inévitablement, cela a fait disparaître (ou presque) certaines habitudes, ce que l’on appelait autrefois la piété. La disparition de la piété populaire joue-t-elle, parmi d’autres facteurs, un rôle de poids dans le déracinement de la foi ? A chacun d’y réfléchir.
Aujourd’hui, certaines formes anciennes de piété reviennent et la notion de transmission fait un retour en force dans les familles chrétiennes (et pas seulement dans les familles « tradis »), avec un certain impact sur l’enracinement dans la foi de leurs enfants. A mon avis, il n’y a pas de hasard.
Dénoncer une vision figée de la tradition ou tout deviendrait irréfragable : mille fois oui ! Mais attention : dénoncer et mépriser tout attachement aux formes serait proprement contraire à la notion même de tradition. D’une certaine manière, je dirais que ce serait là une négation anthropologique, une négation de l’homme comme être de relation, et donc comme être culturel, avec les dimensions visibles et reconnaissables que cela implique. L’homme n’est pas un pur esprit : la tradition ne peut consister qu’à transmettre des valeurs, des idées, des notions, des objectifs, en un mot des abstractions. Incarnation quand tu nous tiens…

Écrit par : Guillaume de Prémare | 25/06/2009

www.islam-documents.org

> Plus de 20 000 documents sur la naissance de l'islam. Dans un but de dévoilement, scientifique et critique, et parfois moqueur. Il s'agit de la plus grosse ressource documentaire sur le sujet , au contenu souvent inédit et toujours authentique: les biographies de Muhammad (SIRA), extraits des chroniqueurs musulmans (Tabari...), recueils biographiques (Ibn Sad), versets coraniques, commentaires coraniques (TAFSIR), les corpus principaux de traditions (HADITH) inscriptions arabes, codes juridiques, géographes arabes, auteurs chrétiens orientaux et byzantins (et meme des sources chinoises!).
C'est une petite équipe d'universitaires qui s'en est chargé.
Une nouvelle version est enfin disponible , revue et augmentée.
Elle compte 2700 pages mars 2008. Nous ferons une version encore améliorée tous les ans.
ça y est : la version 2009 d’islam-documents.org est enfin disponible: 3700 pages et 3 ans de travail. bonne lecture et bon courage!
N’ayez pas peur. Allez voir.
Portez vous bien.

Écrit par : iskender | 15/07/2009

@ iskender

> Bravo pour ce magnifique travail !

Écrit par : Michel de Guibert | 15/07/2009

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