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27/01/2009

Washington-Moscou : Obama mettra-t-il la "politique slave" des USA sur la voie du retour au bon sens ?

C’est l’impression de Moscou. Bruxelles n’a plus qu’à comprendre :


 

Hier, coup de téléphone entre Barack Obama et le président russe Dmitri Medvedev. Objet de cette conversation (selon la Maison Blanche) : mettre fin à la « dérive » des relations entre les deux pays. Obama et Medvedev devraient se rencontrer le 2 avril à Londres en marge du sommet du G 20. Selon le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, un accord de principe pour cette rencontre à Londres a été acquis lors de l'entretien téléphonique : « Les deux parties ont confirmé leur souhait de relancer les relations russo-américaines, en axant les efforts sur les sujets les plus brûlants du calendrier internationalLes présidents ont souligné l'importance de surmonter les divergences qui persistent entre nos deux pays sur toute une série de questions. Ils seront tous les deux présents à Londres et je suis sûr qu'ils trouveront l'occasion d'avoir un dialogue direct. »

Sous l'administration Bush, l’attitude de Washington envers Moscou avait évolué vers une hostilité économique et militaire à peine dissimulée : notamment avec l'installation d'un système de missiles américain en Pologne et en République tchèque, ainsi que la promesse, à deux Etats instables et belliqueux (l'Ukraine et la Géorgie), de les faire entrer dans l'OTAN [1]. « Les responsables russes pensent que Barack Obama sera plus pragmatique que son prédécesseur, George Bush, à l'égard de Moscou », supputent les commentateurs français.

Obama va-t-il remettre la politique étrangère américaine dans l’axe du réalisme ? Ce serait logique, avec le départ – sans gloire – des idéologues néoconservateurs, maniaques de l’épreuve de force tous azimuts (sans motifs autres que leur propre volonté de puissance)… Mais la future politique d’Obama est en général un grand point d’interrogation. Attendons et voyons… En ce qui concerne la Russie, il semble tout de même qu’un indice soit donné par ce coup de téléphone.

Il ne reste plus qu’à aider la politique russe de l’UE à se débarrasser du boulet de la Commission, dont l’hostilité envers Moscou est « presque structurelle », selon la formule de Philippe Grasset :

« Une étude sérieuse de ce cas pourrait conduire à se demander s’il n’y a pas dans cette position anti-russe si abrupte une sorte de blocage inconscient. Cette impasse presque structurelle dans  les relations de la Commission avec la Russie semblerait comme une sorte de garantie par défaut que la Commission n’aurait pas à traiter de questions politiques, puisqu’elle s’interdirait effectivement la plus importante d’entre elles pour l’Europe ; peut-être alors en déduirait-on que le voeu secret de la bureaucratie de la Commission est d’en rester aux affaires économiques, dans le cadre d’un dogme libéral qui semblerait alors pour elle sa raison d’être. On comprend, dans ce cas, combien cette attitude de la Commission pousse les pays membres, dans tous les cas et quels que soient ces pays, à prendre le pas sur elle. » [2]

 

 


[1]  Déplorons que certains chrétiens, protestants ou catholiques, aient cru bon de justifier l’absurdité bushienne ou de se laisser influencer par elle. Entre les fondamentalistes texans prétendant que la Russie était le méchant « roi du Nord » de Daniel (chapitre 11), et les conformistes européens prenant Saakachvili pour une victime et organisant dans leurs paroisses des veillées de soutien à son pouvoir, ce fut un concours de bourdes.] 

[2]  De Defensa, 10 janvier 2009.

 

 

Commentaires

OMBRES ET LUMIERES

> Obama peut prendre des décisions saines en politique étrangère, en même temps que des décisions malsaines en bioéthique ou en morale privée : cela montre que les domaines ne se mélangent pas et que tout réduire à un seul aspect des choses est une balourdise mentale dont les catholiques doivent se dispenser, parce qu'elle mène à des monstruosités : comme de dire "les victimes innombrables de la politique de l'administration républicaine US, je m'en fiche, parce que le président avait de bonnes convictions dans le seul domaine de la morale et de la bioéthique". Ce serait déchirer les Béatitudes et abdiquer le devoir de charité, tout aussi impérieux dans tous les domaines ! Les Béatitudes n'ont jamais dit "bienheureux les sectaires". Le politique mêle ombres et lumières et on ne peut jamais avoir tout à la fois.

Écrit par : Amicie T. | 27/01/2009

UKRAINE

> Je suis peut-être mal informé, mais je ne vois pas ce qui vous fait dire que l'Ukraine est un Etat belliqueux, sauf à refuser le principe même de l'indépendance de l'Ukraine...

MG

[ De PP à MG - Il ne s'agit pas de l'indépendance de ces "pays" (1), mais de l'alignement de leurs gouvernement sur la ligne de déstabilisation continentale actionnée par Washington à l'époque Bush : la stratégie de provocation des néoconservateurs. Stratégie éminemment dangereuse, parce qu'elle joue sur des explosifs qu'elle ne maîtrise ni ne comprend. Elle pousse notamment des êtres comme Iouchtchenko et Saakachvili à des coups de dés dont on a eu un exemple l'an dernier, l'un envahissant l'Ossétie en se croyant soutenu par les USA, et l'autre en profitant pour menacer les Russes à Sébastopol ! Etapes suivantes, si Obama et Medvedev ne calment pas le jeu : une guerre civile entre Ukrainiens de l'est et de l'ouest, ou un affrontement avec la Russie sous le prétexte derechef de Sébastopol, etc.
(1) "Pays" entre guillemets, s'agissant de l'Ukraine qui n'est pas un peuple mais deux peuples : à l'ouest, les européanisés ; à l'est, les russisants. La divergence de culture et d'intérêts de ces deux moitiés fait toute l'instabilité ukrainienne. L'idée de faire entrer cela dans l'Otan est absurde. ]

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Écrit par : Michel de Guibert | 27/01/2009

JOIE

> Joie d'apprendre l'élection du métropolite Cyrille de Smolensk comme Patriarche de Moscou !
Oui, c'est une bonne nouvelle pour l'oecuménisme.

Écrit par : Michel de Guibert | 27/01/2009

LES HANDICAPS D'OBAMA

> Très bonne nouvelle, en effet, que ce retour au réalisme de la part des Etats-Unis. Il faudra être attentif aux faits concrets, néanmoins. Car Obama a un gros handicap, vis-à-vis de la Russie, un handicap qui s'appelle Clinton (Hillary). Celle-ci doit s'efforcer (elle s'y emploie déjà) de faire oublier à la Russie les graves différents qui ont opposé l'administration Clinton à la Russie, notamment à propos du Kosovo.
D'autre part, rien n'indique que la nouvelle administration entende remettre en question certaines options prises à l'époque de Bush, notamment le déploiement du bouclier anti-missiles en Europe (Pologne et République Tchèque, théoriquement destiné à contrer un départ de missile iranien). Le maintien en fonction de Robert Gates — qui ne faisait certes pas partie des « faucons » de Washington — doit être, aux yeux des Russes, le signe qu'il ne faut pas s'attendre à des changements rapides et importants.
Tout va dépendre, d'après moi, de la capacité d'Obama a traduire dans les faits son "credo" multilatéraliste (bien que prudemment tel) et sa volonté affichée de cultiver des partenariats approfondis avec ses interlocuteurs.

Écrit par : Philarete | 29/01/2009

La commission doit elle être pointée du doigt comme vous le faite ?
Primo, bien des pays de l'UE sont russophobes pour des raisons historiques évidentes (Pologne, pays baltes, Tchéquie, Slovaquie...) - ce qui les conduit logiquement à une grande sympathie pour les USA (sans que le Commission y soit pour grand chose).
Secundo, avouez que la Russie n'est pas un partenaire très rassurant : son régime politique, sa structure économique, sa politique étrangère (par exemple à l'égard de l'Iran ou de la Corée du Nord), son refus de condamner clairement l'ère soviétique, tout cela peut raisonnablement conduire à une certaine prudence ...
Cela n'implique pas que nous devions nous laisser aller à une russophobie systématique (Poutine n'est pas Brejnev ; la Russie fédérale n'est pas l'URSS et l'armée russe n'est plus - heureusement ! - l'armée rouge ...) ni que les Etats doivent laisser les fonctionnaires de Bruxelles décider à leur place. Sur ce plan vous avez je crois raison - mais soyons néanmoins sans naïveté : Poutine n'est pas un ange !

Kathy


[ De PP à K. - Personne ne dit que Poutine est un ange ; beaucoup de nos éditorialistes en font un démon. Surtout, il faut cesser de "moraliser" la politique étrangère : la Russie est un partenaire incontournable, avec lequel il faut être ferme et lucide, mais sans préjugés. Sinon nous sacrifierons bêtement nos intérêts au profit de puissances non européennes. Il serait temps de comprendre que l'Urss N'EXISTE PLUS, comme vous le soulignez. ]

Cette réponse s'adresse au commentaire

Écrit par : Kathy | 31/01/2009

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