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12.05.2008
Vérités sur les fusillés de 1914-1918 : des mutins avaient la croix de guerre
< Le monument d'Equeurville : "Maudite soit la guerre". Le secrétaire d’Etat J.M. Bockel veut réhabiliter des fusillés de 1917. Ceci indigne les derniers thuriféraires du carnage de 14-18. Pourtant l'histoire justifie Bockel. Les mutins de 17 ne ressemblent pas au portrait qu’on en a fait. Beaucoup étaient des combattants d’élite, révoltés par la bêtise des généraux. Voici ce que je disais l’an dernier dans Valeurs actuelles (et sur la chaîne Histoire) :
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Mai 1917, sur le front de l’Aisne. L’offensive du général Nivelle n’en finit plus. Elle piétine dans son propre désastre depuis le 16 avril. Robert Nivelle incarnait « l’esprit nouveau », il avait promis « une splendide moisson de gloire », et tout le monde y avait cru : « Ce sera la poursuite des Boches éperdus », écrivait un jeune soldat à sa famille. Mais Ludendorff attendait de pied ferme. Les poilus se sont heurtés à un mur de feu. Sur trente kilomètres, la falaise du Chemin des Dames était une forteresse : de Craonne (à l’est) au Moulin de Laffaux (ouest, près de la route Soissons-Laon), il y avait par endroits une mitrailleuse allemande tous les dix mètres. Nivelle ne le savait pas. C’est un carnage ! La déception est immense. Nivelle s’obstine, et la tuerie continue.
Le 18e régiment d’infanterie (unité d’élite, six cents citations) remonte en ligne une fois de plus. Il se bat du 4 au 8 mai, cinq jours et quatre nuits, à la grenade et au lance-flamme. Il prend Craonne. Mais il perd 824 hommes et presque tous ses officiers. Cité à l’ordre de l’armée, il est renvoyé au repos dans la petite ville de Fismes... Les rescapés du 18e savent que l’offensive Nivelle a échoué. Ils n’en peuvent plus, et rêvent de permissions. Le dimanche 27 mai, sous une chaleur d’orage, la rumeur se répand : « Au lieu d’aller en perm’, on remonte en ligne ! » Repartir à ce casse-pipe inutile ? Les poilus explosent d’indignation. Leur lieutenant-colonel tente de les calmer. Ils hurlent : « On n’a rien contre vous, mais on ne retournera pas là-haut ! » Clameurs, bousculades. Coups de revolver en l’air.
A l’aube, les trois bataillons sont dégrisés. Ils remontent en ligne. Ils ré-attaquent l’ennemi. « Bravement », constate l’autorité militaire. Mais elle ne pardonne pas l’affaire du 27 mai... Le 7 juin, douze soldats et deux caporaux du 18e passent devant le conseil de guerre. Cinq condamnations à mort. Trois des mutins seront fusillés. Un quatrième, gracié. Le cinquième s’évade en profitant d’un bombardement… Or cet homme est un paysan gascon nommé Vincent Moulia, qui est un héros: deux fois blessé, deux fois cité, nommé caporal après avoir ramené son capitaine sur ses épaules, il a la croix de guerre pour avoir capturé sept officiers allemands. Les juges militaires ont demandé sa grâce. Mais Poincaré a refusé. Car Moulia a commis un acte inexpiable : dans la fièvre du 27 mai, il a menacé de «prendre le train pour aller à Paris expliquer la guerre à ceux qui nous gouvernent ».
Vincent Moulia est donc à la fois un héros et un mutin.
Or la plupart des mutineries d’avril-mai 1917 ressemblent à l’affaire du 18e. Leurs acteurs ne se révoltent pas à l’avant, face à l’ennemi ; les troubles éclatent à l’arrière, au repos. Ils commencent le 17 avril à cause du désastre de l’offensive. En mai, ils persistent là où elle est prolongée en pure perte (c’est le cas de Fismes) ; là où on l’arrête, ils s’atténuent (par exemple autour de Reims). Les poilus du Chemin des Dames ne se seraient pas révoltés si le général en chef avait tenu parole : « Je renoncerai si la rupture n’est pas obtenue en 48 heures », avait-il dit. L’offensive ratée a duré un mois. Le responsable des mutineries, c’est Nivelle.
Quels sont les chiffres ? Selon l’historien Jean-Baptiste Duroselle, le printemps 1917 a vu 250 mutineries, 2000 mutins au grand maximum, et seulement 27 exécutions pour faits d’indiscipline collective (sur 75 exécutions pour fautes militaires, meurtre ou viol). Dix fois moins que ne le veut la légende… Et il n’y a pas eu de « fusillés pour l’exemple » pris au hasard dans les unités, comme la légende l’affirme aussi.
Qui étaient les mutins ? Des ruraux en majorité. Le conseil de guerre a jugé une centaine de paysans, autant de commerçants, des artisans... Ce ne fut pas une levée de « soldats-ouvriers rouges » mettant la crosse en l’air au cri de « vive Kienthal » (du nom du congrès pacifiste tenu en Suisse par Lénine en avril 1916) ; cela, c’est l’imagerie rétrospective inventée par le PCF des années 1930. Certes la révolution russe avait commencé, et l’Internationale fut chantée par des mutins : mais les juges militaires ont constaté que ça n’allait pas loin dans l’esprit de la plupart. Les rares régiments sensibles aux idées révolutionnaires, tels le 45e de Laon ou le 319e de Lisieux, n’ont pas pris part aux troubles.
Les désespérés du printemps 1917 n’étaient donc pas des « politiques ».
Etaient-ils des « pacifistes », au sens où nous l’entendons aujourd’hui ? Non. Ni des défaitistes... Ecoutons-les, en proie à leurs élans contradictoires : «Les poilus en ont marre, mais le Boche est toujours là et il ne faudrait pas le laisser passer », dit un homme du 109e. « Je demande la paix, mais après trois ans de guerre, faudrait-il les laisser entrer chez nous ? », dit un mutin du 152e. « Je demande la fin de la guerre, mais les Boches sont toujours chez nous », dit un soldat du 21e. Sauf de rares extrémistes, ils ne parlent pas d’abandonner les lignes. Ils ne haïssent plus les Allemands, mais veulent les forcer à partir.
Selon les carnets du sous-lieutenant Louis Mairet, le poilu de 1916 se bat « par honnêteté, par habitude et par force. Il se bat parce qu’il ne peut faire autrement… Il a changé sa maison contre un gourbi… Il a taillé sa vie dans la misère, comme autrefois dans le bien-être… Il n’imagine même plus que cela puisse changer… Il l’espère toujours, il n’y compte plus. » Mairet avait été admis à l’Ecole normale supérieure en 1914. Il est tué devant Craonne, le 16 avril 1917, avec ses hommes du 8e : cloués au sol par les mitrailleuses des bastions de Chevreux. En quelques heures, ce régiment perd douze officiers et mille sous-officiers, caporaux et soldats.
Qu’est-ce qui anime ces poilus, pour qu’ils puissent supporter l’enfer avec un stoïcisme qui nous stupéfie ? Des sentiments très simples. « L’aspiration au repos par la victoire sur le Boche », constate le jeune instituteur Louis Masgelier. « L’honneur de ma famille », écrit un des conscrits de la classe 17 : l’un de ces gamins qu’on surnomme les « bleuets » (et à qui l’armée donne les vêtements et les képis des morts, troués par les balles). « Ne pas sembler plus poltron que le voisin », dit Louis Barthas, tonnelier des Corbières et caporal d’infanterie...
Barthas prend part à un bref début de mutinerie. Ses camarades du 296e le chargent de rédiger un manifeste destiné aux chefs de compagnie. Voici ce texte: « La veille de l’offensive le général Nivelle a fait lire aux troupes un ordre du jour disant que l’heure du sacrifice avait sonné. Nous avons offert notre vie en vue de ce sacrifice pour la Patrie, mais qu’à notre tour nous disions que l’heure des permissions avait sonné depuis longtemps… » Le manifeste du caporal Barthas n’a rien de révolutionnaire. Il est proclamé aux biffins du 296e par un poilu à la voix sonore, juché sur les branches d’un chêne, près des lavoirs de Daucourt ; les hommes éclatent en « applaudissements frénétiques ». Que se passe-t-il ensuite ? Barthas finira-t-il au poteau avec « douze balles Lebel », comme il le craint ? Prudents, les chefs passent l’éponge : la mutinerie s’éteint quand ils annoncent la reprise des permissions « dès le lendemain ». Ce que voulaient les hommes, c’était ça. Et des lieux de repos habitables. Et manger chaud. Et que cessent les massacres inutiles… Ils n’imaginaient pas que la guerre puisse finir : ils rêvaient que la guerre des généraux soit remplacée par une guerre plus « humaine », une guerre de chefs de section.
Un général le savait. C’était Philippe Pétain, qui n’était pas un stratège mais un organisateur psychologue. Pensant qu’aucune victoire ne sortirait de ces monstrueuses « saignées de la nation française » (inaugurées par le général von Falkenhayn à Verdun), Pétain désavouait le dogme de l’offensive à tout prix, et n’avait pas cru en Nivelle. Le 15 mai 1917, celui-ci est évincé. Pétain prend sa place. Il va sauver la troupe du désarroi en lui accordant ce qu’elle réclame : la réforme du système des permissions et des repos, l’amélioration des cantonnements et de l’ordinaire, la lutte contre les privilèges et les abus. Et moins d’offensives, mieux préparées...
Les pertes françaises en 1917 seront les plus faibles depuis le début de la guerre ; Pétain deviendra le chef le plus populaire. Nous savons vers quels aléas le mènera cette popularité.
A propos des mutineries de 1917, notre époque est en train de fabriquer un mythe sans rapport avec la réalité. Celle-ci est connue des historiens depuis quatre-vingt dix ans : mais qui lit les historiens ? Peu de monde. L’ignorance de l’histoire permet donc les anachronismes. Au mois de juin 2007, dans un journal de 20 heures, Claire Chazal exhibe le sujet des mutineries comme si c’était un scoop : un lourd secret jamais dit jusqu’à présent (parce que le passé était hypocrite), mais enfin mis au jour pour la repentance et la réparation...
On pourrait parler des mutins pour étudier la différence mentale entre les poilus et nous, et mesurer combien leur endurance nous est devenue « incompréhensible » (comme l’a dit Duroselle). Au lieu de cela, le réflexe médiatique ramène la vieille tragédie aux dimensions d’une marée noire à indemniser : il confond les poilus et les victimes de l’amiante. Les fusillés de Fismes ne sont pas mieux compris par Mme Chazal qu’ils ne l’avaient été par Raymond Poincaré (quoiqu’en sens inverse).
Du printemps 1917, en fin de compte, que reste-t-il d’authentique ?
Quelques rimes. Elles sont poignantes. Sur l’air de Bonsoir m’amour, valse lente de 1913 composée par le père de Jean Sablon, des poilus firent trois couplets et ce refrain terrible que l’on entend dans le film Un long dimanche de fiançailles :m
C’est à Craonne, sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés.
m
Louis Aragon, ancien « bleuet » de 1917, fit ces quatre vers dans Les yeux d’Elsa :
Créneaux de la mémoire ici nous accoudâmes
Nos désirs de vingt ans au ciel en porte à faux
Ce n’était pas l’amour mais le Chemin des Dames
Voyageur souviens-toi du Moulin de Laffaux.
P.P.
14:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : 1914-1918, mutins 1917


Commentaires
EFFROYABLE
> Et le pire de tout : la complaisance aveugle de catholiques dans ce suicide industriel de la population européenne. Le monstrueux ordre du jour du général de Castelnau se terminant (après un carnage) par "Non nobis Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam !" Et le Sacré-Coeur sur le drapeau tricolore, emblème national indûment arboré sur la destruction d'un peuple. (Pendant que les Allemands disaient : "Dieu avec nous"). Là vraiment c'est l'historien Viguerie qui avait raison : ce patriotisme tuait la patrie. Eti salissait la religion. Quel effroyable échec pour le christianisme. Quand on pense qu'il y a des abrutis encore aujourd'hui pour trouver tout ça admirable ! Crânes de béton ! Zombis ! Godillots !
Ecrit par : Vianney | 12.05.2008
LE SOLDAT DE BASE
> Avec la guerre qui durait, le moindre soldat de base devenait un spécialiste de l'art militaire et pouvait de mieux en mieux juger de la qualité des opérations dans lesquelles on lui demandait de s'engager, et de la folie meurtrière de certaines offensives, dont celle du général Nivelle.
Ecrit par : B.H. | 12.05.2008
L'ECONOMIE, VRAIE CAUSE DU CARNAGE
> L’écrivain russe orthodoxe Maximilian Volochine écrit en 1915 : « La guerre actuelle est née en Allemagne de la surproduction, laquelle, sans trouver à s’exporter, aurait fini par étouffer ce pays… Le matérialisme européen, en créant une culture de la machine toujours croissante et en multipliant la vitesse des moyens de communications et d’échange, a favorisé l’émergence d’immenses organismes industrialo-étatiques qui, naturellement, ne peuvent survivre qu’en se dévorant entre eux. » « Européen, artiste et poète », Volochine écrit en 1916 : « La guerre est pour l’Occident le Jugement Dernier de la culture européenne dans sa totalité. Mais l’Occident n’en a pas conscience. »
Ecrit par : Trofim | 12.05.2008
> Merci Trofim pour ces citations.
Ecrit par : Paulo | 12.05.2008
LIRE LES HISTORIENS
> Excellent, comme toujours. J'ajouterais seulement deux choses: tout d'abord, il est étonnant de voir une république célébrant sans cesse le citoyen et ses vertus et le fusillant quand il agit en citoyen (il est vrai que c'est à cette époque que nos gouvernants inventent la guerre totale et le contrôle de la société); ensuite, chers amis, éteignez vos tv et lisez les historiens. Tout cela est enseigné en fac d'Histoire depuis des lustres et il est normal que l'on réhabilite des hommes qui en furent réellement, capables de se battre ou de dire non quand c'était nécessaire.
Ecrit par : Vf | 12.05.2008
TERRIBLE
> L'impression d'un candide: il est terrible, à regarder les choses en face, que des compagnons de tranchées aient accepté de fusiller certains de leurs camarades.
Autre impression de candide toujours: ne faudrait-il pas se battre pour des idées plutôt que pour des nations. Cette réalité de nation est finalement assez récente et a sacrifié des millions de gens sur son autel. Elle ressemble a une divinité à qui sont sacrifiés beaucoup de ses sujets.
François
Ecrit par : françois | 13.05.2008
BERNANOS ET L'APRÈS-1918
> Merci pour cet article éclairant.
Georges Bernanos en a toujours voulu aux rescapés de ce carnage, de n'avoir pas renversé le gouvernement, de n'avoir pas bouleversé l'ordre administratif, de n'avoir pas mis fin à la marche industrielle. Il constate que ses compagnons de tranchées ont été usés par la guerre, vieillis intérieurement, malmenés jusque dans leurs croyances peut-être.
Là aussi, il y a eu une rupture profonde, dans cet après-1918. Les vétérans se sont murés dans un mutisme et une humilité blessée. Les jeunes extravagants de la prétendue "avant-garde" ont eu le champs libre pour étaler leur théâtre d'ombre : les années folles et leur cortège d'absurdités culturelles aujourd'hui mystifiées.
Au fond, c'est encore davantage qu'une génération d'esprits brillants qui a disparu dans le chaos des tranchées : c'est un pan entier de notre culture, ce sont les valeurs de bien commun, d'honneur, de noblesse d'âme, de patrie et de liberté. Tout ce que la foi chrétienne a engendré de meilleur. Tout cela, la mécanique moderniste l'a fait périr dans la boue.
Ecrit par : Quentin | 13.05.2008
À VIANNEY
Vous parlez de "complaisance aveugle des catholiques", si elle a été le cas de certains, d'autres, tels que le Pape Benoit XV ou bien l'empereur Charles d'Autriche (récemment béatifié) ont multiplié les efforts pour la paix. Tous les catholiques de l'époque ne souhaitaient pas la guerre à tout prix...
à PP : j'ai essayé de poster un commentaire hier mais a priori, cela n'a pas fonctionné ou peut etre l'avez vous "modéré"), j'essaie une nouvelle fois (mais modérez le si vous estimez qu'il n'apporte rien). Par ailleurs, continuez votre blog, source de réflexion (et d'évolution) a la lumière de l'enseignement de l'Eglise).
Alexandre
( De PP à A. - Pardon, mais la vérité est que je n'étais pas devant un ordinateur hier : d'où le retard mis à publier les commentaires ! ]
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Ecrit par : Alexandre | 14.05.2008
À FRANCOIS
> Vous dites : "ne faudrait-il pas se battre pour des idées plutôt que pour des nations."
Mais les idées ont également sacrifié des millions de gens sur leurs autels. Quand on se met à préférer nos idées à la réalité, qu'on est prêt à nier la réalité au nom de nos idées (dans un autre domaine, je connais quelqu'un qui niait absolument que Marthe Robin ait pu vivre des années sans boire ni manger, malgré l'évidence médicale, parce que sa croyance scientiste en était ébranlée), alors les conditions sont là pour un massacre. Voyez comment l'idéologie de planification communiste en Union Soviétique ou en Chine Populaire a fait mourir de faim des millions de personnes.
En tant que chrétiens, pour quoi devons-nous nous battre ?
Notre Seigneur a dit : "Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé". Cela nous appelle à nous battre pour que soit respectée la personne humaine dans son intégralité, et à nous battre contre tout ce qui la détruit (le péché, et tout ce qu'il engendre). Je crois qu'il n'y a que pour les PERSONNES que nous puissions nous battre, Dieu étant lui-même une personne.
La nation est aussi une idée, pour laquelle des gens se battent, comme d'autres pour la race, ou l'argent... Même les plus belles idées peuvent être destructrices si l'on ne les soumet pas au principe de réalité.
Ecrit par : Pema S | 14.05.2008
14-18 ET LA SUITE DU XXe SIÈCLE
> J'ai lu quelque part (il me semble que c'est dans une des dernières livraisons de la revue L'Histoire)que la Grande Guerre a beaucoup contribué à la banalisation de la violence collective (plus exactement à l'élévation du degré de tolérance de l'être humain vis à vis de cette violence). Finalement, je me demande si la "Culture de mort" n'est pas née , quelque part, dans les tranchées. Avec deux idées forces, inscrites dans l'inconscient collectif :
- la vie humaine n'a aucune valeur en soi (100 mètres de terrain à conquérir valent infiniment plus que la vie de 1000 hommes ) ;
- les politiques publiques natalistes (ou tout simplement d'aide à la famille) sont finalement des "saloperies". Elles n'ont pas pour but de favoriser la Vie ; elles visent simplement à fournir (au cas où...) de la chair à canon "on schedule, on specs", comme l'on dit maintenant.
Feld
[ De PP à F. - Je pense la même chose que vous. Le massacre industriel de 14-18 - avec son accoutumance - explique en partie la suite (dans le domaine de la psychologie collective): la guerre civile russe, le nazisme, etc. Plusieurs chercheurs ont identifié cette part jusque dans ce que Jünger a appelé les "abattoirs" de la guerre nazie à l'Est, et jusque dans la Shoah. Si la vie des êres humains avait perdu toute importance, à plus forte raison la vie de ceux que l'idéologie traitait en sous-hommes... Cela dit, la Shoah proprement dite a eu d'autres ressorts : métaphysiques. ]
Cette réponse s'adresse au commentaire
Ecrit par : Feld | 14.05.2008
MYTHE
> Un complément intéressant à ce débat, le livre de Suzanne Citron :"le mythe national, l'histoire de France revisitée"
http://www.editionsatelier.com/index.php?ID=1016031&contID=1008721&results=1&keyWords=citron
Ecrit par : Pcpg | 15.05.2008
LA BRUTALISATION
> A Feld et PP: il s'agit du concept de brutalisation de la vie politique et sociale qui fut développé par George Mosse (la brutalisation des sociétés européennes; De la grand guerre aux totalitarisme hachette) et repris par nombre de professeurs en lycée. Ceci n'est pas pour étaler ma culture mais pour préciser que cette réflexion est menée dans nos classes depuis un certain temps, mais je sais, pour nos braves amis de la vraie France que nous, les professeurs d'histoire,nous sommes les derniers staliniens et les responsables de la décadence (ok, arrêter de tirer, je ne nie pas que certains enseignants posent problèmes quant à leur interprétation des faits mais dans l'ensemble on fait ce qu'on peut). maintenant, si les "patriotes" refusent les recherches historiques....
Ecrit par : vf | 15.05.2008
SUR LES GUERRES
> Les populations du monde antique, massacrées ou réduite en esclavage, celles du monde médiéval ou moderne, dépouillées, massacrées, violentées, et souvent contraintes à la famine par les destructions et les vols commis lors des conflits, auraient surement apprécié à sa juste valeur la distinction opérée par G.Mosse entre les conflits du vingtième siècle et ceux des siècles précédents.
Pour ce qui est des sources bibliographiques sur le sujet de la "brutalisation", je recommande Baboeuf et son étude sur le "populicide" vendéen.
Apparemment, les "patriotes" (qui ne doivent pas être ceux de 1793-94) ne sont pas les seuls à éprouver des difficultés à regarder l'Histoire en face. G.Mosse n'a pas du avoir le temps de lire Baboeuf non plus.
En tant qu'agnostique, j'avoue avoir bien ri à l'évocation d'une responsabilité catholique pour 1914-1918. De responsable politique de très haut plan ayant confessé le catholicisme en 1914
je ne vois que l'Empereur d'A-H : les autres sont soit Orthodoxes, soit Protestants,soit Anglicans, soit Musulmans, soit radicaux-socialistes....
Soit on met en cause toutes les confessions religieuses ou options philosophiques, soit aucune.
Un minimum de rigueur intellectuelle n'est jamais superflue, même dans la recherche de boucs émissaires.
A propos de boucs émissaires, qui a nommé Nivelle ? Et pourquoi lui plutôt que Castelnau, Foch, Pétain, Fayolle,Lyautey, etc...? Qui souhaite, et pour quelles raisons, que la France obtienne un avantage stratégique définitif sur l'Allemagne au Printemps 1917, et surtout pas plus tard ?
Au Printemps 1917, quels sont les changements déjà prévisibles à l'horizon 1918 ?
La IIIème république aurait-elle survécu institutionnellement à une défaite possible en 14-18 ? Un régime politique peut-il survivre à une défaite dans un conflit de cette ampleur ?
Qu'aurait perdu l'Allemagne à rester sur la défensive en 1914 ? L'armée française aurait envahi le Palatinat, elle qui a mis quatre ans à libérer Laon ?
Au fait, Pourquoi fusille-t'on des hommes ?
En a t-on moins fusillé dans les conflits précédents ?
Pour ce qui est de l'armée fédérale durant la guerre de secession, la réponse est non.
Le cas des armées révolutionnaires de la 1ère République mériterait d'être étudié en détail sur ce plan.
En dehors des relations avec le "monde civil", je ne sache pas que cette question ait fait l'objet d'une publication scientifique, depuis plus de 200 ans.
Le niveau de répression constaté dans les armées dites "populaires" ou "révolutionnaires" se passe de comparaison, tant les ordres de grandeurs
y sont significativement plus importants.
Voilà pour "la guerre des idées" au lieu de "la guerre de nations"...
La guerre, comme le reste, c'est toujours ceux qui ne l'ont pas faite qui en parlent le mieux.
Ecrit par : marc | 19.06.2008
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