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28/11/2019

Quand des journalistes font la propagande de la FNSEA

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Ce matin à France Inter, l'intervieweuse a pris durement le parti du syndicat de l'agro-industrie contre l'eurodéputé Yannick Jadot :


 

Jusqu'où iront certains journalistes dans la défense du système économique ? Ce matin à France Inter, Yannick Jadot a été mis en accusation : Léa Salamé – avec une agressivité surprenante même de sa part – l'a inculpé d'indifférence à la détresse des paysans victimes de "l'agribashing". L'intervieweuse récitait les slogans de la FNSEA. Ainsi agressé, Jadot  a tenté d'expliquer que si des paysans se suicidaient ce n'était pas à cause des écologistes ; mais peine perdue... Auparavant et toujours à France Inter, "l'édito éco" de Dominique Seux  (directeur délégué de la rédaction des Echos) avait lui aussi entonné les slogans de la FNSEA contre "l'agribashing", cause alléguée de la colère "des paysans".

Mais tous les paysans – très loin de là – ne sont pas à la FNSEA. Beaucoup sont à la Confédération paysanne ou à la Coordination rurale. Et "l'agribashing" est une invention de la FNSEA pour détourner au profit de l'agrochimie les colères de la France agricole.

L'explication de ce détournement est donnée par José Bové et la Confédération paysanne  dans Le Monde d'hier ("Il est urgent de changer de modèle agricole"). Il y a bien, disent-ils, un climat "de crispation, d’incompréhension, entre une partie du monde agricole et le reste de la société, principalement focalisé sur l’utilisation des pesticides et sur l’élevage industriel" : mais l'hostilité des Français envers ces deux pratiques est parfaitement légitime, et c'est contre la cause de ces pratiques que la colère paysanne devrait se tourner. "Concernant les pesticides, leurs effets néfastes pour la santé humaine et l’environnement sont prouvés par de nombreuses publications scientifiques ; tandis que le rejet de l’élevage industriel correspond à la dénonciation d’un système de maltraitance animale à grande échelle qui ne permet pas aux éleveurs et salariés concernés de s’épanouir ni de s’en sortir économiquement."

Or c'est la critique (légitime) de ces mauvaises pratiques qui est quaifiée d'agribashing par la FNSEA, syndicat aussi cynique que politiquement influent : rappelons que le mot agribashing – arme de campagne pro-pesticides – a été repris non seulement par le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume (lié à la FNSEA comme tous ses prédécesseurs), mais par Emmanuel Macron en personne.

D'où le coup de poing sur la table de Bové, et des nombreux paysans qui signent en ce moment son manifeste : "Il ne s’agit pas de dire que les urbains n’aiment pas les agriculteurs ! Il s’agit de critiquer un modèle qui entraîne les agriculteurs et notre société dans le mur.  Ce modèle endette dangereusement les agriculteurs, continue de vider les campagnes de leurs paysans, pousse à un gigantisme empêchant les jeunes de reprendre les fermes des retraités, pollue les sols et les eaux, détruit la biodiversité, dégrade la santé des écosystèmes et des humains. Cette agriculture, basée sur l’agrochimie, la spécialisation à outrance des territoires et la mondialisation, contribue au réchauffement climatique et est peu résiliente face aux événements extrêmes qui se multiplient."

Bové, et les paysans rebelles au système, se désolidarisent donc de "la dénonciation d’un pseudo-agribashing, opérée par certains acteurs à la solde de l’agro-industrie bloquant la transition agro-écologique, détournant l’attention des vraies questions au risque de creuser le fossé entre agriculteurs et citoyens, et d’attiser la violence".

Ils disent non à la campagne de la FNSEA parce qu'ils soutiennent un autre modèle agricole qui est "une alternative crédible" : l'agro-écologie paysanne (bio le plus souvent), agriculture du futur parce qu'elle permet "de vivre avec dignité et de transmettre nos fermes, tout en fournissant une alimentation saine à nos concitoyens. Nous montrons au quotidien que ce type d’agriculture peut redynamiser les territoires, en créant des emplois, du lien social, du paysage, de la biodiversité et de la résilience".

Il y a donc deux camps dans le monde rural : d'un côté ces rebelles semeurs d'avenir, et, de l'autre, la FNSEA gardienne d'un système nocif et vieilli, mais redoutable et appuyé par les médias d'Etat [*]. Sa présidente Christiane Lambert sera reçu le 3 décembre par le Premier ministre. Connaissant bien Edouard Philippe, elle doit se juger gagnante.

 

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[*]   La campagne de la FNSEA mélange tactiquement le prétendu agribashing aux vraies raisons de la colère rurale : notamment les aléas de l'UE, et les accords de libre-échange avec un outre-Atlantique aussi agro-industriel que nos gros Beaucerons... mais beaucoup plus puissant. La FNSEA oublie de préciser qu'elle adhère elle-même à ce productivisme mondialisé, dont Bové et la Confédération paysanne veulent libérer la paysannerie française.

 

 

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16:40 Publié dans Agriculture | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : paysans

Commentaires

STATISTIQUE TRUQUÉE

> Pourvu que l'évolution se fasse vite.
A côté de ceux qui nous accusent, nous citadins, d'agribashing, il y a aussi ceux qui n'hésitent pas à dire qu'avec un revenu moyen de 3 000 euros, les paysans ne sont pas à plaindre. Ils oublient de dire que si ce revenu moyen est de 3 000 euros, c'est parce que des gros de l'agro-industrie sont catalogués à tort agriculteurs, que eux gagnent allègrement au-dessus de 10 000 euros et que cela tire la moyenne vers le haut. A côté, de vrais agriculteurs n'ont même pas le smic pour une durée de travail excédant largement les 35 h hebdomadaires.
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Écrit par : Bernadette / | 28/11/2019

IMPROBABLE SURSAUT

> Ce dialogue révèle et confirme l'enracinement de l'ultralibéralisme dans le pays, avec la complicité des médias grand public.
Tout récemment, je consultais le site de l'association pour la défense de la voie ferrée de Nancy à Merrey (https://www.adlf-nancy.org/), desservant le Saintois, Mirecourt, Vittel et Contrexéville. Comme des dizaines d'autres, cette ligne fermée à tout trafic (depuis trois ans) fut sacrifiée dans un bureau parisien, sans doute sans états d'âme, sur l'autel de la rentabilité.
Après avoir muré les gares anciennement fréquentées, la SNCF propose d'offrir la ligne à la concurrence, censée comme par miracle pouvoir faire revivre une voie ferrée que l'État a cessé d'entretenir depuis plusieurs décennies. Or ce thatchérisme se fonde, on le sait, sur le seul souci de rentabilité : même si un investisseur allemand acceptait de réhabiliter la ligne et d'y faire circuler des trains, il s'en retirerait s'il constatait qu'elle ne lui rapportait pas suffisamment.
C'est le rôle de l'État que d'apporter son soutien à un service public, celui de la desserte des territoires, hors du souci de satisfaire pécuniairement des actionnaires n'ayant que faire du développement et du bien-être d'une région.
La voilà, l'Europe "qui protège" : le démantèlement des monopoles (en l'occurrence, celui du transport ferroviaire) exigé par Bruxelles conduit à une logique de boutiquier selon laquelle seuls les investissements rentables ont droit de cité, avec pour conséquence l'abandon de territoires entiers, privés de services publics et lentement paupérisés (car des gares murées n'attirent pas les entreprises).
Cette logique infernale est à mettre au passif d'une Union européenne qui mériterait une remise à plat au plus vite de sa politique économique ; peu probable, cependant, qu'avec Mme von der Leyen, MM. Breton et Michel aux commandes, ce sursaut salvateur puisse intervenir prochainement.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 29/11/2019

DES VICTIMES

> En fait, ces cultivateurs ont été poussés depuis deux générations à engloutir leur chiffre d'affaires dans des achats de matériel et d'intrants.
Quand on est endetté par dessus la tête, on est coincé: il faut bien payer les machines, les hangars en charpente métallique (alors qu'on a laissé tomber en ruine de superbes granges pas aux normes) etc.. , on ne peut plus reculer. Alors on se rassure en qualifiant des paysans bio de bricoleurs.
Il faut considérer ces manifestants comme des victimes.
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Écrit par : PF. Huet / | 29/11/2019

"PUB CLANDESTINE" ?

> 'Le Canard enchainé' de cette semaine dénonce la publicité clandestine qui se répand dans les radios françaises sous le nom de "partenariats éditoriaux" : Europe 1 (pour les assurances MMA), RTL-M6 (pour la Fédération française de l'assurance), etc.
France Inter aurait-elle un "partenariat éditorial" avec la FNSEA ?
"On se refuse à le croire", comme écrivait jadis l'immortel Louis-Gabriel Robinet (du 'Figaro')...
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Écrit par : Alain Ferretti / | 29/11/2019

FANTASMES BOURGEOIS

> Plus c'est gros et lourd, plus ça marche.
Dans le domaine je conseille de jeter un œil à la dérobée sur la dernière une de l’ineffable Valeurs Act. "la terreur vegane", révélations sur un nouveau totalitarisme, ils attaquent les boucheries, brûlent les abattoirs, poussent les agriculteurs au désespoir...
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Écrit par : bertrand / | 29/11/2019

MASCARADE F.N.S.E.A.

> En Wallonie, ni les médias, ni les syndicats agricoles les plus productivistes n'oseraient orchestrer une telle mascarade. Il y a un consensus assez large sur le retour à une agriculture paysanne et familiale. Pour une fois, nous tirons un peu notre épingle du jeu par rapport à nos voisins...
C'est quand même incroyable que les mêmes qui incitent les agriculteurs à l'endettement et aux intrants, se présentent comme leurs défenseurs par un incroyable écran de fumée de mauvaise foi. Avec la complicité des médias aux ordres bien sûr.
Un premier pas pour aider la paysannerie et l'écologie: balancer sa télé ! (à la déchetterie bien sûr).
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Écrit par : Raphaël R. / | 29/11/2019

PÉCRESSE

> Je souhaitais simplement vous transmettre une information (de seconde main) au sujet du Projet EuropaCity définitivement abandonné : http://95.telif.tv/2019/11/22/europacity-abandonne-la-region-annonce-un-plan-d1-md-e-dans-le-val-doise/.
Peut-être étiez-vous déjà au courant ?
Bien cordialement.
JL


[ PP à JL – Feignant de croire aux promesses d'emplois mirobolantes du Jurassic Park d'Auchan et de son allié chinois (qui n'auraient évidemment pas tenu paroleà, Mme Pécresse sez déclaree affligée d' l'abandon du projet. Ne trouvant pas par où se différencier de LREM, LR n'a toujours rien compris au monde réel. ]

réponse au commentaire

Écrit par : J-Luc / | 30/11/2019

INONDÉS

> Les réseaux sociaux sont inondés de messages parlant de la "campagne de haine anti-paysans" qui sévirait partout en France. Mais sans donner aucun exemple. Pour jouer sur le mélange entre vrais propos anti-paysans (lesquels ?) et mesures éventuelles anti-pesticides... Mesures d'ailleurs prises ou demandées par des maires... ruraux !
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Écrit par : Mallozru / | 02/12/2019

@ Philippe de Visieux

> Improbable sursaut, oui, et pas uniquement pour des raisons économiques, car on voit bien que des pays "capitalistes" comme la Suisse ou la Pologne actuelle n'abandonnent pas les régions rurales. Et comme par hasard, pays gardant un vif patriotisme.
Il y a aussi (et surtout?) un mépris pour les activités concrètes, matérielles, localisées, qui ne sont pas directement liées à l'essor des activité "tertiaires des grandes "métropoles", des "villes-mondes" seules dignes d'intérêt. Pourquoi fabriquer des meubles ou des tournevis puisqu'on peut les importer?
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Écrit par : PF. Huet / | 02/12/2019

à PF Huet :

> Abandon des périphéries, mise en valeur des seules grandes villes : cette tendance observée depuis trente ans est l'une des causes du cri de désespoir et de colère lancé depuis un an par les gilets jaunes.
Cet abandon est manifeste en Lorraine, jadis traversée de part en part par une ligne Paris-Strasbourg qui permettait aux villes de moyenne importance (Sarrebourg, Lunéville, Toul, Commercy, Bar-le-Duc) d'être reliées les unes aux autres ainsi qu'à la capitale, à Nancy et à Strasbourg. Depuis 2007, les Corail n'y circulent plus : les TGV partent de Strasbourg pour rejoindre la gare de l'Est le plus rapidement possible via la nouvelle LGV Est-Européenne en marquant parfois un arrêt à la "gare à betteraves" située en pleine campagne à équidistance de Nancy et de Metz. Résultat : les petites villes lorraines autrefois connectées ne le sont plus.
En 2015, la SNCF avait toutefois accepté qu'un Corail assure un service a minima sur l'ancienne ligne : plus lent que le TGV mais bien moins cher et surtout favorable à la ruralité puisque toutes les gares de moyenne importance étaient de nouveau desservies. La société ferroviaire a cependant tout fait pour ne pas promouvoir cette offre, ignorée de beaucoup d'usagers ; elle la stoppa brutalement cette année au motif qu'elle entrait en concurrence avec 'Ouigo', TGV à bas coûts qui ne relie "que" Strasbourg à Paris. La SNCF refuse donc d'assurer un service public bénéfique aux petites villes dans le seul but de rentabiliser la ligne à grande vitesse : les Strasbourgeois sont sans doute satisfaits, mais ils sont les seuls. On oublie que le train n'est pas fait pour relier des métropoles à 320 à l'heure mais pour relier le plus d'usagers possible, là où ils se trouvent. Entre filer à grande vitesse sans rien voir et traverser le vignoble champenois ou les Vosges du Nord en contemplant le paysage, mon choix est vite fait, même si c'est pour arriver une demi-heure plus tard...
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 02/12/2019

LOBBY DES CHASSEURS

> https://www.charentelibre.fr/2019/12/02/ardennes-151-sangliers-tues-lors-d-une-battue-un-carnage-selon-un-chasseur,3524933.php

Le lobby des chasseurs a également sa part de responsabilité dans la dégradation de l'environnement. On apprend qu'en quelques heures, mercredi dernier dans une forêt ardennaise, trois cents balles ont été tirées, ce qui engendra, outre la mort de 151 "cochons" (comme on dit dans le milieu), une pollution substantielle des sols aux métaux lourds.
On a bien compris que l'hôte de l'Élysée cherche à s'attirer les bonnes grâces des chasseurs ; or le même homme entend "make our planet great again" : peut-être une discussion devrait-elle être menée pour canaliser les ardeurs du lobby cynégétique, par exemple en ramenant le prix du permis de chasse à ce qu'il était jusqu'à l'an dernier.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 03/12/2019

@ Philippe de Visieux:

> Macron en pactisant avec les chasseurs a tiré une balle dans le pied de ses maîtres, empêchant la révolte GJ de devenir ce qui était organisé pourtant, un boulevard pour une extrême droite fasciste à la sauce trumpienne.
S'il a en effet cherché à protéger sa personne, il a permis en désarmant les rond-points ce mouvement extraordinaire d'auto-éducation populaire des GJ, qui arme pacifiquement, intellectuellement et moralement, chaque jour davantage, les luttes à présent communes pour la justice climatique et pour la justice sociale, alors que le mouvement aurait dû tourner au bain de sang appelant une mise en ordre fasciste.
Je me souviens en effet de certains chasseurs présents au départ des GJ, dont notamment un très violent, ainsi que de croiser alors dans les rues de chez nous le connu Willie Schraen (il est de chez nous, son fils ancien élève de notre établissement le plus catho-bourgeois).
Si l'on en croit cet extrait de 'Vanity Fair' découvert il y a peu, article qui m'a éclairé rétrospectivement sur ce que j'ai vécu et observé des débuts des GJ, alors on peut remercier Notre-Dame et les saints protecteurs de notre pays:
"...Sans ce « Pacte de Chambord », les chasseurs auraient peut-être plus voté pour François-Xavier Bellamy que Nathalie Loiseau, au dernier scrutin européen. Aussi, Willy Schraen assure que la période des gilets jaunes aurait été bien plus violente – voire sanglante – s’il n’avait pas convaincu les chasseurs de ne pas aller manifester. Dès les premiers jours de la gronde, en novembre 2018, le président de la fédération nationale a reçu des centaines d’appels de ses adhérents qui se disaient prêts à occuper les ronds-points. « Si j’avais pas stoppé tout de suite, ils étaient 500 000 sur les ronds-points et y aurait eu des gars armés. J’ai beaucoup parlé, beaucoup écrit, mes gars ils étaient tous gilets jaunes au début, tous. Mais eux, ils ont des fusils », confie-t-il, comme pour faire trembler le lecteur de Noël à Chambord, et prouver que même en 2019, les chasseurs ont toujours de l’influence."
https://www.vanityfair.fr/pouvoir/politique/story/noel-a-chambord-demilie-lanez-ce-pacte-avec-les-chasseurs-que-macron-aurait-voulu-garder-secret/10615
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Écrit par : Anne Josnin / | 03/12/2019

à Anne Josnin :

> Merci pour ces précisions. Ce que vous écrivez me fait songer à l'intervention d'Emmanuel Todd sur Thinkerview : "un coup d'État est impossible aux États-Unis : la population est armée".
En France, les seules personnes officiellement porteuses d'une arme à feu sont les militaires, les policiers et les chasseurs, ce qui laisse effectivement une marge de manoeuvre considérable à ces derniers s'ils souhaitent se faire entendre de manière non pacifique.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 04/12/2019

> Ce lobby des chasseurs est aux chasseurs ce que la FNSEA est aux agriculteurs.
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Écrit par : E Levavasseur / | 04/12/2019

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