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28/04/2018

Le plan Borloo et "le système qui se ment à lui-même"

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Le plan Borloo est ambitieux. Mais il est coûteux : chose interdite par Bruxelles. On peut donc s'interroger sur le degré de sincérité du gouvernement qui avait commandé ce plan :


 
 

Devant l'ampleur et les ambitions  - donc le coût - du plan Borloo pour les banlieues, le Premier ministre a fait savoir... qu'il allait aviser. Le plus probable est qu'il n'en gardera que certaines propositions, les moins chères : exactement ce que M. Borloo craint d'avance, son plan (complexe, multilatéral et interactif) n'ayant de sens que pris en bloc.

Ce plan "creuserait encore les déficits français", comme on dit à Bruxelles : il coûterait 10,2 milliards d'euros, dont 3,2 à la charge de l'Etat. Une telle dépense étant exclue, c'est un plan tiré sur la comète. D'autant qu'il supposerait un certain interventionnisme des pouvoirs publics, autre crime suprême !  Parmi ses 19 "action thématiques", on remarque par exemple la création d'une "fondation appartenant à la nation" pour financer la rénovation urbaine : ce nouvel organisme public serait doté de "moyens considérablement renforcés" - évidemment par l'Etat, qui alourdirait ainsi la liste de ses péchés.

Il y a donc contradiction entre deux choses : commander un rapport à M. Borloo dont on connaissait les vues ; mais suivre docilement Bruxelles quant à l'austérité budgétaire.

Cette contradiction n'a que deux explications possibles. Ou bien c'est une inconséquence, qui ne ressemblerait pas à M. Macron ; ou bien (plus probable) c'est une désinvolture digne de notre époque de communicants.

M. Borloo devait s'en douter, car le mot "désinvolte" est prémonitoirement dans son rapport. Retraçant le déclin de la politique de la ville, ce document accuse "un système désinvolte et se mentant à lui-même" :  tous nos gouvernements depuis plusieurs dizaines d'années ont affiché les intentions les plus constructives à l'égard des quartiers défavorisés, pendant que "les petits hommes gris de Bercy" (dit M. Borloo) faisaient descendre les budgets "en dessous du minimum républicain". La rhétorique exigeait le violoncelle humaniste, mais la rigueur bruxelloise imposait le contraire ;  or M. Macron se veut le plus bruxellois des eurocrates ;  la logique voudrait que le plan Borloo soit mis au congélateur par M. Macron. Nous allons voir.

Dernier point à évoquer. M. Borloo n'ayant pas que des amis (nous en sommes tous là), son plan a soulevé aussi des sarcasmes. A droite : "La politique de la ville a coulé parce qu'elle ne servait à rien, les banlieues sont des lieux de transit où tout est à recommencer tout le temps", etc.   A gauche : "Les gens y investissent avec davantage d'inquiétudes qu'ailleurs, les questions de tranquillité publique sont plus exacerbées", etc (Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin). Ce qui revient à poser le problème de l'intégration des immigrés, sans oublier le problème plus inflammatoire de la criminalité et de l'islamisme associés... Mais comme le disent les trente imams qui veulent une évolution de l'islam en France (Le Monde 24/04), le "terrorisme ignoble qui nous menace tous" aurait moins prise sur des jeunes de banlieue s'ils n'étaient pas "ignorants, perturbés et désoeuvrés". Ce n'est pas la totalité du problème [*], mais ça en fait également partie. Et c'est à cela, également, que le plan Borloo prétend apporter des solutions.

 

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[*]  Il est faux de prétendre (comme le fait un magazine) que le manifeste des 30 imams dit : "c'est pas nous, c'est les autres". Ce texte fait un pas en avant, déclarant notamment :

- "Depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société. Une situation cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment. Le courage nous oblige à le reconnaître. Beaucoup d’imams ne réalisent pas encore les dégâts que pourraient provoquer leurs discours à cause d’un déphasage par rapport à notre société et à notre époque, et dont ils n’estiment pas les effets psychologiques nocifs sur des esprits vulnérables..."

- "Les imams [...] sont confrontés à de nouvelles formes de religiosité que leur formation religieuse théologique n’a pas prévues. Ce défi est augmenté par le virtuel, source d’une religiosité versatile et imprévisible. C’est pour cette raison que nous appelons les imams éclairés à s’investir et à s’engager dans le virtuel et prodiguer un contre-discours qui prévient toutes pratiques de rupture et toutes formes d’extrémisme pouvant directement ou indirectement conduire au terrorisme..."

- "Pour être plus concrets, nous souhaiterions mettre nos compétences et nos expériences au service de notre pays pour aider les pouvoirs publics et parer à tout danger terroriste qui sommeille encore dans certains esprits malades. Un travail que nous faisons au quotidien, même s’il n’est pas visible, encore moins reconnu. Citoyens aussi, nous voulons proposer notre expertise théologique aux différents acteurs qui sont confrontés aux phénomènes de la radicalisation dans les prisons, dans les établissements publics, fermés et ouverts, afin de répondre à des aberrations religieuses par un éclairage théologique lorsque les arguments avancés par ces jeunes sont d’ordre religieux. Une expertise que seuls les imams peuvent apporter..."

A moins de nourrir des arrière-pensées folles, comment pourrait-on repousser cette offre, venant notamment d'aumôniers militaires et d'aumôniers de prison ?

 

 

borloo

 

11:50 Publié dans Macron, Social, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : borloo

Commentaires

QUESTIONS

> Tous ces plans et cet argent ne serviront de toute façon à pas grand chose si on ne remets pas en cause certains principes de la doxa libre-échangiste et de la concurrence "non-faussée".
Par exemple les travaux de rénovation devraient être l'occasion d'imposer que la main-d'oeuvre soit essentiellement locale, et accompagnés d'actions de formation sur place dans les différents corps de métiers (qui assureront ensuite l'entretien).
Enfin l'idée d'une "ENA des leaders" est-elle vraiment une bonne idée, "l'ENA des élites" actuelle n'ayant pas forcément prouvé son utilité pour le bien commun ?...
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Écrit par : BCM / | 28/04/2018

PAS GRAND-CHOSE A ATTENDRE DE L'ETAT

> Cela fait des décennies qu'on lance des "plans banlieue" inefficaces, et celui de Borloo y ressemble exactement semble-t-il. On parle beaucoup de nouveauté et de rupture, mais on se contente de bégayer. Le manifeste des imams est plus intéressant. Il n'y a pas grand chose à attendre de l'État dans notre "médiocratie" (http://www.telerama.fr/idees/en-politique-comme-dans-les-entreprises-les-mediocres-ont-pris-le-pouvoir,135205.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1524467942).
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Écrit par : Guadet / | 28/04/2018

LES DIFFICULTÉS

> Beaucoup de bonnes intentions dans ce plan banlieue, mais aborde-t-il toutes les difficultés? Certaines, les plus dérangeantes, ne le sont pas réellement :

- Sécuritaire. Je sais, c'est un gros mot. Mais pourquoi certains quartiers et même des communes entières sont-elles des "ghettos" ethniques ou religieux? Parce les habitants qui ne se sentaient plus à l'aise sont partis pour cause d'insécurité, de troubles graves de voisinage ou de sentiments d'étrangeté par rapport à un groupe dominant. « L’épuration ethnique » dénoncée par le manifeste contre le nouvel antisémitisme ne trappe pas que les Juifs. C'est bien aussi une question de sécurité. Et tant qu'il sera plus rémunérateur donc plus prestigieux, d'être dealer quasiment impuni que de faire un BTS, on n'en sortira pas.

-Intégration et assimilation. Encore quelques gros mots à dire là-dessus. Si on ne veut pas se contenter de faire des jeunes de ces banlieues des sous-américains, il faudra bien les réintégrer à l'amour de notre pays. Bref, régénérer le récit national et arrêter de se complaire dans l'énumération des fautes et crimes de l'histoire de France, leur faire découvrir nos paysage, notre patrimoine artistique, etc
La question est aussi : dans quelle mesure les autorités religieuses islamiques veulent-elles cette intégration ? Que représentent les 30 imams en question ? Car l’Organisation Islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture considère à juste titre que l’assimilation est un danger pour l’Islam et qu’une stratégie de prévention est nécessaire. (voir 3ème document proposé en téléchargement ici : https://www.isesco.org.ma/fr/strategies/)
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Écrit par : Pierre Huet / | 30/04/2018

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