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16/07/2016

Frédéric Ozanam nous donne une leçon d'Evangile [2]

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Les catholiques (disait-il en 1852) sont punis de leur mondanité :


 

 

<< Nous sommes punis, catholiques, d'avoir mis plus de confiance dans le génie de nos grands hommes que dans la puissance de notre Dieu. Nous sommes punis de nous être enorgueillis en leur personne, d'avoir repoussé avec quelque fierté les affronts de l'incrédule et de lui avoir montré, pour nous justifier à ses yeux, nos philosophes et nos poètes au lieu de lui montrer l'éternelle croix. Nous sommes punis de nous être appuyés sur ces roseaux pensants, quelque mélodieux qu'ils fussent : ils se sont brisés sous notre main. C'est plus haut  que nous devons chercher notre secours ; ce n'est point un bâton fragile qu'il nous faut pour traverser la terre ; ce sont des ailes : la foi et la charité. Il faut remplir ces places qui sont devenues vides. >>

 

Lettres de Frédéric Ozanam, t.1, pp. 160-161.

 

 

La leçon s'appliquait aux bien-pensants du Second Empire : époque où déjà le témoignage de foi se dégradait en pseudo-apologétique mondaine [*] excusant les fourvoiements politiciens. A l'heure où Ozanam écrivait ces lignes, un spécialiste de cette apologétique - Louis Veuillot (archétype du conservateur) - écrivait dans sa feuille "catholique intransigeante" qu'il fallait soutenir la clique de Louis-Napoléon "parce que le duc de Morny, au moins, n'a pas lu Voltaire" ! Phrase bouffonne vu ce qu'était Morny : l'ancêtre de l'affairisme moderne... Moyennant quoi Napoléon III finira par interdire en 1860 le journal de Veuillot, lequel écrira alors cette autre bouffonnerie : "Mes rêves sont cruellement renversés. Où est mon Charlemagne ?"... Toujours à la recherche du "bon gouvernement" à l'ombre duquel fleurirait le "parti catholique", Veuillot aura ainsi soutenu Louis-Philippe, 1848, Cavaignac, Louis-Napoléon, le 4 septembre, les républicains, le comte de Chambord, pour finir par déclarer - préfigurant certaines postures de 2013 etc - qu'on peut s'en remettre à n'importe quel personnage s'il paraît "capable de comprendre la famille" ; ce qui est un abonnement aux déceptions.  A propos de la postérité de Veuillot, un prétendant orléaniste dira en 1880 (éphémère accès de lucidité) : "conservateur est un mot qui commence mal".

 __________

[*]   cf l'impasse des valeurs : blog des 13 et 14/07.

 

11:54 Publié dans Histoire, Idées | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : catholiques

Commentaires

VEUILLOT

> Tout à fait d'accord avec Ozanam, mais la biographie de Wikipédia laisse entrevoir de Louis Veuillot un personnage moins noir que ce que pourrait laisser croire votre article:
"Louis Veuillot prend parti en faveur de l'infaillibilité pontificale, qui est finalement proclamée à l'issue du premier concile œcuménique du Vatican, en 1870.
Pendant le concile, Veuillot entretient des polémiques longues et nombreuses aussi bien avec les libéraux, exaspérés par l'annonce du concile, qu'avec les adversaires catholiques du dogme de l'infaillibilité pontificale. Plusieurs fois au cours de cette querelle dans laquelle est plongé L'Univers, Pie IX se déclare en faveur du journal, que plusieurs évêques attaquaient vigoureusement tandis qu'un grand nombre d'autres le défendaient3.
Veuillot s'abstient de toute alliance avec quelque parti politique que ce soit. La règle de conduite qu'il a formulée en 1842 est la suivante : « Évitez les factions de toutes sortes ; nous appartenons exclusivement à notre Église et à notre pays. » Il soutient les gouvernements successifs ou s'oppose à eux selon la façon dont ils se comportent envers l'Église. Après 1871, et l'instauration de la IIIe République en France, il devient légitimiste, soutenant la cause d'Henri d'Artois, comte de Chambord, en vue de rétablir une « monarchie chrétienne »."

GT


[ PP à GT - Double problème de Veuillot, et raison pour laquelle il divisait l'Eglise :
1. sa confusion politico-religieuse permanente en dépit de son boniment d'indépendance ! (il n'était pas au-dessus des partis puisqu'il les a tous essayés successivement)... D'où l'ardeur avec laquelle il entraînait chaque fois son public (catholique) dans des impasses ;
2. sa conception passéiste d'une "société chrétienne (?) à défendre", à l'inverse d'un Lacordaire ou d'un Ozanam qui voyaient, eux, la puissance d'innovation de l'Evangile.
Lacordaire et Ozanam sont aujourd'hui un exemple prophétique ; Veuillot nullement. Il est l'ancêtre d'une certaine "droite catho" qui se fourvoie aujourd'hui dans le même genre d'illusion politicienne ;
3. la notice wiki a visiblement été rédigée par un membre de cette "droite catho" : il escamote le fait que Veuillot sentait le fagot (malgré son affichage hyper-ultra-orthodoxe)... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Gilles Texier / | 16/07/2016

RATZINGER PROPHÈTE

> Lors de l'enregistrement d'une émission à la radio allemande en 1969, Joseph Ratzinger envisage l’avenir de l’Église :
"« Je pense, non, je suis sûr, que le futur de l’Église viendra de personnes profondément ancrées dans la foi, qui en vivent pleinement et purement. Il ne viendra pas de ceux qui s’accommodent sans réfléchir du temps qui passe, ou de ceux qui ne font que critiquer en partant du principe qu’eux-mêmes sont des jalons infaillibles. "
"Dans tous ces changements que l’on devine, l’essence de l’Église sera à la fois renouvelée et confirmée dans ce qui a toujours été son point d’ancrage : la foi en un Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait Homme, en l’Esprit-Saint présent jusqu’à la fin du monde. Dans la foi et la prière, elle considérera à nouveau les sacrements comme étant une louange à Dieu et non un thème d’ergotages liturgiques. "
http://fr.aleteia.org/2016/07/15/le-jour-ou-joseph-ratzinger-a-predit-lavenir-de-leglise/

Isabelle


[ PP à Isabelle - Au seuil des années 70 où déferlait la vague de saccage pseudo-conciliaire et où pointait, en réplique, la réaction intégriste (les deux clans qui "ne font que critiquer en se prenant eux-mêmes pour des jalons infaillibles"), le futur cardinal Ratzinger désignait la voie véritable. ]

réponse

Écrit par : isabelle / | 16/07/2016

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