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26/04/2016

Le catholicisme est "anti-libéral" par nature (et surnature)

 "Entre le riche et le pauvre, entre le fort et le faible,

c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit"

(Lacordaire, 52e conférence de Notre-Dame, 1848)

Lacordaire_3.jpg

ND nous envoie cet excellent résumé du problème :


 

Note de ND

 

<<  Le catholicisme est anti-libéral par nature... Eh bien oui. Les catholiques libéraux, si tant est que cela puisse exister, sont des sophistes ou à tout le moins, s’ils n’ont pas l’intention de tromper versent dans le paralogisme. Ils le font le plus souvent d’une manière très simple : par l’équivoque. Un terme est équivoque quand il a plusieurs significations. Ces significations sont données par ses définitions.

L’équivoque ici porte sur le terme « liberté ».

La liberté chez les libéraux, c’est : « La liberté est définie de manière négative comme l'absence de contrainte exercée par les autres individus, ou de façon positive comme le droit d'agir sans contrainte dans la limite des droits légitimes des autres », à les en croire eux-mêmes : http://www.wikiberal.org/wiki/Libert%C3%A9

La liberté dans le catholicisme, c’est :

« 1731 - La liberté est le pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d’agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou cela, de poser ainsi par soi-même des actions délibérées. Par le libre arbitre chacun dispose de soi. La liberté est en l’homme une force de croissance et de maturation dans la vérité et la bonté. La liberté atteint sa perfection quand elle est ordonnée à Dieu, notre béatitude. 1732 - Tant qu’elle ne s’est pas fixée définitivement dans son bien ultime qu’est Dieu, la liberté implique la possibilité de choisir entre le bien et le mal, donc celle de grandir en perfection ou de défaillir et de pécher. Elle caractérise les actes proprement humains. Elle devient source de louange ou de blâme, de mérite ou de démérite. » http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P5H.HTM

D'un côté on a une « absence de contrainte » et un « droit d’agir sans contrainte » et, au fond, fort peu de limites (réduisant d’ailleurs l’autre au rang de limite pour moi).

De l’autre on a « un pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d’agir ou de ne pas agir » (etc) et « une force de croissance et de maturation dans la vérité et la bonté » qui « atteint sa perfection (…) ordonnée à Dieu. »

Il est évident que dans un système libéral il n’y a ni bien ni vérité, mais seulement des intérêts (moi j’appelle cela des envies), qui se confrontent sur un marché (ce qui est d’ailleurs - vu que l’on ne sort absolument pas de la subjectivité - la raison probable pour laquelle le pape François parle à cet égard de relativisme). Et l’autre n’est pas conçu comme une limite...

Les deux définitions de la liberté sont différentes. Tout au plus ne se recoupent-elles que très partiellement, et encore par accident.

Tout raisonnement effectué par un catholique libéral à ce propos reviendra à faire glisser sous les mots ces deux notions différentes et les faire passer comme identiques. On pourrait donner trivialement comme exemple : Le chien est le meilleur ami de l’homme / Le chien est une pièce du fusil de chasse / Le meilleur ami de l’homme est une pièce de fusil de chasse. Ici on a fait passer le mammifère ami de l’homme et une pièce de métal sous le même mot pour donner une conclusion qui rebute. Quand on n’y est pas accoutumé, c’est plus difficile à voir. Parlez du libéralisme économique, éventuellement même de la doctrine sociale de l’Eglise et de la liberté, en appliquant au mot liberté ce qui vient d’être montré juste ci-dessus, et vous obtiendrez le discours des catholiques libéraux !

 

« Le syllogisme est un raisonnement où, certaines données étant posées, on tire de ces données quelque conclusion, qui en sort nécessairement, et qui est différente de ces données. La réfutation, au contraire, est un syllogisme avec contradiction de la conclusion. Les sophistes ne le font pas réellement, mais ils paraissent le faire à plus d'un titre : et le lieu le plus naturel et le plus commun de tous ceux par lesquels on produit cette apparence est celui qui ne tient qu'aux mots. En effet, comme on ne peut discuter en apportant les choses mêmes, et qu'il faut se servir des mots comme représentation, au lieu des choses qu'ils remplacent, nous croyons que ce qui arrive aux mots arrive également aux choses, comme on conclut des cailloux au compte que l'on veut faire. Or ici, la ressemblance n'est pas tout à fait complète; car les mots sont limités ainsi que le nombre des définitions, mais les choses sont innombrables. Il est donc nécessaire qu'une même définition et qu'un seul nom signifient plusieurs choses. De même donc que ceux qui ne savent pas bien se servir des cailloux sont dupés par ceux qui le savent, de même, pour les discours: ceux qui ne connaissent pas la puissance des mots font de faux raisonnements, soit en discutant eux-mêmes, soit en écoutant les autres.» (Aristote, Réfutations sophistiques).

 

Pour une autre question : on voit des catholiques libéraux se réclamer de Friedrich Hayek. Il y a là un problème. Hayek est un libéral qui soi-disant « refuserait l’utilitarisme » (ce dont je ne suis absolument pas certain), ce qui en ferait un auteur fréquentable... Mais le problème majeur est ailleurs : Hayek critique la notion même de justice sociale, ce qui lui a valu le prix Nobel d’économie grâce à son ouvrage Droit, Législation, Liberté. Or, le Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise est clair sur ce point : la justice sociale fait partie du vocabulaire catholique, c’est même (de mémoire) une des formes de la justice « générale ».

Le Catéchisme de l'Eglise catholique va indubitablement dans le même sens. Exemples :

« 411 - Comment la société assure-t-elle la justice sociale? La société assure la justice sociale quand elle respecte la dignité et les droits de la personne, qui constituent la fin propre de la société. D’autre part, la société recherche la justice sociale, qui est liée au bien commun et à l’exercice de l’autorité, quand elle accomplit les conditions qui permettent aux associations et aux individus d’obtenir ce à quoi ils ont droit. »

http://www.vatican.va/archive/compendium_ccc/documents/archive_2005_compendium-ccc_fr.html#LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

« La doctrine sociale comporte également un devoir de dénonciation, en présence du péché: c'est le péché d'injustice et de violence qui, de diverses façons, traverse la société et prend corps en elle.

120 - Cette dénonciation se fait jugement et défense des droits bafoués et violés, en particulier des droits des pauvres, des petits, des faibles ;

121 - elle s'intensifie d'autant plus que les injustices et les violences s'étendent, en touchant des catégories entières de personnes et de vastes zones géographiques du monde, entraînant ainsi des questions sociales comme les abus et les déséquilibres qui affligent les sociétés. Une grande partie de l'enseignement social de l'Église est sollicitée et déterminée par les grandes questions sociales dont elle veut être une réponse de justice sociale. »

http://www.vatican.va/archive/compendium_ccc/documents/archive_2005_compendium-ccc_fr.html#LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

En clair, si on est d’accord avec Hayek, comme le fait par exemple Jean-Yves Naudet, la doctrine sociale de l’Eglise ne sert à rien, puisqu’elle risque de n'être qu'une « réponse de quelque chose qui n’existe pas » à de grandes questions sociales. >>

Fin de la note de ND

 

 

De PP à ND (et à tous)

 

Sur Hayek : il célébrait Mandeville - père de l'utilitarisme cynique depuis sa Fable des abeilles (1705) - comme « maître-penseur, précurseur de la théorie de l'ordre économique spontané » ! (Friedrich Hayek, Lecture on a mastermind : Dr Bernard Mandeville, in Proceedings of the British Academy vol. 52, 1966). Autrement dit : le libéral Hayek voyait l'utilitariste Mandeville comme le fondateur du libéralisme.

 

Le vice des libéraux est leur mauvaise foi : ils esquivent toute objection en vous accusant de vouloir la Corée du Nord ; c'est le point Goulag, équivalent du point Godwin. Le péché des libéraux catholiques est une mauvaise foi XXL : ils récusent (sans le dire) la moitié de la DSE mais se posent en catholiques éclairés... Allergiques au pape François, ils n'expriment cette allergie qu'indirectement : en brocardant non pas Laudato Si' mais les sujets dont parle Laudato Si', et en plaçant sur leurs autels les athées pieux de la droite médiatique qui (par ailleurs) insultent le pape en toute occasion.

 

► Il y a quinze jours, j'ai subi la charge d'un de ces libéraux médiatiques. Fondant sur moi dans une réception pour me dire qu'il était content de m'avoir « sous la main » (pour me dire « ce qu'il pensait » de La révolution du pape François), il m'a asséné que « ce pape » n'était qu'un « marxiste », un « exhibitionniste en vieilles chaussures », un « bateleur de la com' », et que « plus tôt il disparaîtrait mieux ce serait ». « Je suppose20130924_Ngorongoro5051_Gnou.jpg qu'il me serait inutile de vous répondre », lui ai-je dit. « Exactement », m'a-t-il répondu en tournant les talons. J'avais l'impression d'avoir rencontré Ted Cruz et Donald Trump en un seul homme ;  et c'était un Parisien.

 

 

 

 

 

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Commentaires

MERCI

> Merci à ND (qui est-ce ?) pour ce gros travail fourni, qui va m'être extrêmememnt utile !

Emma


[ PP à Emma - Je ne peux pas donner son nom - que je connais -, puisqu'il ne signe que de ses initiales... ]

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Écrit par : Emma / | 26/04/2016

IL Y A GNOU ET GNU

> Pitié pour les gnous ! GNU est un très beau logiciel (et une philosophie) de partage de connaissance (et de licence) gratuite : il a donné Linux.
Un système d'exploitation (d'ordinateurs, pas d'humains !!!), gratuit, performant et fiable (et gratuit, ça va avec), que je recommande à tous les intoxiqué de la Windaube américaine.
Donc un peu de respect pour cette belle bête !!
(-;
Amicalement,

Bergil


[ PP à Bergil - Raison pour laquelle je n'ai jamais compris que ce logiciel ait pris le nom du gnou, animal aux connaissances limitées (et regrettablement dénué de philosophie). ]

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Écrit par : bergil / | 26/04/2016

LEUR IDÉOLOGIE

> En accord et sans restriction avec ND et vos commentaires.
Je me faisais seulement la réflexion, et suite à d’autres conversations inutiles avec des catholiques libéraux, que c’est somme toute un comble que nous fassions toujours l’effort honnête de démonter leur idéologie qui est finalement on ne peut plus creuse et individualiste, plutôt qu’eux pour la justifier avec une pareille honnêteté ?
Car enfin je n’ai jamais vu de plaidoyer construit et logique évoquant une compatibilité (et encore moins une convergence) entre le libéralisme et les évangiles. Les quelques « penseurs » que j’ai pu lire ne s’embarrassaient pas de l’hypothèse Dieu !
N’est-ce pas le signe formel de cette mauvaise foi XXL que vous évoquez, et surtout d’une coupable hiérarchisation : le libéralisme (nos intérêts, nos plaisirs) d’abord et ensuite la foi (le dimanche en famille) et non la foi, l’amour de Dieu et du prochain toujours et ensuite le reste ?

JClaude


[ PP à JClaude - Ces gens font en effet passer leurs opinions (dont ils héritent à la naissance - avant de les voir dopées par le "bon lycée", les Scouts d'Europe et l'école de commerce) avant la religion, dont ils attendent deux choses seulement : 1. que ses formes assurent les rites du culte familial (privatisation de coutumes prises pour "la Tradition") ; 2. que la référence religieuse serve d'accompagnement céleste aux idées politico-économiques d'une certaine bourgeoisie, naguère "classique" mais devenue ultralibérale à la fin du XXe siècle.
D'où le mélange instable de bondieuseries et d'economically-correct qui compose l'idéologie (absurde) de ce milieu. J'en ai pris conscience en 1991, un soir où les "jeunes cathos" de Sciences-Po Paris m'avaient invité à leur parler des médias en tant que directeur de la rédaction du 'Figaro magazine'. Je leur avais expliqué le processus qui était en train de mettre le métier de journaliste au service des pubards et des commerciaux ; ce son de cloche les avait violemment irrités, et plusieurs d'entre eux me l'avaient signifié durant le débat, non sans virulence, et avec (déjà) tous les slogans du "free market" qui allaient assourdir les vingt années suivantes... La plus virulente était l'une des pétulantes animatrices du groupe. C'est chez ses parents - un 400 m2 duplex près de l'Alma - qu'un buffet attendait le groupe et son invité ; lequel put constater qu'il y avait sur les meubles des photos de papa, maman et les quatre enfants avec Jean-Paul II ! Ce pape venait de publier 'Centesimus Annus' qui mettait en garde contre la marchandisation de la société ; la famille n'avait visiblement pas ouvert l'encyclique. ]

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Écrit par : JClaude / | 26/04/2016

LE TEXTE DE LOISY

> Les flèches contre le pape ou, ce qui est la même chose, contre "Laudato Si" sortent d'un carquois sclérosé refusant tout développement circonstanciel de la pensée évangélique.
Puis-je rappeler les texte d'Alfred Loisy dont une phrase, sortie de son contexte sert trop souvent pour démolir l'enseignement magistériel et donc l’Église, et qui pourtant ne dit pas tout à fait la même chose ... :
« Le Christ a annoncé le Royaume, mais c'est l'Église qui est venue »
Lisons ce texte:
« Reprocher à l'Église catholique tout le développement de sa constitution, c'est donc lui reprocher d'avoir vécu, ce qui pourtant ne laissait pas d'être indispensable à l'Évangile même. Nulle part, dans son histoire, il n'y a solution de continuité, création absolue d'un régime nouveau; mais chaque progrès se déduit de ce qui a procédé, de telle sorte que l'on peut remonter du régime actuel de la papauté jusqu'au régime évangélique de Jésus, si différents qu'ils soient l'un de l'autre, sans rencontrer de révolution qui ait changé avec violence le gouvernement de la société chrétienne. En même temps, chaque progrès s'explique par une nécessité de fait qui s'accompagne de nécessités logiques, en sorte que l'historien ne peut pas dire que l'ensemble de ce mouvement soit en dehors de l'Évangile. Le fait est qu'il en procède et qu'il le continue.
Des objections qui peuvent sembler très graves, au point de vue d'une certaine théologie, n'ont presque pas de signification pour l'historien. Il est certain, par exemple, que Jésus n'avait pas réglé d'avance la constitution de l'Église comme celle d'un gouvernement établi sur la terre et destiné à s'y perpétuer pendant une longue série de siècles. Mais il y a quelque chose de bien plus étranger à sa pensée et à son enseignement authentique, c'est l'idée d'une société invisible, formée à perpétuité par ceux qui auraient foi dans leur cœur à la bonté de Dieu. On a vu que l'Évangile de Jésus avait déjà un rudiment d'organisation sociale, et que le royaume aussi devait avoir une forme de société. Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue. Elle est venue en élargissant la forme de l'Évangile, qui était impossible à garder telle quelle, dès que le ministère de Jésus eut été clos par la passion. Il n'est aucune institution sur la terre ni dans l'histoire des hommes dont on ne puisse contester la légitimité et la valeur, si l'on pose en principe que rien n'a droit d'être que dans son état originel. Ce principe est contraire à la loi de la vie, laquelle est un mouvement et un effort continuel d'adaptation à des conditions perpétuellement variables et nouvelles. Le christianisme n'a pas échappé à cette loi, et il ne faut pas le blâmer de s'y être soumis. Il ne pouvait pas faire autrement. »
(Alfred Loisy, L'Évangile et l'Église, Paris, Alphonse Picard et fils, 1902, p. 110-112)

Albert E.


[ PP à Albert E. - Merci d'avoir ainsi placé sous les yeux du public un texte ignoré, et auquel on faisait en effet dire (pour une seule phrase isolée) le contraire de ce qu'il dit. ]

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Écrit par : Albert E. / | 26/04/2016

à Patrice

> connaissez-vous Charles Gave et son livre sur Jésus libéral ?
https://www.youtube.com/watch?v=mkoyxKubo_0

Robert Culat


[ PP à RC - Oui... On a l'impression de lire du Ted Cruz. Ou d'écouter une émission d'EWTN animée par Arroyo. C'est dire qu'on manque d'oxygène ! ]

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Écrit par : Robert Culat / | 26/04/2016

FRANÇOIS DIXIT

> La liberté expliquée hier à des adolescents par le pape François avec son don pédagogique de simplification des notions complexes :
"Au cours de ces années de jeunesse, vous sentez aussi un grand désir de liberté. Beaucoup vous diront qu’être libres signifie faire ce qu’on veut. Mais ici il faut savoir dire des ‘non’. Si tu ne sais pas dire non, tu n’es pas libre. Celui qui est libre c’est celui qui sait dire oui et qui sait dire non. La liberté n’est pas pouvoir toujours faire ce qui me convient : cela enferme, rend distant, empêche d’être des amis ouverts et sincères ; ce n’est pas vrai que lorsque je me sens bien tout va bien. Non, ce n’est pas vrai. La liberté, en revanche, est le don de pouvoir choisir le bien : ça, c’est la liberté. Est libre celui qui choisit le bien, celui qui cherche ce qui plaît à Dieu, même si c’est pénible, ce n’est pas facile."

https://fr.zenit.org/articles/jubile-des-ados-soyez-des-champions-texte-complet/
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Écrit par : isabelle / | 26/04/2016

BINAIRES

> Je remercie ND (et Patrice de Plunkett) pour cette mise au point rafraîchissante. J'ai parfois l'impression que certains ont pris les condamnations du matérialisme communiste comme une adhésion au matérialisme libéral, et qu'ils pensent maintenant que si l'Eglise revient (je dis revient, mais se souviennent-ils des papes du XIXe siècle ?) à ses condamnations du libéralisme, c'est donc, forcément, qu'elle adhère au communisme.
Esprit binaire, quand tu nous tiens...
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Écrit par : Ferrante / | 26/04/2016

PhARISIENS

> "...et c'était un Parisien." Claudel, Journal (je ne sais plus quand) : "la parabole du Parisien et du Républicain" ... Miséricorde !
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Écrit par : Alex / | 26/04/2016

UTILITARISMES

> A propos de l'utilitarisme. Il est assez logique que Hayek rejette l'utilitarisme s'il pense à la doctrine de Bentham et de Mill,ce dont je ne suis pas sûr faute de bien connaître Hayek. En effet, le principe d'utilité signifie chez ces deux auteurs "chercher le plus grand bien-être du plus grand nombre". Autrement dit, contrairement à ce qui se produit chez les libéraux individualistes comme Mandeville ou Hayek, la préoccupation de chacun ne doit pas se borner à la recherche du bonheur individuel mais à optimiser le bonheur pour la majorité. Le mot "utilitariste" n'a donc pas le même sens chez les philosophes qui se disent utilitaristes (Bentham et Mill) et dans le langage ordinaire où il signifie réduire toutes les valeurs à ce qui est utile à l'individu.
Le vrai problème des utilitaristes comme le notait la philosophe catholique anglaise Elizabeth Anscombe, c'est bien plutôt qu'ils finissent par cautionner la condamnation du Christ par Caïphe dans Jean, chap Xi : "il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le salut de la mutlitude". Car les utilitaristes sont prêts à sacrifier le bien de l'individu à celui de la majorité.
On trouve une critique de même nature de l'utilitarisme dans la théorie de la Justice de Rawls qui s'est appuyé sur Kant pour échapper aux excès anti-individualistes de l'utilitarisme...
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Écrit par : Physdemon / | 26/04/2016

SAINT LIBÉRAL

> Avez-vous pensé, cher PP, pour la conversion de nos bons bourgeois cathos à la pensée profonde de l’Eglise touchant le libéralisme, à convoquer dans vos prières saint Libéral ?
En ce 27 avril, nous pouvons en effet retenir comme saint du jour, le bien-nommé « Libéral, mort vers 400. Prêtre de la région d’Ancône, en Italie, il travailla avec ardeur à la conversion des ariens, qui lui causèrent beaucoup de souffrances. Ses reliques reposent à Trévise. » (Dictionnaire hagiographique, Bénédictins de Ramsgate, Brepols).
Ne pourrions-nous pas composer une prière pour demander son intercession ?
Et pour faire bonne mesure, pourquoi ne pas lui associer saint Régule, évêque africain persécuté par les ariens (Vandales) et exilé en Italie (Pombino en Toscane). Fêté le 1er septembre, il mourut en martyr vers 545, sous l’ostrogoth Totila, lequel s’est signalé à la postérité en libérant les esclaves des grands domaines !
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Écrit par : Denis / | 27/04/2016

Cher monsieur,
ces textes sont très vrais, et il est bien utile de le relire. Je reste toutefois assez mal à l'aise avec vos commentaires contre les cathos de droite : vous semblez ignorer qu'il existe une notable partie de ces cathos de droite qui sont anti-libéraux, et depuis fort longtemps. Héritiers des anti-Lumières, du catholicisme social des monarchistes légitimistes, et pour une part aussi de l'Action Française - très antilibérale -, et qui se retrouvent dans l'antilibéralisme classique des penseurs contre-révolutionnaires. Certes, vous n'êtes pas de leur chapelle, mais enfin, ils constituent une frange du catholicisme, et parfois la plus nette concernant l'anti-libéralisme. Ils n'adhèrent effectivement pas à l'UMP ou à l'UDI, parfois pour cette raison même de cohérence dogmatique.
Deuxième point : les attaques contre François, et à contrario, votre adulation perpétuelle de tous les actes de ce pape. Il semble qu'il y ait une déformation assez profonde du sens de l'infaillibilité pour attribuer au pape, dans chacun de ses actes, gestes ou discours, une perfection inattaquable. S'il n'est pas catholique de refuser un enseignement touchant la foi ou les moeurs, énoncer des réserves ou se taire respectueusement sur un désaccord avec le pape n'est pas peccamineux. C'est aussi la sainte liberté des enfants de Dieu. Il suffit de voir comment saint Paul résiste à saint Pierre (Ga 1 :18 ; 2 :9,10) pour comprendre qu'on ne doit pas s'aligner automatiquement sur toute position pontificale, dans quelqu'ordre que ce soit, pour être un bon catholique.
Merci de vos réponses,
Bien à vous

Cyrille


[ PP à Cyrille :

1. Cher Monsieur, ne caricaturez pas mes propositions.. Il est trop facile de les présenter comme une "adulation", alors qu'il s'agit de simple réception loyale des actes du Magistère, dans l'esprit de Vatican II et de "Christifideles laici" ! Faites-moi la grâce d'admettre que je ne confonds pas l'infaillibilité dans la définition des dogmes avec la doctrine sociale de l'Eglise. Ceux qui ont un problème avec ces choses, en revanche, sont les catholiques libéraux en économie, qui prétendent s'émanciper du Magistère social sous prétexte qu'il ne s'agit pas "de dogmes" ! comme si l'obéissance du fidèle n'était due qu'aux dogmes... Ne pas savoir qu'il y a différentes sortes d'assentiment requis du fidèle, c'est ignorer le catholicisme - et préférer des opinions séculières plutôt que la loyauté envers l'Eglise.
Je mets donc en garde contre la posture des ultras, qui consiste à faire comme si le "vrai catholique" pouvait (voire devait) tourner le dos à ce pape. Si abus il y a en ce moment dans les milieux catholiques français, il est du côté de ceux qui se choquent de la loyauté envers François.

2. Je veux bien qu'il existe une extrême droite catholique antilibérale, mais elle ne se manifeste à peu près nulle part ! Au contraire, les sites de référence de l'extrême droite "catholique" professent un libéralisme aveugle hérité des écoles de commerce : c'est la seconde raison de leur haine envers M. Philippot, taxé par eux d' "étatisme" parce qu'il n'est pas libéral...
Mais surtout, leur libéralisme les place dans une opposition à l'égard du Magistère. Opposition hypocrite : n'osant rompre ouvertement avec le pape (leur fonds de commerce en souffrirait), ils s'évertuent à ricaner des sujets dont le pape traite.
Par ailleurs, sur le plan historique : que les légitimistes de 1830 et leur postérité aient été antilibéraux sur le plan économique et social, ce n'est pas faux (Villeneuve-Bargemont, La Tour du Pin...), et on l'a vu à Lyon lors de la révolte des canuts.
Mais que l'AF ait été antilibérale, c'est discutable, quand on connaît les positions de Jacques Bainville dans ce domaine - et l'affection rétrospective de Charles Maurras envers Louis-Philippe. En fait l'AF n'a jamais été à l'aise sur le terrain de l'économie, domaine pourtant essentiel et dont l'absence dans l'oeuvre de Maurras est significative. (Oeuvre qui d'ailleurs a mal vieilli sauf certains textes littéraires ; je vous suggère de faire l'expérience d'une relecture). ]

réponse au commentaire

Écrit par : Cyrille / | 27/04/2016

@ Physdemon

> Méfiez-vous de Rawls. Henri Hude a fait une très bonne démonstration sur le site de LP de ce que sa pensée peut justifier toutes les injustices. Vous pouvez aussi lire « Résister au libéralisme, les penseurs de la communauté » de François Huguenin.
En revanche, Jean-Paul II s’est aussi inspiré de Kant pour dénoncer l’utilitarisme dans un ouvrage de morale sexuelle écrit au début des années soixante : « Amour et responsabilité ». Il y invite à passer d’une norme utilitariste à une norme personnaliste, car selon lui l’utilitarisme est incompatible avec le commandement de l’amour de la personne tel qu’ordonné par le Christ dans l’Evangile. Il fait la remarque quant à l’utilitarisme que c’est, selon lui à l’époque, dans le domaine de la sexualité qu’il lui semble être le plus menaçant, ce qui était visionnaire avant mai 68. Il est évident aujourd’hui que c’est aussi dans le domaine de l’économie qu’il menace. Un de ses amis proches (il se tutoyaient), Jerzy (Georges en français) Kalinowski, dans un ouvrage intitulé « Initiation à la philosophie morale », explique bien ce lien entre la philosophie utilitariste et le libéralisme. Adam Smith était utilitariste.
Pour revenir sur Hayek, dans le tome 2 de "Droit, Législation et Liberté", il formule une critique de la justice sociale. De mémoire, il explique que la justice est une vertu, et nécessite de ce fait une volonté. Il reprend cette idée à saint Thomas d’Aquin ; ce qui est vrai. En revanche son application à la société me paraît douteuse (je n’en suis pas encore parfaitement sûr, mais j’ai l’impression que l’on doit pouvoir démontrer par-là, qu’il était complètement nominaliste, ce qui n’est pas catholique). Il essaye de démontrer que la société n’ayant pas de volonté, elle ne saurait être juste. Pas de société juste : exit la justice sociale.
Mais au-delà, il est évident que Hayek n’était certainement pas complètement fidèle à Saint Thomas. En effet, ce dernier parle dans la "Somme théologique" de « juste prix ». Or Hayek, est clair sur ce sujet : le prix n’est pas l’expression d’une volonté. Si on est d’accord avec lui, le prix ne serait donc en aucun cas être juste. Hayek n’est donc pas fidèle à saint Thomas sur ce point. Il écrit à propos du prix : « il n’est pas le produit d’une décision humaine et les gens qui se guident grâce à lui habituellement ne savent pas pourquoi ils font ce qu’ils font. » Pas de décision, pas de volonté, pas de volonté pas de justice, pas de justice pas de juste prix : c’est du Hayek. (voir : http://denis-collin.viabloga.com/news/le-neoliberalisme-de-friedrich-hayek-et-la-question-des-inegalites)
A mon avis cette histoire de dire que le prix n’est pas le fruit d’une décision, généralise un système d’irresponsabilité.
Je ne suis pas encore sûr de ce qui suit. On pourrait se demander s’il est possible que le prix soit un bien commun. Mais ce qui est sûr, si le prix était le bien commun, en suivant Hayek, c’est que le bien commun pourrait être injuste… ou en tous cas la question de savoir si le bien commun est juste n’aurait pas de sens. Pas très catholique, vous l’avouerez. Voir : http://www.totus-tuus.fr/article-justice-et-bien-commun-57535929.html
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Écrit par : ND / | 27/04/2016

à PP et Cyrille

> S'il y a un abus chez les catholiques en France, c'est dans les familles où les grands-parents ont vénéré "la doctrine sociale de l'Eglise" à l'époque de la Cité catholique, où les parents l'ont vénérée aussi à l'époque de l'Office international puis d'Ichtus première manière... mais où les enfants et petits-enfants la renient aujourd'hui parce qu'elle intègre des réalités nouvelles dont ils ne veulent pas entendre parler.
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Écrit par : Formel Emile / | 27/04/2016

@ Physdemon

> J’ai retrouvé le texte de Kalinowski
« Les morales du plaisir et du bonheur (morales hédonistes)
L’hédonisme est une doctrine très ancienne. Nous pouvons distinguer entre hédonisme antique et hédonisme moderne. L’hédonisme a pris dans l’Antiquité deux formes : celle de l’hédonisme positif d’Aristippe de Cyrène (V-IV avant J.Chr.) pour qui le plaisir était une jouissance physique et celle de l’hédonisme négatif d’après lequel le plaisir était surtout l’absence de souffrance. L’hédonisme moderne est assez varié. Nous ne mentionnerons que celui de Mill, de Renan, de France et de Gide.
John Stuart Mill, philosophe, moraliste, logicien et économiste anglais, se rattache à cet hédonisme moderne auquel il a donné lui-même le nom d’utilitarisme dans l’ouvrage portant le titre « The Utilitarisme ». L’utilitarisme avant la lettre s’épanouit au XVIII s. en Angleterre (Hume, Hartley, Priestley, Paley, Bentham) et en France (Helvetius). Leur hédonisme diffère de celui des anciens par son caractère social. Alors que le cyrénéens (disciples d’Aristippe) et les épicuriens n’étaient préoccupés que du bonheur de l’individu, les utilitaristes anglais et français du XVII s. se soucient à la fois de l’intérêt (nom qu’ils donnaient au plaisir) de l’individu et de celui de tous les membres de la société. Leur morale reste cependant toujours fondée sur un sentiment d’égoïsme bien qu’elle revête tantôt un aspect pessimiste tantôt un aspect optimiste. Les optimistes (Hartley, Adam Smith, à la fois moraliste et économiste dont l’ouvrage traduit en français sous le titre « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations » fonde le libéralisme économique classique) croient à la suite de Bernard Mandeville (auteur du « Conte des abeilles ») que l’harmonie entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif se réalise spontanément. Tout en restant foncièrement égoïste, l’homme est animé d’un sentiment de sympathie qui le pousse à rechercher le plaisir d’autrui, celui-ci étant la cause du notre. D’après les pessimistes comme Hume, Bentham et Helvetius, l’harmonie des intérêts individuels et collectifs n’est jamais naturelle. Elle n’est qu’artificielle et doit être provoquée par une intervention des gouvernements.
La doctrine de J. St. Mill se rattache le plus étroitement à celle de Bentham. Ces deux moralistes pensent que la fin de l’homme c’est le plaisir, et que la règle morale suprême nous oblige à rechercher le plaisir de tous : pas de vrai bonheur individuel sans le bonheur de tous. A l’encontre de la plupart des hédonistes, Mill distingue plusieurs catégories de plaisirs. Il admet notamment une différence essentielle entre plaisirs inférieurs et plaisirs supérieurs. Ainsi affirme-t-il qu’il est préférable d’être Socrate insatisfait qu’un sot repus. » Georges Kalinowski, « initiation à la philosophie morale »1966, SEI,p62-63.
Kalinowski n’était pas le seul à dire cela : http://www.alterecoplus.fr/tribunes-debats/le-pape-francois-leglise-et-le-capitalisme-liberal-201509141550-00002058.html
Regardez, au passage qui vante les mérites d’Aristippe de Cyrène : http://mo.michelonfray.fr/oeuvres/l%E2%80%99invention-du-plaisir/ Il ferait mieux de prendre sa carte chez Les Républicains. Je suis sûr qu’ils l’accueilleraient à bras ouverts. En tout, ce serait cohérent.

Sur le nominalisme de Hayek voici ma piste ; j’en ai l’impression car dans sa critique de la justice sociale, apparaît quelque chose de bien particulier. C’est comme s’il refusait que l’on puisse prédiquer (affirmer) quelque chose d’un « tout », qu'un tout puisse être sujet d'une proposition ; à savoir ici, que la société qui est un tout puisse être juste, que l’on puisse affirmer d’une société qu’elle est juste. L’Eglise elle n’hésite pas à affirmer que la société peut être juste, et partant qu’il peut y avoir une justice sociale. Refuser que l’on puisse prédiquer un attribut d’un tout, ce n’est pas la logique d’Aristote, ni celle de Saint Thomas. Mais bien plutôt celle des nominalistes, pour qui on ne peut prédiquer que d’objets singuliers ou éventuellement de collections de ceux-ci. Et si d’aventure, il s’avérait, ce que je ne sais pas encore, que la famille ou l’Eglise soient des touts du même type que celui de la société, alors cela pourrait avoir de fâcheuses conséquences. Pourrait-on encore dire que la Sainte Famille est sainte, sachant que selon Saint Thomas la sainteté est une vertu ? Et même pourrait-on encore réciter le Credo ? Je crois à l’Eglise, une, sainte, etc… ?
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Écrit par : ND / | 27/04/2016

LIENS

> Un petit dernier pour la route
Deux liens pour comprendre
http://www.revue-projet.com/articles/2008-2-critique-de-la-justice-sociale-selon-hayek/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Justice_sociale
Une citation de Margaret Thatcher. Si ça ce n’est pas du nominalisme, je ne sais pas ce qu’il vous faut : "Nous sommes arrivés à une époque où trop d'enfants et de gens (...) rejettent leurs problèmes sur la société. Et qui est la société? Cela n'existe pas! Il n'y a que des individus, hommes et femmes, et des familles."
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/margaret-thatcher-en-10-citations_1238445.html
« De façon générale, le « thatchérisme » puise son inspiration politique et économique dans ces théories et dans celles de l'École monétariste de Chicago, incarnée par Milton Friedman, de l'école de l'offre d'Arthur Laffer et de l'École autrichienne connue à travers Friedrich Hayek. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Thatch%C3%A9risme
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Écrit par : ND / | 28/04/2016

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