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12/11/2013

Les 100 ans de 1914, et les 50 ans de 'Pacem in terris'

11 novembre,catholiques


11 novembre 2013 : homélie du P. Robert Culat, aumônier des Français au Danemark

 


 

<< Mes chers frères et sœurs, prier pour le repos de l’âme de nos défunts, comme nous le faisons en ce 11 novembre pour les victimes militaires et civiles des deux guerres mondiales, est la plus grande preuve de notre charité à leur égard. Depuis un certain nombre d’années on parle avec raison du devoir de mémoire. C’est ce devoir qui nous rassemble en cette cathédrale. Mais si le devoir de mémoire était uniquement tourné vers le passé il serait inutile. Nous avons à tirer des leçons des erreurs, des fautes et des crimes commis dans le passé pour ne plus recommencer et pour préserver le bien commun de la paix entre les nations. Il y a 50 ans le bienheureux pape Jean XXIII écrivait l’encyclique Pacem in terris. Ce document fondamental est à l’origine de l’enseignement constant de l’Eglise et des papes sur la grave question de la promotion de la paix. Cet enseignement fait partie de la doctrine sociale de l’Eglise. Depuis le 1er janvier 1968, date à laquelle le pape Paul VI institua la première journée mondiale de prière pour la paix, cet enseignement est sans cesse repris, approfondi et actualisé. Dans Pacem in terris Jean XXIII s’adressait non seulement aux catholiques mais à tous les hommes de bonne volonté. Il nous donnait les 4 piliers qui assurent la paix dans notre monde : la vérité, la justice, la charité, la liberté. Il parlait entre autres choses de la responsabilité des grandes puissances vis-à-vis des pays économiquement sous-développés ou n’ayant pas la capacité militaire de se défendre. Le principe de la liberté « interdit aux nations toute ingérence dans les affaires internes des autres comme toute action oppressive à leur égard… L’aide apportée à ces peuples ne peut s'accompagner d'aucun empiétement sur leur indépendance… Les communautés politiques économiquement développées, dans leur action multiforme d'assistance aux pays moins favorisés, sont tenues de reconnaître et de respecter les valeurs morales et les particularités ethniques de ceux-ci, et de s'interdire à leur égard le moindre calcul de domination. C'est ainsi qu'elles apportent « une précieuse contribution à la formation d'une communauté mondiale, dont tous les membres, conscients de leurs obligations comme de leurs droits, travailleraient sur un pied d'égalité à la mise en œuvre du bien commun universel. » Et il définissait ainsi quelle doit être la mission de l’ONU : « Le but essentiel de l'Organisation des Nations Unies est de maintenir et de consolider la paix entre les peuples, de favoriser et de développer entre eux des relations amicales, fondées sur le principe de l'égalité, du respect réciproque et de la collaboration la plus large dans tous les secteurs de l'activité humaine. » Nous le remarquons le principe de l’égalité entre les nations est nécessaire pour que l’ONU puisse jouer correctement son rôle. Lors de sa visite à l’ONU Paul VI revenait sur ce principe : « que personne, en tant que membre de votre union, ne soit supérieur aux autres: Pas l'un au-dessus de l'autre. C'est la formule de l'égalité. » Du point de vue chrétien il est évident que non seulement tous les hommes jouissent d’une égale dignité mais aussi qu’aux yeux de Dieu il n’existe pas de nation ou de race supérieure aux autres. Dieu bénit toutes les nations et tous les peuples. L’impérialisme des grandes puissances a toujours constitué une grande menace pour la paix. Pour le 10e anniversaire de Pacem in terris le cardinal Roy adressa une lettre à Paul VI. Dans ce document il montre qu’une nouvelle forme d’impérialisme s’est développé : le néo-colonialisme économique qu’il s’agit de combattre si nous voulons la paix. Il signale « les agressions et les oppressions des infrastructures lourdes et des nouvelles puissances financières, industrielles, commerciales, dans leur course au monopole ou à la domination, sur les terres, au fond des mers, et dans l’espace ». Le cardinal revient aussi sur la nécessité morale de stopper la course aux armements qu’il qualifie de danger, d’injustice et de vol, de folie et d’erreur. Cette course aux armements est une injustice et un vol car « les budgets fabuleux ainsi affectés constituent un véritable détournement de fonds et un gaspillage des pays riches qui représente déjà une agression à l’égard des pays ou des catégories sociales défavorisées ». En plus de la tentation impérialiste et de la réalité du néo-colonialisme dans le domaine économique une autre menace pèse sur la paix entre les peuples : celle du patriotisme aveugle. Le patriotisme est une bonne chose quand il demeure ouvert à l’universel et aux exigences de la raison humaine. Mais le patriotisme aveugle consiste à apporter un soutien inconditionnel à toutes les décisions d’un gouvernement même si elles s’avèrent moralement critiquables. Dans un tel contexte le cardinal Roy mentionne comme faisant partie des droits de l’homme le droit au dissentiment et celui à l’objection de conscience dans le domaine militaire.

 

En 2009 M. Obama a reçu le prix Nobel de la paix. Cela a créé dans le monde « une controverse considérable » pour reprendre l’expression utilisée par M. Obama lui-même. La prison militaire de Guantanamo n’est toujours pas fermée et la guerre des drones a fait des centaines de victimes, en particulier au Pakistan qui est un état souverain. Lorsque des présumés terroristes sont enlevés et emprisonnés ou bien encore tués sans jugement préalable c’est la force de l’arbitraire et non pas celle du droit qui domine. Et lorsque les droits de l’homme sont bafoués, comme celui de l’habeas corpus, de la présomption d’innocence et celui d’être jugé au cours d’un procès équitable avec l’assistance d’un avocat, c’est la cause de la paix qui régresse. Peut-être ce prix Nobel de la paix aurait-il dû être attribué à un petit pays d’Amérique centrale, le Costa Rica, qui est un pays sans armée depuis 1948…

 

Nous sommes tous responsables de la promotion de la paix mais nos gouvernants devront rendre compte à Dieu d’une manière particulière de leur gestion au jour du jugement. C’est l’enseignement du livre de la Sagesse :

 

Soyez attentifs, vous qui commandez aux foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples. Car la domination vous a été donnée de la part du Seigneur, et le pouvoir de la part du Très-Haut, lui qui examinera votre conduite et scrutera vos intentions. En effet, vous étiez les serviteurs de sa royauté, et vous n'avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu. Terrifiant et rapide il fondra sur vous, car un jugement implacable s'exerce sur les grands ; le petit obtient le pardon et la miséricorde, mais les puissants seront jugés avec puissance. Le Souverain de l'univers ne reculera devant personne, il ne se laissera influencer par aucune grandeur ; car les petits comme les grands, c'est lui qui les a faits, et il prend soin de tous pareillement. Les puissants seront soumis à une enquête rigoureuse. >>