Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/10/2013

"Deux réalités à propos desquelles des catholiques ne parlent pas le langage de la foi"

Nouvelle mise au point - opportune et courageuse - de l'évêque de Nanterre, dans sa lettre aux catholiques du diocèse :

 


 les passages soulignés le sont par notre blog

 

 

'' Aime et fais ce que tu veux ''

 

Dans la Lettre, mes messages s’adressent généralement d’abord aux catholiques. J’utilise le langage chrétien qui n’est pas toujours le langage habituel. Deux exemples : pour nous, le mot mariage désigne une réalité précise, et un embryon d’homme n’est pas un matériau. Ce n’est plus la compréhension du langage courant.

 

Le regard sur les musulmans, et nos contacts avec eux, sont deux réalités à propos desquelles je constate que des catholiques ne parlent pas le langage de la foi. Comment pourraient-ils alors se comporter en chrétiens ?

 

Les analyses sur le présent et l’avenir de l’islam en France et dans le monde sont très nombreuses, pas toutes du même niveau et divergent souvent entre elles. Nous ne partons pas d’elles pour savoir comment nous comporter. Nous partons de notre foi. Nous sommes les disciples de Celui qui, par son Incarnation et sa Résurrection, a rencontré l’homme. Nous sommes des bénéficiaires témoins et acteurs de cette rencontre dans laquelle se révèle l’amour du Père pour tous. Nous ne choisissons pas ceux que nous voulons aimer. Nous ne pouvons exclure personne. Nous ne mettons pas de conditions. Le Christ n’a pas dit : « Quand les hommes changeront, j’irai les aimer. » Il est venu, Il nous aime et son amour nous transforme. Voilà les fondements de nos relations avec les musulmans et avec tout être humain.

 

Le Christ n’était pas naïf. Il a vu et dénoncé le mal, mais en aimant les pécheurs et ses ennemis. Nous savons la persécution dont sont l’objet nombre de nos frères chrétiens dans certains pays musulmans. Nous savons également que les musulmans rejettent presque toujours ceux d’entre eux qui deviennent chrétiens et même souvent les menacent de mort. Nous connaissons les horreurs commises par des groupes islamistes terroristes. Nous avons conscience des divergences fondamentales entre la foi chrétienne et la foi musulmane. Nous ne pouvons pas nous taire et nous devons nous opposer à tout ce qui, selon nous, porte atteinte à la dignité humaine et à la foi chrétienne. Pour autant, nous n’avons pas d’autre voie à emprunter que celle de l’amour. Des personnes, des associations et des médias (y compris des médias chrétiens) distillent systématiquement la méfiance à l’égard des musulmans à l’aide de chiffres et d’informations parfois exactes, souvent partielles et tendancieuses, voire fausses. La porte de la méfiance donne accès à celles de la peur, du rejet, du mépris et finalement de la haine. Chrétiens, nous ne pouvons emprunter que les portes de la foi et de l’amour. Pour les ouvrir, nous sommes aidés par l’Evangile et l’enseignement de l’Eglise (celui du concile, des papes Jean-Paul II, Benoît XVI et François, et des évêques). Pour savoir aimer en vérité, prions, formons-nous et formons les enfants et les jeunes. De très nombreux textes du Magistère et des documents catéchétiques pour enfants et adultes sont à notre disposition.

 

« Aime et fais ce que tu veux », disait saint Augustin. Le père Teilhard de Chardin ajoutait : « Mais ne crois pas trop vite savoir ce que c’est qu’aimer. »

 

+ Mgr Gérard Daucourt

  évêque de Nanterre

Lettre 23, septembre 2013 (92.catholique.fr)

 

 

 

Commentaires

MERCI MONSEIGNEUR

> Merci Monseigneur. Votre courage nous a déjà fait du bien et nous en fait de nouveau. Aidez-nous à refouler l'invasion païenne identitaire dans l'Eglise en France. Invasion qui a progressé depuis le début des manifestations de cet hiver, non à cause d'elles mais en les parasitant à la faveur de la confusion des esprits et de la peur qui se répand.
______

Écrit par : maksoud / | 13/10/2013

FRANCOIS

> L'évêque de Nanterre comme le pape François travaillent à remettre les âmes à l'endroit.
______

Écrit par : leoluca / | 13/10/2013

UNE HABITUDE

> cela va faire tout drôle à certains, d'entendre des évêques leur dire qu'un catholique doit penser avec son Eglise et en accord avec les directives sociales du Magistère. Certains avaient pris l'habitude de ne pas faire attention à ce que disent les évêques, et à noyer ce que disait le pape sous les applaudissements pour couvrir sa voix. Comme ça on se donnait le confort de penser ce qu'on voulait entre soi. On était protestants sans le savoir, et au mauvais sens du mot.
______

Écrit par : bernard gui / | 13/10/2013

AH BON

> En effet, aimer vraiment c'est convertir. Et là dessus, il n'y a ni langage de foi ni acte de foi. Ni volonté... et ceci à tous les niveaux de la hiérarchie catholique, me semble-t-il.
RH

[ PP à RH - Ah bon. N'entendez-vous pas ce que dit François ? En fait de "langage de foi", pourtant, c'est plutôt frappant... Et en France, ne fréquentez-vous pas les groupes d'évangélisation, ni les paroisses qui marchent, ni les mouvements de jeunes catholiques, ni les communautés nouvelles, ni les parcours d'initiation à la foi ? etc ? Allez voir sur le terrain, vous changerez d'avis. ]
______

Écrit par : RH / | 13/10/2013

QUEL SOUFFLE !

> Quel souffle cette lettre de Mgr Daucourt! Combien de fois nous sommes confrontés à des chrétiens qui ne sont plus inspirés par leur foi préférant se laisser entraîner par l'air du temps? Nous l'avons constaté avec ces chrétiens qui ont pris position en faveur du mariage pour tous et en reprochant aux évêques d'avoir pris position avant la consultation des fidèles. La différence se constatait par l'inspiration de foi des évêques alors que ces chrétiens trouvaient leur source ailleurs. C'est sûr, être dans le monde sans en faire partie n'est pas une position toujours confortable mais c'est celle du Christ et de ses disciples.
______

Écrit par : Arnaud Le Bour / | 13/10/2013

DISCERNER

> Tout à fait d'accord avec Mgr Daucourt bien sûr, en revanche je ne vois pas en quoi les manifestations de cet hiver contribuent à ne pas aimer les musulmans. Au contraire, pour ma part, en ayant tracté avant ces manifestations, c'est avec les musulmans que j'ai senti en moyenne le plus de convergences de vues, plus qu'avec une certaine tranche de français très déchristianisés indifférente ou hostile à la MPT.

L.

[ PP à L. :
- Personne ne dit que les manifestations de cet hiver ont contribué à ne pas aimer les musulmans ! Bien au contraire !
- Ce que l'on a constaté, ce sont des opérations de récupération politisées au sein des manifs. Ces opérations cherchent à se confondre avec les manifs, mais elles sont d'une autre nature. Distinguons pour ne pas confondre et pour discerner tous les éléments. ]

réponse au commentaire

Écrit par : ludovic / | 13/10/2013

EQUILIBRE

> L'équilibre de Mgr Daucourt appréciable ne doit pas faire oublier aussi une certaine tendance de chrétiens à être relativistes, sous prétexte d'amour. On ne peut ignorer cette tendance, pas plus bien sûr que celle de "chrétiens païens" identitaires.
Dans les deux cas l'attitude est celle du refus du Christ Sauveur, soit parce qu'on dit qu'il n'est pas le Sauveur puisque Mahomet l'est aussi, soit parce qu'on oublie soi-même que l'on doit être sauvé comme le musulman en se plaçant au dessus de lui en tant que membre du "camp du bien".

L.


[ PP à L - Bien entendu. Et Mgr Daucourt (il faut faire attention à chaque paragraphe) met clairement les choses au point, quand il souligne nos divergences fondamentales d'avec les musulmans. On ne peut l'accuser d'encourager le relativisme. Pas plus qu'on ne peut accuser le pape de négliger le combat pour la vie parce qu'il donne la priorité à l'annonce du kérygme... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Ludovic / | 13/10/2013

LE CHRIST

> Merci, Monseigneur, de nous préciser "Le Christ n'était pas naïf".
______

Écrit par : Papounet / | 13/10/2013

COMPLIQUé

> Et il ne faut pas oublier que le nécessaire dialogue présente une asymétrie: si un évêque peut légitimement parler au nom de l'Eglise, côté islam il n'y a pas vraiment d'institution non seulement représentative, mais légitime. Le dialogue ne peut se faire qu'avec des personnes. Or, ce qu'on va voir en premier, c'est l'islamisme politique ou bien l'Islam institutionnel genre CFCM dans lesquels peu se reconnaissent. Compliqué !

PH


[ PP à PH - Très aléatoire pour les raisons que vous indiquez, le dialogue "institutionnel" (notion elle-même aléatoire) n'est pas le problème de nous autres catholiques de base. Ce qui nous concerne est notre attitude personnelle (envers d'autres personnes) : et, éventuellement, les idées que nous répandons sur la Toile. Et là il y a de sérieux progrès évangéliques à faire, si j'en juge par les borborygmes twittés (couramment) par des petits matamores qui se réclament de la chrétienté sans avoir jamais ouvert l'évangile ! ]

réponse au commentaire

Écrit par : Pierre Huet / | 13/10/2013

UN CONVERTI

> Histoire personnelle... J'ai rencontré dans ma paroisse un musulman qui pensait à se convertir depuis des années, et qui a fini par le faire l'an passé. Ses parents, pourtant pas très pieux si ce n'est non pratiquants, n'étaient pas du tout contents mais n'ont pas mis de bâtons dans les roues. Néanmoins, le prêtre qui l'a catéchisé n'a pas voulu que la cérémonie soit annoncée et le baptême a eu lieu discrètement, alors que bien des paroissiens, qui le connaissaient déjà, auraient été heureux d'y participer. Je ne sais pas ce qu'il va advenir de ce jeune homme... qui étudie pour devenir officier au collège militaire de Kingston, et qui m'a déjà dit qu'il savait que si un jour il était de passage dans certains pays du Moyen-Orient, il pourrait y être retenu si on apprenait qu'il était chrétien. Cela m'a étonné puisqu'il a maintenant un prénom chrétien et qu'on sait bien qu'il y a de veilles communautés chrétiennes arabes, mais il croit que son nom de famille le dénoncerait. Dans tout cela, aucune hargne mais la conviction d'être maintenant dans la Vérité et qu'elle vaut le risque peut-être théorique de mettre sa propre sécurité dans la balance.
Benoît


[ PP à Benoît - La discrétion de la cérémonie venait justement du souci d'assurer la sécurité de ce garçon. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Benoît / | 13/10/2013

PAS DE RELATIVISME

> Cet appel salutaire à aimer nos frères musulmans ne signifie en rien une mise sur le même plan du Christ Sauveur et de Mahomet. Il ne porte donc pas la moindre trace de "relativisme" (ce mot passe-partout et si commode) de la part de l'évêque de Nanterre. D'ailleurs, quand ça n'est pas « relativisme », c'est « angélisme » ou « bons sentiments ». Mêmes faux-fuyants.
Le déchaînement de fureur des pharisiens contre le Christ, est animé par un sentiment de rage outrée de voir le Dieu vivant se placer, en Christ, même pas au même niveau que l'homme, mais plus bas que l'homme, là où Il nous révèle son infinie puissance miséricordieuse. Relativisme ?
On n'a décidemment pas fini de nous laisser renverser par ce mystère de la kénose-abaissement de Dieu, qui vient bousculer notre confort spirituel à nous catholiques qui nous vivons, si naturellement, comme des "élus", placés sous le sceaux de l'évidence, comme dans les loges à Roland Garros, aux avant-postes sur les chemins du salut, si loin devant les traînards mécréants.
Tel est je crois le sens premier des incessants appels de François à notre dépouillement, d'abord de ce sentiment si-haut et si digne que nous avons de nous mêmes.
______

Écrit par : Serge Lellouche / | 14/10/2013

SAINT AUGUSTIN

> Merci Monseigneur. Cette phrase de st Augustin est en effet citée à tout bout de champ en lui faisant dire l'inverse de ce qu'elle dit : on prétend lui faire dire "suis ta pulsion" ou "tant pis, restes-en à ta faiblesse".
Or l'amour pour être vrai est englobé dans celui de la Vérité, dans la recherche du vrai, lequel n'est pas détaché de la réalité mais au contraire lui donne corps : donc AUCUNE naïveté.
L'amour est justement le contraire de la naïveté puisque c'est aimer la personne et non son image déformée par le mal ou l’ignorance.

Avoir peur c’est ne pas croire que le Christ est vainqueur. En revanche ne pas (assez) travailler à l’avènement du Royaume est une chose à craindre.
Tout devient plus facile quand on remet le temps dans la perspective du salut. On ne s’attache qu’à ce qui dure.
Aimer le monde (donc la France, le prochain) comme le Christ a aimé Jérusalem ("malheur à toi car tu es DEVENUE...").
Aujourd’hui on se trompe facilement d’ennemi. L’islam est fort du sécularisme, de la mollesse des chrétiens, de la fréquente et suicidaire haine de soi du Français. L'individualisme libéral est un cancer en nous, en comparaison duquel l'islam n’est qu’un gros rhume dont on est préservé si l’on fait le nécessaire.
Croire que l’amour est proche de la naïveté c’est le signe d’une vision romantique (donc non catholique) de l’amour. « Le romantisme, cette stupidité » disait en substance st Théophane Vénard qui est mort en aimant ses bourreaux.

On est agacé de se voir reprocher les excès commis autrefois par des catholiques, on regrette de devoir admettre que cela a existé. Alors raison de plus pour être irréprochable aujourd’hui.

Je me souviens d'un livre (trop court) d'Annie Laurent "l'Islam rend-il l'homme heureux?"
Elle y passe en revue les divergences foi chrétienne/islam et amène à constater que les musulmans ne peuvent connaître le même vrai bonheur que les chrétiens ce qui amène tout naturellement à vouloir leur conversion non pour triompher mais parce qu'on est triste de les voir séparés du bon chemin.
Mais pour cela, il FAUT croire au préalable que Jésus est la lumière, le chemin la liberté la vie donc se convertir.
Annie Laurent est experte -nommée par Benoit XVI- auprès du synode pour le Moyen Orient. Ce n'est pas un de ces rigolos autoproclamés "expert", "théologienne".

Honnêtement, je n'ai jamais vu de convertis de l'Islam animés d'un ressentiment ou d'une haine quelconque envers les musulmans. Leur langage est "musclé" envers l'islam mais il l'est tout autant envers les cathos mous.
Mon cher Benoit, priez pour votre ami autant pour les raisons que vous exposez que pour une autre : il n'est pas toujours très facile d'être catholique en Grande-Bretagne notamment au sein des institutions (eh oui ! encore aujourd'hui : moqueries, étiquetage etc. même si ça s'améliore).
______

Écrit par : E Levavasseur / | 14/10/2013

L'ISLAM ET LE CHRISTIANISME

> Oui le tout est de garder quand même à l'esprit que si le dialogue avec les musulmans est souhaitable, le dialogue avec l'islam est impossible, je dirai presque par définition (puisque la 'dictée de Dieu' ne peut être discutée!).
De façon simpliste et raccourcie [et optimiste ?] je dirai que le catholicisme et l'islam peuvent cibler le même but : l'obéissance à Dieu mais l'un librement l'autre sous la contrainte. Quand je dialogue avec un musulman et je peux aborder le sujet , j'essaye de me contenter de l'inciter à mettre en premier la prière [par opposition à ses autres obligations qui sont plus sociétales].
Si je voulais être polémiste (ce que je n'engage pas avec des mulsumans), je pourrais rappeler que l'islam s'est développé à l'époque d'hérésies sur la dualité homme-Dieu du Christ, que l'année de la mort de Mahomet n'est pas sûre et que des analyse scientifiques font ressortir plusieurs styles (donc sources) pour le coran, que les premiers exemplaire connus datent de 200 ans après sa mort, bref le côté 'dictée de dieu' de sa source est sujet à question.
______

Écrit par : franz / | 14/10/2013

@ Levavasseur

> L’islam est lui-même affronté aux démons de l’individualisme libéral, qui pourraient d’ailleurs lui être bénéfiques s’il savait en tirer intelligemment parti pour l’avenir. Déjà au XVIIIe siècle, dans les confréries réformées, mais surtout à partir des dernières décennies du XIXe siècle avec l’émergence de "clercs intellectualisés" ouverts à la modernité et intervenant directement dans le débat public, l’islam sunnite a traversé une crise aiguë de délégitimation des autorités institutionnalisées, celles du corps des oulémas. On ne le soulignera jamais assez, les différentes chapelles islamistes sont les héritières paradoxales, entre autres tendances, de ce réformisme d’inspiration libérale dans le champ de l’action politique.

La réouverture de l’ijtihâd et le rejet du consensus des écoles par les réformistes musulmans de la seconde moitié du XIXe siècle ont eu un impact considérable sur l’islam contemporain.
______

Écrit par : Blaise / | 14/10/2013

@ Pierre Huet

> Devant la carence des institutions en mesure de porter le dialogue islamo-chrétien, créons-en de nouvelles!

Certaines existent déjà, comme l'association "Coexister" :
http://www.coexister.fr/

Quoi de plus simple?
______

Écrit par : Blaise / | 14/10/2013

@ Blaise

> Peut-être n'étais-je pas très clair: la difficulté n'est pas d'abord le manque d'institution de dialogue mais l'absence de fait d'autorité religieuse dans l'Islam. Nous pouvons dialoguer avec telle ou telle personne comme le souligne PP pour le reste, nous n'avons que les chefs de files de divers courants. Les autorités genre CFCM ou UOIF sont surtout des organisations communautaires.

Comme l'évoque Franz, le Coran est considéré comme dicté par Dieu (et non inspiré !!!) et définitif. Il n'y a pas besoin d'autorité théologique pour faire les parts du culturel, censé ne pas y exister, et du divin. Du coup, on voit que, comme dans le christianisme réformé, il y a une arbrescence de courants multiples entre lesquels rien ne permet de trancher.
______

Écrit par : Pierre Huet / | 14/10/2013

@ Pierre Huet

> Ou plutôt, si les autorités islamiques existent elles ne sont pas de même nature que dans le christianisme, et de toute façon elles ont perdu tout monopole pour dire ce qu'il faut penser en matière d'islam et comment pratiquer. Je pense particulièrement aux oulémas, mais l'institution califale elle-même, les musulmans s'en passent très bien, et d'autres n'hésitent pas à exprimer leur satisfaction de cette absence. Traditionnellement, le consensus des oulémas était perçu (toujours en islam sunnite) comme la troisième source de la Loi après le Coran. Je parle au passé, car aujourd'hui les choses sont beaucoup moins nettes. Terminée, la révérence unanime à l’égard des maîtres du fiqh ! Et pour cause ! Les oulémas ne sont plus, comme dans les siècles précédents, les détenteurs exclusifs du savoir ; ils sont contestés aussi bien par les fondamentalistes, qui promeuvent un accès direct du croyant au Coran et à la sunna, que par des instances concurrentes de production et de validation de la connaissance, universitaires, journalistes, politiciens…

A moins de faire revivre, comme le propose Ali Mérad, un califat adapté aux réalités séculières et démocratiques, qui donnerait à la Umma une certaine représentativité institutionnelle à travers le monde sans pour autant s’incarner dans un être humain particulier, je pense qu’il nous faut renoncer à l’idée d’une institution islamique à laquelle nous référer.

Soyons réalistes, et privilégions des cadres institutionnels pour la rencontre et l’échange. C’est à mon avis le moyen le plus efficace pour développer les relations amicales entre chrétiens et musulmans. Et nous en avons un grand besoin quand la méfiance se développe dangereusement. Pour moi le plus urgent ce n’est pas la constitution d’une parole autorisée et reconnue par tous au sein de l’islam, mais l’intensification de rapports conviviaux faits de connaissance mutuelle au niveau du tissu social.

Par ailleurs, c’est vrai que pour beaucoup de musulmans le Coran est le résultat d’une dictée divine ; cependant le mu'tazilisme connaît une certaine reviviscence, et peut-être que dans un avenir proche ou lointain l’idée de Coran créé gagnera du terrain dans les consciences musulmanes. Qui sait ?
______

Écrit par : Blaise / | 14/10/2013

@ Blaise

> L'Islam n'est de toute façon pas un bloc et ne l'a jamais été et pas seulement par les différences historiques connues (sunnisme/chiisme etc) mais d'abord parce que l'Islam comme le protestantisme c'est un livre avec beaucoup de lecteurs, ingrédient qui permet le subjectivisme même si tout est fixé, ensuite par plein d'autres différences non "officielles" : par exemple l'islam maghrébin considéré comme un bon sunnisme est en fait rempli de superstitions locales. L’Islam n’a pas tout balayé loin de là et en plus des tribus l’orient a toujours été fertile en sectes et confréries. Quant aux écoles, leur autorité a toujours été régulièrement contrée et toujours de la même manière : un homme se retire -dans le désert- et revient en se présentant comme le rénovateur de l'Islam, il entraîne les classes populaires à sa suite.
L’Islam est très sensuel ce qui l’amène à favoriser le matérialisme (d’autant plus que l’Islam.
______

Écrit par : E Levavasseur / | 14/10/2013

@ PP

> il en manque la moitié !
ce n'est pas que c'était indispensable au salut du monde mais...
EL

[ PP à EL - De quoi manque-t-il la moitié ? ]

répons eau commentaire

Écrit par : E Levavasseur / | 14/10/2013

@ Levavasseur

> Evidemment, comme pour le christianisme, les détenteurs de l’autorité au sein de l’islam et les procédures de régulation de la vérité qu’ils mettent en oeuvre ont été régulièrement contestés, chez les sunnites comme chez les shiites (que je connais mal). Mais la situation moderne n’en est pas moins cruciale, dans la mesure où elle a fragilisé durablement, voire irrémédiablement, le magistère des écoles et le consensus des oulémas. C’est l’institution elle-même qui est en crise, en butte aux remises en cause de la modernité – qui sont structurelles.

Quant à l’ajout de « superstitions locales » dans le message et la pratique de l’islam, les confréries réformées et les wahhabites du XVIIIe siècle, puis les réformistes du XIXe siècle, ont fait de leur dénonciation un thème central de leurs discours. Indéniablement, dans le dernier quart de siècle, ces critiques ont marqué des points dans la façon contemporaine de vivre l’islam.

L’islam est très sensuel, probablement ; mais surtout le mariage n’a pas la même centralité que dans le christianisme. Une autre forme de vie commune tout à fait licite, pour l’homme et pour la femme, et qui ne concurrence pas le mariage, c’est le concubinat.
______

Écrit par : Blaise / | 14/10/2013

UN SILENCE ASSOURDISSANT

> Communiqué de Mgr Michel Mouïsse, évêque de Périgueux et de Sarlat
« L'Œuvre d’Orient » en France vient d’attirer l’attention des évêques sur les lieux chrétiens incendiés ou saccagés en Égypte depuis le 14 août 2013.
C’est effrayant.
Jusqu’à la mi-août, les chrétiens avaient subi des violences ponctuelles et des discriminations, ce qui déjà était insupportable. Mais depuis, il y a eu une vague considérable de persécutions et de destructions qui viennent des intégristes islamistes.
39 églises ont été pillées, saccagées et brûlées entièrement ou bombardées.
23 églises ont été attaquées par jets de pierre, Molotov, balles, et assiégées.
À cela, il faut ajouter 6 écoles et couvents brûlés, 7 installations appartenant aux églises entièrement brûlées et 5 maisons, pharmacies, magasins, hôtels, 75 autocars et voitures appartenant aux coptes, pillés, saccagés et brûlés entièrement.
C’est effrayant et catastrophique.
Et devant cela, le « silence médiatique » chez nous est assourdissant. Celui des fameuses élites intellectuelles et politiques toutes tendances confondues aussi.
Hommes de bonne volonté, amis de la liberté, chrétiens de France, nous ne pouvons pas rester insensibles : alors sensibilisons nos proches, nos relations, nos amis, nos communautés ; informons le plus possible autour de nous et que les chrétiens sans relâche prient pour nos frères qui souffrent et pour la Paix.

Michel MOUÏSSE
évêque de Périgueux et Sarlat

_______

Écrit par : didier / | 14/10/2013

@ Blaise

> En fait, nous disons différemment presque la même chose: dire qu'il y a des foules d'autoritéS est équivalent à dire qu'il n'y a pas d'Autorité.
______

Écrit par : Pierre Huet / | 14/10/2013

Cher Pierre Huet,

> on peut aussi plus simplement chercher à développer des relations d'amitié avec nos concitoyens musulmans, simples quidam, comme nous, sans chercher à toucher leurs supposés chefs. Les relations sont souvent plus simples à la base, parce qu'on est dans le concret du quotidien. Il se trouve que j'ai deux étudiantes de confession musulmane: la première s'est engagée dans le club Caritas du Secours Catholique, la seconde est venue me parler de la société de consommation, me dire qu'elle partageait ma critique, me demandant, et dans sa bouche c'était infiniment respectueux, si je n'étais pas juive. Cela m'a touché ô combien!
Cette émulation dans la charité, cette fraternité dans l'opposition à un monde matérialiste qui laisse l'âme et le cœur exsangues, cette communion dans la foi, grâce au peuple juif!, qui nous porte au-delà du désespoir de nos contemporains, nous pouvons oui le vivre chez nous, loin des caricatures que les médias et les politiques complices font circuler en boucle sur un Islam de cinéma, de people (Ben Laden en était un à sa manière) et de mafia, mais auprès des vrais gens musulmans.
______

Écrit par : Anne Josnin / | 14/10/2013

APPRENDRE A CONNAITRE

> Mgr Daucourt rappelle le message du Christ : Dieu est Amour. Et celui de saint Augustin : Aime et fais ce que tu voudras. Nous devons apprendre à connaître la religion musulmane pour pouvoir aimer un musulman et l'accueillir dans le respect de sa foi, comme il s'agit d'ailleurs d'apprendre à connaître toute personne pour l'aimer. C'est la relation de confiance qui met à égalité les coeurs et peut ainsi éclairer réciproquement notre intelligence aux "choses" de Dieu : Dieu que les musulmans invoquent avec un immense respect ... et nous qui cherchons bien souvent à le cacher. Ceci, afin que Dieu, Unique, nous unisse dans cette relation de vérité et de discernement. Rien n'est plus admirable que l'attitude de l'Homme qui prie, tel le Musulman. La foi de l'autre est toujours quelque chose d'immensément grand. Faire connaitre Jésus, c'est vouloir lui ressembler. Il n'en reste pas moins notre soucis de l'avenir où nous ne devons pas oublier que l'Islam est normalement une religion d'Etat et qu'une démocratie à majorité musulmane a de fortes chances de conduire à un gouvernement musulman. C'est là la difficulté et l'attention que nous devons porter à ce problème majeur en priant l'Esprit Saint d' éclairer toute conscience politique sans qu'elle devienne sectaire mais lucide par honnêteté vis-à-vis de ceux dont elle est responsable.
______

Écrit par : Anne du Merle / | 15/10/2013

@ PP
la fin de mon commentaire !

@ Blaise
oui, on pense la m^me chose.
Hélas il manque la fin de mon commentaire.
Il y a un certain "jeunisme" en Islam actuellement : on accuse les générations précédentes de s'être prostituées au diablotin occidental ou au contraire de s'en être coupés ou bien d'avoir laisser prospérer l'islamisme : "nous nous ferons mieux".
La démographie évidemment soutient aussi ce phénomène.

Je pense de toutes façons que les cathos (et les autres) ne doivent pas se laisser impressionner par le fait qu'on parle bcp de l'Islam, qu'il soit omniprésent : en fait il est en crise et n'a jamais été aussi divisé, aussi faible.
Le vrai danger c'est l'individualisme relativiste qui confond liberté avec licence : ces hérésies sont véhiculées par les pays "occidentaux" qui sont les modèles du monde.
Qu'un seul mode de pensée soit la figure de proue du monde, c'est déjà un appauvrissement mais si en plus ce mode de pensée est erroné, c'est catastrophique.
Le danger c'est celui-là car si l'Islam propose lui aussi un modèle erroné (et qui nie la personne lui aussi), ce modèle ne séduit pas autant le monde qui globalement sait s'en garder ; il s'en garde mal, quelquefois, mais il est prévenu contre lui : alors que le modèle libéral est mal interne, un poison : "ça va être formidable, tu seras comme Dieu")
Alors que l'islam réduit la valeurs de l'homme, le libéralisme déshumanise : amollissement (absence de règle), fin de vie sociale (l'individualisme : pas d'engagement comme le mariage, contrat qui n'engagent que tant que dure l'intérêt), perte d'intelligence (on suit la pulsion), matérialisme qui amène à négliger puis à perdre toute idée morale, spirituelle bref au moins 50% de soi, etc.

L'Islam n'est pas vraiment une barrière à la dérive libérale : plus matérialiste que spirituel (le bonheur promis est purement matériel, il n'y a pas de sanctification ni d'élévation spirituelle mais un ensemble de rites), inexistence de la personne, pas de vie personnelle mais poids de la société de l'oumma (du qu'en dira t-on).
Même s'il y a plein d'écoles, tout ceci demeure en commun
______

Écrit par : E Levavasseur / | 15/10/2013

@ Anne du Merle

> Historiquement, l'instance politique a été prépondérante dans l'histoire de l'islam; à tel point que certains ismaélites ont pu diviniser un de leurs califes! mais je ne crois pas que l'islam aboutisse « normalement » à la religion d'Etat. Les musulmans, je pense, ont des ressources suffisantes pour penser un islam conforme aux exigences démocratiques. Ce travail de relecture et de réactualisation de leur tradition, nombre d'entre eux l'ont déjà engagé. De toute façon, le mouvement inverse, impulsé notamment par Hassan al-Banna, est lui-même moderniste lorsqu'il imagine un islam d'antan qui aurait englobé tous les aspects de la vie personnelle, sociale et politique. La réalité était évidemment plus nuancée et certainement pas homogène ! Par exemple, l’école hanafite reconnaît un domaine du politique, de nature proprement contractuelle, qui lie le souverain à ses sujets indépendamment de leurs affiliations religieuses.
______

Écrit par : Blaise / | 15/10/2013

TEMOIGNAGE

> C'était peu après Noël il y a quelques années je sortais de Notre-Dame de Paris où je venais de déposer un message de paix au pied de la crèche et à la sortie tandis que j'admirais la façade illuminée un maghrébin m'aborde "c'est beau hein !".

Il était subjugué par le monument et la Foi qui l'avait porté, nous en sommes venu à parler de la Foi, je lui ai dit que je croyais que Dieu nous aime et qu'il est venu parmi nous pour nous sauver, il m'a dit que lui était musulman "c'est comme ça" m'a-t-il dit.

Au moment de nous quitter il me dit que ce qui le touche le plus dans la Foi chrétienne c'est que des hommes et des femmes donnent leur vie pour servir les autres : religieux, religieuses, prêtres.

Je suis tombé par terre : moi-même je n'y avais jamais songé, ni prêté attention !
______

Écrit par : DV / | 15/10/2013

LALETTRE DU PERE DE CHERGé

> "Je ne vois pas, (…), comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

C'est trop cher payer ce qu'on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,

surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'islam.

Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.

Je sais aussi les caricatures de l'islam qu'encourage un certain islamisme.

Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L'Algérie et l'islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.

Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie et, déjà, dans le respect des croyants musulmans.

Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :

« Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! »

Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.

Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l'islam tels qu'Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,

je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.

Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'auras pas su ce que tu faisais.

Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » en-visagé de toi.

Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen ! Inch' Allah.

Alger, 1er décembre 1993
Tibhirine, 1er janvier 1994

Christian de Chergé
______

Écrit par : Haglund / | 15/10/2013

LIBERALISATION

> En effet, ils se libéralisent** :

http://www.lepoint.fr/monde/en-iran-un-pere-pourra-epouser-sa-fille-adoptive-15-10-2013-1744281_24.php

En Iran, le Conseil des gardiens de la révolution a adopté une loi autorisant un père de famille à épouser sa fille adoptive dès l'âge de 13 ans.

ben quoi ? diront les pro Taubira.

**vous voyez ce que je veux dire.
______

Écrit par : E Levavasseur / | 16/10/2013

Les commentaires sont fermés.