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05/10/2013

Darwinisme social : France Inter vole au secours d'Amazon contre les petits libraires

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Ce matin, le chroniqueur Nicolas Beytout (Les Echos-Le Figaro-LVMH-Les Echos- L'Opinion) entreprend d'ironiser :

 


« La seule chose qui puisse rendre la gauche et la droite unanime c'est de faire un texte anti-libéral », proclame Beytout. Et de s'indigner que « toute l'Assemblée nationale » ait voté pour obliger les sites de librairie en ligne (Amazon etc) à facturer aux acheteurs les frais d'expédition, qui jusqu'à présent étaient gratuits : moyen de contourner la loi du prix unique du livre interdisant le dumping. Cette excellente loi, spécialité française, protège les petits libraires et contribue ainsi à défendre la vitalité économique des communes ; c'est contraire au darwinisme social du libéralisme, idéologie donnant raison aux prédateurs et tort aux humanistes... M. Beytout – grand esprit – trouve débile tout ce qui contredit le darwinisme : par exemple, protéger les libraires contre le tyrannosaure de la vente en ligne... Donc il ironise : « et pourquoi pas obliger Amazon à fermer chaque soir, comme les libraires », etc. C'est très fin.

Il est grotesque de prétendre (comme M. Beytout) que la classe politique communie dans l'antilibéralisme. La réalité est tout autre. La prochaine catastrophe financière globale approche : pour nous permettre de continuer à hyperconsommer, l'Etat s'endette auprès des banques, pendant que les banques jouent notre argent au casino mondial et ça va s'effondrer sur nos têtes ; pour tenter de ralentir le processus, l'Etat pourrait séparer les banques de dépôt et les banques de casino ; quand il a été question de le faire en 2013, la droite a boudé, et la gauche a voté un texte lamentable qui ne change rien. Quatre banquiers repentis (Christophe Nijdam, Jean-Michel Naulot, Jérôme Cazes, Thierry Phliponnat) s'indignent : « On a fait semblant de réguler... Les gouvernements acceptent la dictature des marchés... Pour sauver la place financière et leurs emplois, ils ont renoncé à désactiver cette centrale nucléaire bâtie en dehors de toute les normes de sécurité... Les activités de dérivés de BNP-Paribas sont plus grosses que celles de Goldman Sachs... Nous avons quatre banques systémiques sur les 28 recensées dans le monde, contre une seule en Allemagne... elles tiennent l'Etat et les contribuables en otages. [*] » Voilà pourquoi la droite et la gauche respectent la dérégulation ! Cette connivence dans le libéral est le résultat de l'inceste entre la classe financière et la classe politique. Mais M. Beytout et ses pareils ne veulent pas le savoir ; pour eux, « l'adversaire c'est l'Etat », comme si l'Etat n'était pas devenu l'annexe des banques. M. Beytout raisonne comme les charlatans d'il y a trente ans, quand son patron était l'illustre « BQ » : Bérard-Quélin, le fondateur du Siècle. Ces gens n'ont rien oublié et rien appris.

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[*] « Les repentis balancent – La crise financière de 2008 n'a pas servi de leçon. Il faut plus que jamais réformer le système. Une poignée d'anciens banquiers devenus lanceurs d'alerte osent enfin dire la vérité. » (Le Nouvel Observateur, 3/10).

 

Commentaires

"LE LIBERAL EST UN PERVERS NARCISSIQUE"

> C'est marrant ça, les mêmes libéraux qui s'indignent dès que (de plus en plus rarement) l'Etat s'autorise à poser une petite limite à la "libre entreprise" d'une multinationale, ils détournent la tête et la ferment poliment quand l'Etat prépare l'étouffement fiscal des petites structures alternatives comme les Amap. Là on ne les entend plus s'étrangler, et pour cause.
Les libéraux ne défendent pas la "liberté d'entreprendre". Il faut détruire ce mythe. Les libéraux défendent la toute-puissance "entrepreunariale", la "liberté" sans frein accordée aux mastodontes de l'économie de tout contrôler, de tout conquérir, de tout écraser sur leur passage. Rien d'autre. Toute faiblesse et toute vulnérabilité humaine est un frein au déploiement de force du projet libéral.
Mais non mais non dit le libéral pris la main dans le sac, sortant alors de son chapeau, dans un tour de passe passe dont il a le secret, les nobles vertus du droit, de la confiance et de la responsabilité individuelle.
Manipulateur né, entourloupeur rusé et habile, menteur en haut de forme, le libéral accomplit dans l'amour sans borne qu'il a pour lui-même et pour ceux qui lui ressemblent, est un pervers-narcissique.
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Écrit par : Serge Lellouche / | 05/10/2013

BEYTOUT

> Le premier argument de M. Beytout que vous citez est du pur libéralisme. C'est l'argument de l'héroïque défenseur de la Liberté contre les affreux étatistes. Il est utilisé depuis le siècle des Lumières. Son adéquation a la réalité n'a aucune importance. C'est un a-priori, un dogme, selon lequel tout défenseur du libéralisme a raison car il défend la liberté. C'est la liberté du riche, du puissant, du marchand, du financier.
Le deuxième argument est fascinant. Il est de cette eau qui a servi pendant la campagne qui a imposé le mariage pour tous. Sa débilité est évidente. Son efficacité est aussi puissante que sa débilité. Il est impossible de s'y opposer. Rappeler que c'est imaginaire n'amène rien. Ce n'est pas le point de l'argument. Le côté imaginaire de l'argument le met radicalement à l'abri de toute réfutation basée sur la réalité. En plus, il porte par son outrance. Des sentiments sont touchés. Les rieurs sont avec le gros diffuseur. Il se produit une ambiance favorable au gros qui est associé avec un sentiment agréable (le rire). Il touche chaque utilisateur d'Amazon dans ses habitudes. L'idée que protéger Amazon est défendre la liberté s'impose à tous ses utilisateurs. Nous avons là un argument irréfutable qui rend le riche et le puissant sympathique et défenseur de la liberté.
Le sentiment créé et son irréalité empêchent toute pensée divergente. Ils ferment la vision du monde de ses auditeurs à toute pensée divergente. Ils associent ses auditeurs au grand mouvement de notre société, le libéralisme.
Cette posture est née après les guerres de religion, s'est imposée aux Lumières, a triomphé durant le XiXe siècle, s'est suicidé durant les deux guerres mondiales et agonise maintenant.
Il faut passer à autre chose.
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Écrit par : DidierF / | 05/10/2013

PIRE QUE LE CASINO

> Casino? c'est encore trop indulgent de qualifier ainsi la finance mondiale, remarquait Olivier Delamarche à RND: un casino peut perdre et ses joueurs peuvent gagner. Mais dans le système actuels, particuliers, PME et institutions publiques perdent toujours. On dira que Lehmann brothers à perdu, mais ce n'est pas le public qui a récupéré les dépouilles.
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Écrit par : Pierre Huet / | 05/10/2013

Cher PP,

> petite précision au sujet de mon commentaire précédent. Je n'ai pas dit en bloc «le libéral est un pervers narcissique». Ou alors je me suis mal exprimé, c'est plus que possible.
Je ne parlais pas du libéral "lambda", assez conformiste socialement et intellectuellement, marqué au fer rouge par quelques années en école de commerce, à l'esprit malléable, triste et attiédi par une vie bornée au seul horizon de «sa petite affaire».
Je parlais du libéral déterminé, militant, accompli dans toute la logique effrayante de l'individu enfermé dans la contemplation admirative de lui-même, de ce qu'il croit être «sa réussite sociale» et qui est, il le verra un jour, sa misère existentielle et spirituelle. Comme on le sait, les individus au sentiment de toute puissance sans limite, exerçant sur leur environnement familial et professionnel une emprise séductrice et manipulatrice absolument destructrice, n'ont jamais psychiquement coupé le cordon avec leur maman. En tout cas, les témoignages de leurs victimes ne cessent de se multiplier! Ne pouvant fonctionner que dans le déni du réel (sans quoi il s'écroule), le pervers narcissique propage partout autour de lui l'idée que le malade c'est bien sûr sa victime, mais évidemment pas lui (la preuve il est chef d'entreprise ou il a un poste à l'université).
Là oui, on est dans les ténèbres et dans la psychiatrie. On peut d'ailleurs s'en référer à ce sujet à l'ouvrage récent du psychiatre Dominique Barbier qui établit un lien directe entre « la fabrique de l'homme pervers » (titre de son livre) et les soubassements anthropologiques et psychiques du libéralisme.
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Écrit par : Serge Lellouche / | 05/10/2013

UN ETAGE DE PLUS

> Bonjour PP. L'Etat qui s'endette auprès de banques qui jouent notre argent au casino, celui des épargnants et des déposants (tout le monde n'a pas les moyens d'être épargnant), c'est déjà dépassé ! On peut en dire autant des collectivités locales et du "système DEXIA". Aujourd'hui, l'Etat sous la houlette de "la réformatrice de la décentralisation" s'apprête:
1- à "décentraliser une partie du fardeau de sa dette" auprès des collectivités locales, donc de continuer à s'endetter grâce à la solidarité nationale. Merci Mme Lebranchu pour ce cavalier budgétaire adopté ou sur le point de l'être.
2- à faciliter le financement des collectivités locales ! Les banques ne vous prêtent plus, chères collectivités? Oh mes pauvres choux! Papa Hollande et Maman Lebranchu sont là. Vous allez pouvoir constituer des sociétés locales de financement autorisées à lever des fonds en faisant appel public à l'épargne (des obligations). Donc si d'aventure les banques ne financaient pas ces structures par des prêts à gestion "collective" (on fait miroiter des taux plus alléchants par négociation groupée en omettant qu'une collectivité mal gérée adhérant au groupement fera peser ses légèretés sur les autres adhérents...), il serait possible de faire valoir son "profil financier" auprès des spéculateurs de tous poils, et des petits épargnants confiants...
DONC ça rajoute un étage au casino financier public pour faire face notamment aux besoins cruciaux d'investissement des grosses collectivités (régions et départements, agglomérations).
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Écrit par : christ hope / | 07/10/2013

ILS ONT DU MAL

> Il y a quand même un détail qui me chiffonne dans le texte que vous citez des banquiers repentis, c'est l'idée qu'il y a 28 banques à risques systémiques dans le monde (un peu de sérieux, messieurs), dont bien sûr surtout en France - mais comment donc... Voilà qui prouve qu'on a beau être repenti, on a du mal à se sortir du formatage intellectuel subi tant d'années et qui entraîne une classification des nations en bonnes (celles dont on feint de croire que les populations acceptent d'un coeur joyeux la mondialisation et la dérégulation) et en mauvaises (essentiellement la France, comme si la réelle aversion d'une bonne partie de la population pour le libéralisme y avait la moindre conséquence sur les choix des dirigeants). D'où cette niaiserie sur BNP plus exposée que Goldman Sachs et sur l'Allemagne moins exposée que la France. Comme s'il y avait de bons élèves, qui comme par hasard sont les plus ardents hérauts du système. Compte tenu de la surexposition des banques régionales allemandes aux produits toxiques (qui explique une bonne partie de l'attitude de Mme Merkel pendant l'affaire chypriote) et de l'interpénétration mondiale des produits financiers dans un monde où même la Chine titrise désormais très officiellement sa dette colossale, ces distinction de docteurs subtils sont absurdes et montrent qu'il est décidément très dur de s'extraire d'un mode d'analyse libéral dans lequel les pays sont classés non selon leur situation réelle mais selon l'image qu'on se fait, à tort ou à raison, de leur inféodation au grand mouvement de libéralisation financière et actionnariale.
Pour le reste, rien à redire à votre analyse.
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Écrit par : Christian / | 07/10/2013

Désolé:

> Si la culture est un droit, le fait de vivre en milieu rural ou dans de petites villes en est un autre, voire, pour certains, une obligation.
Ce fait ne doit donc pas faire oublier que le livre peut être lu, y compris par les "bouseux" de la France profonde.
Je défendrai bec et ongles les sites de vente en ligne tel qu'Amazon qui me permettent de pouvoir me procurer, sans surcoût de port (ce dont sont exempts les citadins) et sans critiques, les livres que je souhaite!
Pourquoi?
Il n'y a plus qu'un seul vrai libraire dans la ville moyenne proche de mon lieu d'habitation. Je fréquentais beaucoup sa boutique, fort belle, mais j'ai renoncé.
Pourquoi?
1) Si la commande est faite le lundi il faut attendre la livraison de la semaine d'après pour espérer avoir l'ouvrage, avec souvent un "oubli" du livreur, ou de la centrale de livraison.
2) Il faut venir avec le code ISBN si on veut qu'il n'y ait pas d'erreur.
3) Et puis ces remarques désobligeantes, qui m'ont été faîtes: " Eh, bien vous, vous avez de l'argent pour acheter autant de livres!", ou "Ah, non, je ne veux pas vous commander cela, c'est de droite (un ouvrage publié par la revue Commentaires)", ou encore, très fort également dans le magasin "Il y a bien que vous pour lire un truc comme ça (un essai philosophique du Père Marie-Dominique Philippe)" ...
Veuillez m'excuser de ne pas lire l'artillerie des super-marchés!
Donc pour moi le recours est bien dans la commande aux sites de ventes en ligne qui m'exonèrent de la "taxes des provinciaux" que sont les frais de port!
Un bémol vis à vis d'Amazon, important quand même: son quasi refus de travailler avec la Poste, préférant (question de marges arrières sans doute) utiliser des distributeurs privés qui refusent de venir dans certains endroits, trop loin et pas rentables et laissent dans des points relais, dans lesquels je dois me rendre, alors même que je ne choisis jamais cette option!......
Conclusions:
- Interdire à l'Homme de vivre dans la nature
- Interdire toute lecture à la campagne.
- Le culture, la vraie, celle du papier et non des écrans, doit être réservée à l'élite urbaine ...
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Écrit par : Albert E. / | 07/10/2013

L'ARGUMENT

> Bonjour,
L’intérêt immédiat de tout producteur est antisocial. Favoriser les libraires au détriment d'un concurrent moins cher est contre le bien commun.
L’intérêt général réside dans celui du consommateur.
C'est là l'argument le plus puissant des libéraux sur ce sujet, le fait que vous ne le mentionnez pas est surprenant.

Une bonne critique du libéralisme prendrait comme point de départ ces deux textes:
http://bastiat.org/fr/abondance_disette.html
http://bastiat.org/fr/petition.html

Le fait que les états s'endettent est me semble-t-il hors sujet.
Cordialement
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Écrit par : Affreux Libéral / | 13/10/2013

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