15/10/2026
Hyperviolence de jeunes : le système est en cause

Quand l'Etat appelle "terroristes" deux enfants névrosés de 14 et 13 ans, c'est que le système global est devenu fou et que nos politiques sont inaptes à s'en rendre compte :
Collège Lakanal à Aubagne (Bouches-du-Rhône), 12 octobre, 9h30 : un élève de 14 ans arrive porteur d'un étui à guitare. Il en sort un fusil de chasse, monte au premier étage et et ouvre le feu sur deux enseignants présents dans le couloir. L'un, 57 ans, est atteint à la hanche. L'autre, 37 ans est touchée à la cuisse. Un conseiller d'éducation intervient et désarme le garçon qui redescendait l'escalier. "C'était un collégien comme les autres", disent les enseignants... Le ministre Geffray dénonce "un acte inadmissible qui témoigne une nouvelle fois du développement d'une violence débridée dans notre société".
Mais d'où vient cette violence ? Dans l'ordinateur du gamin, la police découvre qu'il fréquentait une plateforme américaine nommée True Crime Community (TCC), carrefour d'individus que fascinent les tueries. TCC fonctionne comme tous les réseaux sociaux : un algorithme met en rapport les internautes les uns avec les autres par affinités, selon la nature et le degré de leurs motivations, ce qui crée entre eux de petits forums d'obsessions. Voire de surenchère. Cependant TCC n'est pas une "organisation" dotée d'une stratégie et à laquelle on puisse "adhérer". TCC ne donne pas – comme font les sites djihadistes – de consignes d'action ou de tutos de fabrication de bombes. Parmi son public hétéroclite "on trouve des individus qui varient beaucoup, de la curiosité morbide jusqu'à, pour certains, l'émulation et la volonté de passer à l'acte", explique le chercheur Alexandre Rodde à France Info. Chez ceux des accros de TCC qui veulent passer à l'acte, précise-t-il, ce qui les attire n'est pas telle ou telle idéologie : "c'est avant tout la fascination pour la violence, la volonté de se placer dans une lignée d'assaillants en commettant une attaque eux-mêmes... S'il y a entre eux une tendance commune, ajoute Rodde, c'est un nihilisme qui mène à chercher "par différentes actions" à "détruire la société et ses valeurs en commettant des actes qui soient les plus violents et les plus sadiques possible. La particularité est une absence de règle totale, et les deux principaux types de violences valorisés sont les attaques en milieu scolaire et l'extorsion sexuelle en ligne".
Ainsi TCC n'est qu'un piège à sociopathes : ce n'est pas une "mouvance terroriste" organisée, comme l'ont annoncé trop vite certaines chaînes. Néanmoins le gamin d'Aubagne est mis en examen pour "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste". Pourquoi ? Parce que le Parquet national antiterroriste (PNAT) – saisi de l'affaire – pense avoir épinglé, parmi le flot de divagations des amateurs de TCC, des échanges entre le gamin d'Aubagne et un autre encore plus jeune : un pré-ado de 13 ans dont la famille habite le Nord. Selon nos pouvoirs publics, un gamin sociopathe est un cas individuel mais deux gamins sociopathes sont une "entreprise terroriste" ! Avec ce raisonnement, le PNAT manifeste une propension à ne pas voir les choses comme elles sont.
A la réalité nos officiels préfèrent leurs idées fixes. C'est pour se protéger. Parler de "terrorisme" permet d'en rester aux catégories familières, et de ne pas regarder en face une situation qui exigerait une certaine fermeté de l'Etat. Que dit la réalité ? Que le problème de la violence chez de jeunes Français vient d'une décomposition sociale dont profitent des prédateurs. L'irruption de l'hyper-individualisme et l'érosion du modèle familial (hérité du vingtième siècle) ont livré l'adolescence à la solitude et aux e-malfaiteurs installés dans l'impunité. Ni les familles ni l'école ne peuvent savoir ce qui se passe entre le jeune et les réseaux où il tourne en rond. D'où l'épouvante des parents lorsque leur ado commet un crime. D'où l'horreur des enseignants constatant la même chose de la part d'élèves. Nos jeunes sont sans défense devant les réseaux sociaux, leurs parents (déjà submergés par la vie quotidienne) se sentent impuissants, et "l'école républicaine" se trouve moralement et matériellement désemparée... Redresser une telle dissociété serait une tâche surhumaine dont aucun de nos pseudo-politiques n'est capable. Au moins le pouvoir pourrait-il bloquer l'invasion électronique des profanateurs de jeunesse : il en aurait les moyens techniques. Cela ne dépendrait que d'un feu vert du chef de l'Etat. Mais il lui manque deux choses, comme disait de Gaulle à propos d'Albert Lebrun : "qu'il fût un chef, qu'il y eût un Etat".

19:26 Publié dans Réseaux "sociaux", Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aubagne, violence


Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.