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08/10/2026

Cinq réflexions sur une situation scabreuse

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Un point chaud, la semaine dernière.

Cinq aspects problématiques dans l'exploitation que la classe politico-médiatique (gauche, centre et droite) fait du "mouvement lycéen" :


1. Entre deux voyages internationaux inutiles, Emmanuel Macron se pose en juge de ses ministres et de la police dans la crise des lycées. Comme s'il était encore en position de juger qui que ce soit ! Si le délabrement de l'Éducation nationale est sans solution finançable, c'est que l'Etat insolvable croule sous la dette. Certes nous en sommes là pour des raisons issues des règnes de Giscard, Mitterrand et Chirac. Mais Macron a décuplé le problème en jetant l'argent par les fenêtres depuis dix ans : il semble croire que son standing exige la prodigalité. Et ne voit aucun lien entre cette prodigalité et l'impasse actuelle... alors que tout le pays l'accuse d'avoir cramé la caisse. Inapte à l'autocritique, de quoi cet homme sera-t-il encore capable durant ses six derniers mois ? C'est un sujet d'inquiétude.

2. La presse titre : "Lycées, la crise que l'exécutif n'avait pas vu venir"... Journaliste depuis 1972, j'ai vu défiler beaucoup de "crises lycéennes" et de "crises étudiantes". Et chaque fois l'exécutif ne les avait "pas vu venir" !  À quoi sert un ministre de l'Éducation nationale s'il ignore le climat des lycées et des universités ? Cette cécité-surdité est institutionnelle. Sans doute vient-elle d'un système politique muré en lui-même, loin des réalités.  Que l'exécutif soit aveugle et sourd explique la ringardise de ses réactions aux événements (que les dirigeants "n'avaient pas vu venir"*). Ça explique aussi l'emprise de l'ultragauche sur le milieu scolaire.

3. Sur cette emprise, je cite Françoise Fressoz ** : "Les lycées brûlent sous le regard de LFI qui se demande jusqu'où alimenter le feu sans trop affoler le bourgeois (...) Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis, s'enferre dans des propos alambiqués en estimant que 'la violence peut être légitime même s'il vaut mieux l'éviter' (...)  Les scènes réitérées de violence, la destruction du mobilier urbain et parfois même d'établissements scolaires qui venaient tout juste d'être rénovés, choquent l'opinion et accentuent le handicap dont LFI et son mentor souffrent : Jean-Luc Mélenchon fait peur, et, ce faisant, il sert de repoussoir non seulement à l'extrême droite et à la droite, mais aussi à une partie de la gauche qui refuse de se retrouver complice".

4. Parmi les journalistes du service public, combien de proxy de LFI ? Beaucoup, à en juger par leur promptitude à relayer la version Panot-Guetté des événements. Par exemple : France Inter et France Info, alimentées par des sites d'influenceurs LFI, claironnent aujourd'hui "le blocage de la fac d'Assas par ses étudiants". Il se trouve que je suis directement informé de ce qui s'y passe. Les deux cents personnes venues depuis 6h30 ce matin devant cette fac (avec Internationale et drapeaux palestiniens) étaient un échelon précurseur de la manifestation de l'après-midi. Il s'agissait de commencer par mimer le blocage de la fac de droit – et de sa voisine la Catho – avec des militants rameutés de partout sauf d'Assas, que ses étudiants de 2026 décrivent comme "la fac la moins politisée de France"... Cela n'empêche pas Radio France de proclamer en boucle la version LFI des faits, en affirmant qu'Assas "a décidé le premier blocage de son histoire" avant de "rallier la manifestation des syndicats étudiants et lycéens" ! Mais dans la manif, cette mise en scène d'un pseudo-ralliement d'Assas ne s'est concrétisée finalement que par une petite escouade sous une peu convaincante banderole "Assas antifa" (avec le A cerclé, symbole de la fantomatique Fédération anarchiste).

5. Choquante aussi, la façon dont CNews, avant-hier, opposait deux populations françaises : d'un côté la foule "bienveillante" de la grand-messe parisienne du pape, et de l'autre côté la foule "haineuse" des manifestations lycéennes. En présentant ces deux sortes de populations comme ennemies dialectiques, les journalistes de M. Bolloré montrent qu'ils n'ont pas écouté le pape. Léon XIV met en garde contre "ce qui oppose pour diviser" ! Si la haine joue un rôle évident dans les émeutes, les chrétiens n'ont pas vocation à servir de symbole anti-gauche. Le Christ dans l'évangile dissuade Pierre de dégainer son glaive. La mission des croyants est tout autre, même si CNews – et a contrario Le Monde – prennent le catholicisme pour une annexe de la droite identitaire.

6. Reste la chose la plus trouble. Toutes les violences urbaines ne sont pas le fait d'agitateurs professionnels. Nombre d'entre elles sont commises par de vrais lycéens. Par exemple ceux qui tirent sur leur proviseur une bombe de mortier pyrotechnique. Ou ceux qui ont incendié le lycée Mandela à Nantes, etc. D'où vient cette férocité inédite de la part d'adolescents ? La "politique" n'y joue peut-être pas le rôle principal. Quelque chose de psychiatrique pourrait être en jeu. Ce serait alors un problème médico-social... Nos grands médias n'en disent évidemment pas un mot, mais la question se pose.

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(*)  M. Macron offre une fois de plus "empathie" et "grand débat" : encore des postures. Et des mots voués à l'oubli désinvolte, comme chaque fois, alors que les lycéens sincères  demandent du concret. Entre autres : a) la fin du stress de Parcoursup, b) des emplois du temps plus équilibrés... Cette dernière demande ne pourrait être résolue qu'en supprimant par exemple les absurdes vacances de la Toussaint. Or l'Etat ne peut pas réduire les vacances scolaires : le lobby du tourisme le lui interdit.

(**)  Le Monde, 7/10.

 

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Commentaires

SUBSTANCES ET COMBAT DE RUE

> Belle lucidité résumée en quelques points.
Votre point 5 m'incite à ajouter quelque chose qui, curieusement, passe totalement sous les radars des commentateurs, journalistes ou politiques : c'est l'emprise des "substances" sur une grande partie de ces jeunes. Il faudra donner leur place dans les débats aux soignants qui voient chaque jour les dégâts, parfois irréversibles, produits par les 50 types de substances, y compris les drogues cultivées (mais presque en minorité actuellement), et ce pour quelques euros. Une grande partie de la violence est à attribuer aussi à l'emprise de ces drogues modernes ou anciennes qui touchent un tiers des jeunes. Mais avant même de voir cette violence en actes, il y a les atteintes psychiques, des maladies sournoises, le tout renforcé par un climat d'abandon, c'est évident. Bref, de nombreux ingrédients sont à l'oeuvre dans ce qui se passe, goutte d'eau qui fait déborder des vases de mal-être. Je n'en dis pas plus.
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Écrit par : Versaux / | 09/10/2026

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