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30.04.2008
L'affaire de Meyzieu : pourquoi cette forme de violence sans précédent ?
Les mobiles sont tristement classiques. Ce qui ne l'est pas, c'est le passage à l'acte :
La note du 27/04 posait la question : quand va-t-on lancer une enquête psychosociologique sur les mobiles (mentaux) des jeunes profanateurs de cimetières ? La même question peut être posée à propos des tueries collégiennes : non les violences entre bandes, mais la vogue américaine des carnages gratuits. La France en était indemne, mais cette vogue semble maintenant avoir traversé l’Atlantique. D’où l’affaire de Meyzieu. Voici où en est l’enquête :
<< Le collégien interpellé lundi après avoir poignardé trois camarades dans leur établissement à Meyzieu (Rhône), avait "prémédité une tuerie" et ciblé 7 ou 8 camarades "avec qui il ne s'entendait pas", a indiqué mardi le procureur de la République de Lyon.
Très "inspiré des tueries aux Etats-Unis" sur lesquelles il s'était documenté, l'agresseur présumé, âgé de 15 ans, fomentait des projets macabres depuis fin 2007, a révélé Xavier Richaud, le procureur de la République de Lyon. Il s'en était d'ailleurs ouvert à des amis qui avaient tenté de le dissuader. Peu de temps avant son acte lundi, il avait également envoyé un SMS à un camarade pour le prévenir.
A l'origine de ce geste, un règlement de comptes et un profond mal-être. L'adolescent nourrissait un fort ressentiment à l'encontre de plusieurs camarades de classe et "était déterminé à régler ses comptes" avec eux, a indiqué M. Richaud, même si l'existence d'une liste des élèves à "éliminer" n'a pas été retrouvée sur son ordinateur, saisi par la police. "Il se sentait victime de railleries, de moqueries à la fois sur son nom patronymique et son physique", a ajouté le procureur.
Fan de hard rock, guitariste dans un groupe, amateur de "jeux video où on tuait", l'adolescent, corpulent et au look gothique, se sentait "différent" et aurait "très mal vécu d'être rejeté" par d'autres élèves, a-t-il expliqué. Deux des collégiens blessés ont reconnu que leur agresseur présumé servait de "souffre-douleur", en précisant qu'il avait été victime du jeu de "la boulette" qui consiste à taper à plusieurs sur un camarade. Le jeune garçon, qui n'a aucun antécédent psychiatrique ou judiciaire, aurait "dès lors prémédité une tuerie depuis plusieurs mois", en ciblant 7 ou 8 élèves, selon le magistrat. Lors de son audition mardi par la police pendant laquelle il n'a exprimé aucun regret, il a avoué que se trouvaient dans la deuxième salle de cours - celle où il a blessé grièvement un garçon au thorax - "deux autres personnes qu'il aurait bien aimées tuer", mais que celles-ci étaient trop éloignées. Après avoir blessé au couteau de cuisine trois de ses camarades âgés de 14, 15 et 16 ans, l'agresseur présumé a pris la fuite, "s'est frappé d'un coup de couteau dans le cou et s'est coupé les tendons du bras gauche", a confirmé M. Richaud, ce qui a nécessité son hospitalisation. "Il dit qu'il avait envie de se suicider mais je pense que c'est un appel au secours", a estimé le procureur. >>
A en juger par les déclarations du procureur de Lyon, le satanisme ne serait pas impliqué (sauf l’allusion au look « gothique » : mais c’est insuffisant). En revanche, la sous-culture média-musicale est en cause. Le collégien était gavé d’informations sur les tueries américaines, habitué des tueries de jeux vidéo et familier du hard rock où l’on tue beaucoup en paroles. Cet enfermement psychologique semble avoir permis le passage à l’acte.
Mais les mobiles, eux, sont d’une banalité tristement classique : c'est le gamin harcelé par d’autres gamins. Le jeu de la « boulette » existait déjà à l’époque du Petit Chose. Et l’envie de tuer ses persécuteurs a été l'obsession de générations de collégiens persécutés.
La différence est qu’autrefois, ce désir restait un fantasme. Aujourd’hui, l’air du temps pousse à la réalisation. Elle s’opère à l’aide d’armes à feu aux Etats-Unis. En France elle débute au couteau, mais on ne tardera pas à passer au revolver : comme diraient mes confrères de la télé, tablons sur « le rêve américain »... Relire à ce sujet les réflexions de Benoît XVI (à Washington) sur le climat d'hyper-violence qui imprègne les médias US. Cette analyse sévère, quoiqu'exprimée par le pape avec une grande clarté, n'a pas eu l'heur d'être retenue par les sites bien-pensants français. Allez savoir pourquoi ?m
09:46 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : meyzieu, violence scolaire, gothique, hard rock, columbine


Commentaires
PAS D'EXEMPLE
> J'ai en effet beau chercher dans mes souvenirs, je ne vois pas d'exemple de tueries (ou tentatives) style Columbine dans des collèges ou lycées français. Qu'en disent nos amis enseignants ?
Ecrit par : Churubusco | 30.04.2008
LA DIFFERENCE
> Il y a une différence, c'est qu'en France un gamin a plus de mal qu'aux USA à se procurer une arme à feu. Là-bas au contraire il le peut sans problème grâce à la vente libre, pour laquelle le "grand chrétien" (parait-il) Charlton Heston a milité toute sa longue vie ! Non, le rêve américain, pardon !
Ecrit par : dcd | 30.04.2008
CHARLTON HESTON
> je vous renvoie à mes précédents commentaires sur le documentaire de Michael Moore "Bowling for Columbine", où en effet Charlton Heston n'est pas aussi brillant que dans les Dix Commandements. A voir et à revoir... d'urgence !
Ecrit par : Frederic Ripoll | 30.04.2008
VIOLENCE SCOLAIRE
> Si vos informations sont vérifiées nous avons affaire à un schéma tristement classique : un ado victime de la violence qui a cherché à se venger. Heureusement en effet qu'il est pratiquement impossible pour un mineur de se procurer une arme à feu .
Un autre point sur lequel il faudrait réfléchir : la violence en milieu scolaire et tout particulièrement sur les cours de récréation. Il y a de moins en moins d'adultes dans les collèges et lycées , en général un surveillant pour 350 élèves ce qui explique que les ados se livrent sans controle à des jeux de + en + violents . Après , bien entendu se pose la question des valeurs humaines , et du respect et de la discipline mais le sujet devient trop vaste .
Ecrit par : horus | 30.04.2008
L'EDUCATION
> Il est clair que le climat de violence qui règne sur notre époque est le terreau des actes gratuits de nos adolescents. La télévision, les films, les jeux vidéos, les livres même, ne sont que des moyens de plus au service de cette violence ambiante et incessante.
Cependant on ne m'enlèvera pas le fait que le fond du problème est éducatif. La dislocation de la famille, la disparition du père sont les verrous qui, ouverts, permettent le passage à l'acte. Les journalistes refusent aujourd'hui d'accuser les parents or ce sont bien eux qui sont responsables de leurs enfants. A notre époque, l'adulte n'existe plus, nous vivons entourés d'adolescents de 30, 40 ou 60 ans qui refusent de devenir adultes. Tout simplement parce que être adulte, c'est être responsable.
La famille, pierre d'angle de la société, a tant besoin de nos prières.
Ecrit par : Vincent | 30.04.2008
ENSEIGNANT
> Un commentaire d'enseignant ? L'évocation des "jeux video où on tuait", qui vient s'ajouter à la médiatisations des tueries précédentes, n'est -à mes yeux- pas anodine. Nos élèves, baignés d'images violentes (reportages, films, jeux), ont de plus en plus de mal à faire la distinction entre le Réel et le Virtuel. La barrière entre le fantasme et le passage à l'acte s'estompe. Cette confusion est d'ailleurs particulièrement saillante dans une autre "mode" anglo-saxonne : le "happy slaping". Face au conseil de discipline, l'élève qui filmait avec son portable l'agression commise par son camarade n'a jamais vraiment compris ce qu'on lui reprochait...
Ecrit par : Ren' | 30.04.2008
EN FRANCE, JE NE VOIS PAS
> J'ai beau chercher , je ne vois pas de cas semblable à Colombine en France. A part, mais c'est hors contexte scolaire, le cas de ce jeunes dans les années 90 à Draguignan qui avait déambulé en tirant à la 22lr sur tout ce qui bougeait. il avait été reconnu malade mental. Je vois quand même une différence entre l'époque du petit chose et actuellement. Il s'agit de la profondeur et de la durée de la persécution. il y eu une enquête sur le harcèlement scolaire dans notre académie et le phénomène devient extrêmement préoccupant. A cela, je pense, la démission des adultes (à l'époque du petit chose, le pion ou le prof intervenait et ce n'est pas tant le nombre de pion qui pose problème que son attitude face à certains comportements, ainsi que celle de la hiérarchie, de la justice, des parents, bref des adultes!) et notre société qui détourne et exacerbe tout en mutilation ou destruction. On ne rigole plus, on "casse" l'autre; on ne bouscule plus le petit 6e dans le couloir, on le balance dans l'escalier pour voir comment il roule (ou par dessus comme je l'ai vu une fois); se faire mal, détruire devient "marrant" (cf les jakass ou mickaël Youn) etc. On a franchi un degrés dans la gravité de la persécution de la tête de turc comme on a franchis plusieurs degrés dans la violence, la pornographie, etc de nos médias (dans lesquels je classe les jeux vidéos). Et nos jeunes sont seuls face à de déferlement. Certains en deviennent totalement nihilistes et ne se sentent exister que par des comportement hors normes y compris physiquement. Ils sont dans le "no limit" (quelque part comme un certain Kerviel?)
Ecrit par : vf | 30.04.2008
MEDIATIQUE
> On ne peut pas réduire cette question à un épiphénomène.
C'est malheureusement la facilité de s'émouvoir sur la désespérance d'un jeune plutôt que de s'interroger sur un phénomène bien plus global.
Il y a une certaine indécence à le faire seulement par opportunité médiatique tout en l'ignorant par confort le reste du temps, alors qu'elle est importante.
Elle fait l'objet de nombreux travaux, intéresse de nombreux chercheurs et emporte des conséquences tant financières, sociales qu'humaines.
Est-il chrétien de s'offusquer de temps en temps ? Drôle d'humanisme que de s'épancher seulement de temps en temps.
Ecrit par : Witt | 30.04.2008
COMMENT FAIRE ?
> Je pense aussi qu'est en cause la pression sociale destructrice qui pèse sur les collèges et surtout sur les lycées. Oui, la violence à l'école a toujours existé. Mais peut-être atteint-elle ces derniers temps un tour différent. Elle est l'exutoire d'une génération sans avenir, sans espérance. Je pense que la violence est devenue pour beaucoup la seule alternative à l'auto destruction (boulimie/anorexie/drogue/vie virtuelle/...) et à la débauche généralisée.
N'oublions pas que la violence est un mode de communication. Je me permet d'émettre l'hypothèse, parce que j'ai moi aussi très mal vécu ma scolarité, que cette violence est au fond moins destinée aux élèves qu'à l'institution scolaire dans son ensemble, voir à la société. Le jeune homme savait l'impact médiatique et symbolique de son acte (il s'est documenté). C'est comme si, en reproduisant ce massacre, il voulait infliger en acte le désespoir intérieur qui le rongeait. Le fameux "passage à l'acte" s'explique par le fait qu'il considère déjà son existence comme anéantie et n'a plus vraiment peur de perdre quoi que ce soit.
N'importe quel élève d'aujourd'hui porte en lui les stigmates d'une socialisation aliénante, que ce soit l'adhésion à une mode qui transforme l'ado en objet (mode bourgeoise "tektonik", gothique, metal, skateur, teufeur,...), la fuite dans les loisirs virtuels, l'oubli dans le travail (acceptation totale de l'échelle de valorisation sociale "officielle", qui me paraît aujourd'hui très dangereuse)...
Nous sommes les premiers à accepter que la position convenable à tenir aujourd'hui est une certaine marginalité, un retrait par rapport aux mouvement de foules. Il faut se poser la question : comment faire dans un collège/lycée, milieu proche des milieux carcéraux (par les contrôles, la surveillance et l'ultra-proximité), pour échapper à une conception de l'existence ultra-matérialiste et absurde ?
Les médias ont tendance à mépriser les jeunes, ils ne se rendent pas compte du combat mené par certains pour rester hors de l'enfer qui est la norme. Toute violence venant d'un jeune aujourd'hui nous montre ce que tous vivent intérieurement sans le montrer.
Ecrit par : Quentin | 30.04.2008
A QUENTIN
> Comment faire pour échapper à l'ultra matérialisme dans un milieu scolaire qui l'amplifie? Créer son école . j'y pense depuis des années mais je bute toujours sur le problème du financement de la scolarité car je refuse de faire une école ghetto de bcbg à 15000€ l'année d'étude. Et quoi qu'on en dise, les école hors-contrat, malgré tout le mérite et la qualité de certaines, restent des écoles pour bourgeois friqués. Alors, si vous avez une idée, je suis preneur.
Ecrit par : vf | 30.04.2008
moi je m'attarderai, sur la souffrance profonde et entière de ce jeune devenu bourreau !
les autres qui se sont faits agresser à coup de couteau, ont reconnu l'avoir tabassé, j'imagine avec un plaisir monstrueux de puissance et de suffisance, digne de vrais dictateurs comme il y en a en vérité à la tête de certains états dans le monde!
cette malheureuse victime est alors lui aussi devenu un horrible tortionnaire à la puissance mille, par rapport à sa souffrance originelle;
la haine de plusieurs sur un seul, à transformer ce dernier en un bourreau des précédents !!
la haine a fomenté une haine encore plus farouche : voilà un cursus bien connu de tout le monde depuis la nuit des temps !
Seule la mort du Christ, nous montre "le Chemin, la Vérité et la Vie", car sur le bois de la croix, Il a demandé pardon à ses bourreaux, en affirmant clairement leur ignorance de ce qu'ils faisaient; c-a-d, non seulement leurs ignorances de "qui Il était vraiment", mais aussi leurs ignorances en Amour pour leurs prochains.
le pardon à vaincu la haine, mais si certes, on pourrait commenter par : le Christ mourant ne pouvait à cet instant chercher une revanche puisqu'Il pendait au bois du supplice; il n'en reste pas moins qu'Il a Lui même demandé à son Père, présent dans les cieux et acteur en grâce (où en "disgrâce"-si l'on peut dire-), de pardonner (comme Lui aussi pardonnait du fait même de cette demande si particulière à son Père), pour que le lignage de la haine se stoppe définitivement, en cet instant;
Sur terre, restait en revanche Marie, sa si douce maman, qui pleurant de tout son coeur, la mort et le supplice de son Divin Enfant, aurait pu demander où souhaiter une vengeance à l'encontre de cette mort? Mais NON, Marie Elle aussi ne demanda ni ne souhaita un seul instant la réalisation de cette vengeance; en fait Elle n'y songea même pas; Elle resta pure de tout pêché à cet instant, et s'offrait par contre toute entière dans la souffrance, à la volonté du Père, selon la prophétie de Syméon (luc 2,22);
Certains théologiens catholiques vont désormais jusqu'à dire, qu'Elle acquis à cet instant, le titre de co-rédemptrice, c-a-d avec-le rédempteur, du fait de son coeur immaculé
Ecrit par : jean christian | 30.04.2008
WILLIAM GOLDING
> Sur cette question, un article intéressant est paru dans le Daily Telegraph le 11/04/08.
http://www.telegraph.co.uk/money/main.jhtml?xml=/money/2008/04/11/do1101.xml&DCMP=EMC-new_11042008
L'auteur nous rappelle que les grands écrivains ont souvent une sorte de double vue qui leur fait anticiper les évolutions profondes de la société. En l'occurence le roman de William Golding 'Sa majesté des mouches' (Lord of the flies, également adapté au cinéma par Peter Brook) décrit la régression vers la barbarie d'un groupe de jeunes choristes dont l'avion s'écrase près d'une île déserte.
Que se passera-t-il lorsque ces adolescents parviendront à l'âge adulte? La différence sera peut-être qu'ils trouveront alors des justifications idéologiques pour s'entretuer massivement. Mais après tout les sacrifices d'enfants sont peut-être l'horizon indépassable des sociétés sans Dieu (Celui qui arrêta le bras d'Abraham).
xb
[ De PP à XB - "Sa majesté des mouches", avec le film qui en fut tiré, est une formidable allégorie de la condition humaine, de la naissance des paganismes, et du réalisme envers l'enfance. Se rappeler aussi que le titre lui-même du roman est la traduction du nom de l'idole Baal Zeboub ! Golding est aussi l'auteur d'un des plus grands romans navals qui soient ("La cuirasse de feu"), qui est aussi un roman sur la névrose que représente un certain rapport - faussé - à la religion. ]
Cette réponse s'adresse au commentaire
Ecrit par : xb | 01.05.2008
ENSEIGNANTE
> Il est difficile d'expliquer pourquoi ce jeune garçon est passé à l'acte mais la raison première est qu'il n'était pas aimé.Je suis enseignante dans une "petite ville tranquille" et j'ai vu, chaque année des méchancetés telles contre des élèves timides et sensibles que j'en ai été horrifiée.Mon premier cours de l'année consiste à dire "ne vous moquez pas!".Il est de bon ton de démolir les élèves les plus fragiles.Par exemple, un jeune tout seul dans la cour et qui en souffre, se fait traiter de "SP" (sans pote") avec mépris ,ce qui l'enfonce encore plus, puis il se fait cracher dessus.Ca ne m'étonne pas qu'un jour cette victime de la cruauté des collégiens devienne violente.
Ecrit par : davanture | 01.05.2008
MORT AUX FAIBLES !
> Que dit l'enseignant devant ce fait pas si divers ?
Il dit qu'il veut se battre contre son temps (mauvais) qui s'abat sur les faibles.
Il dit qu'il veut revenir aux Béatitudes, aujourd'hui inversées.
je règle mon pas sur le pas du plus faible.
Par pitié, et par intérêt bien compris.
Il dit qu'il est triste de voir des vies brisées dans leur envol parce que laissées au gré du vent.
Au gré de désirs fous qui prennent leur mors aux dents.
il voudrait ciseler une barrière de corail, sublime, où viendraient se briser les lames aiguisées par la devise : Mort aux faibles !
Et bâtir un atoll en forme d'ancre couchée.
Douce et cuirassée à la fois.
Subtilement reliée au meilleur des guides qui soit.
Voilà ce que veut répondre l'enseignant, acide, en ce jour de 1er mai maintenant de pacotille.
Comme les senteurs d'oseille recouvrent celles du muguet !
Mes collègues ont dit tout ce qu'il était nécessaire de pointer par rapport à ce fait particulier. Je ne me vois pas redonder, alors j'espère que ce texte écrit sur un mode allégorico-emphatico-impulsif sera, à sa manière, une réponse.
Ecrit par : sombre héros | 01.05.2008
À VF :
> Je répond un peu en retard, mais je ne consulte pas internet très souvent ces derniers temps.
Je ne suis peut-être pas le meilleur conseiller pour la construction d'une école, car je me suis moi-même construit tout à fait en marge du système scolaire.
Vouloir créer une école est une idée salvatrice. Cependant, mener à bien un projet vraiment pertinent est selon moi chose quasiment impossible, au vue des contraintes administratives : rien que le respect des programmes de l'Education Nationale est une catastrophe.
Une école plus juste, selon moi, est une école qui ne tiendrait pas lieu de garderie, comme aujourd'hui, mais laisserait au moins la moitié de la journée de libre à l'élève. Diviser le nombre d'heure de cours par deux ou trois me semble un minimum. Il faut aussi moins de matières enseignées, et laisser très tôt (dès la sixième) à l'élève la possibilité de se spécialiser. Plus de travail personnel, avec l'obligation de passer par des recherches en bibliothèque. Je l'ai appris à la Fac : plus on se concentre sur une matière, et plus on peut s'y consacrer et se passionner pour elle.
Le livre d'Ivan Illitch, "Une société sans école", est riche d'enseignement de ce point de vue : plus l'élève s'intéresse et travaille par lui-même, en autonomie, plus solide sera sa culture. Ce qui tue la culture, c'est bien la surimportance des profs, quasiment omniprésents dans la vie scolaire. Avec 8heures de cours par jour, avec parfois plus de 5 matières différentes en une journée, l'élève n'apprend rien, il subit. Un adulte a du mal à suivre intégralement un discours de 30 minutes. Qu'en est-il d'un enfant ?
Le problème étant qu'on prête à L'Education Nationale ce rôle de garderie, car la famille ne tient plus son rôle d'éducateur. Les gens ne veulent pas voir de jeunes dans les rues, donc on les enferme dans des écoles où ils se détruisent et deviennent des imbéciles sans morale ni véritable espérance. On y apprend plus à oublier ses rêves et ses désirs profonds qu'à préparer son avenir. Ce n'est pas à l'Etat de trouver aux gens de quoi s'occuper. Aucune institution ne pourra vraiment remédier à ce problème millénaire qu'est l'ennui.
La solution est donc, pour moi, davantage à construire en marge, par un engagement personnel radical. Refuser de soumettre ses enfants au système éducatif est un bon début. Oui, il faut devenir hors-la-loi. Mais cela, ce n'est pas encore à moi d'en parler.
Ecrit par : Quentin | 13.05.2008
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